8 mars, Journée internationale de la femme - Plus jamais...

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Le Devoir
Édition du jeudi 09 mars 2006

Mots clés :

De viols collectifs, de meurtres d'honneur, d'attaques à l'acide

Marquées à vie après avoir été attaquées à l'acide, des milliers de femmes ont manifesté dans une trentaine de villes du Bangladesh hier pour réclamer la fin de ces violences gratuites qui visent des femmes ayant refusé les avances d'un homme mais aussi, ces derniers temps, des hommes et des enfants à la suite de différends familiaux ou de querelles de voisinage. Si certains des coupables sont arrêtés et punis, plusieurs échappent aux représailles judiciaires.

Photo: Agence Reuters

La Journée internationale de la femme est aussi l'occasion de rappeler qu'à l'échelle mondiale celles-ci sont encore bien souvent considérées comme des citoyennes de second ordre. Consacrée cette année au rôle des femmes dans les prises de décisions, cette journée a été marquée hier par de nombreuses manifestations dans le monde. Mais c'est en Asie que l'événement a pris son tour le plus revendicatif, avec de multiples marches pour réclamer une plus grande liberté, l'égalité des droits et la fin de lois discriminatoires.

Du Pakistan aux Philippines, du Bangladesh à l'Indonésie, des milliers de femmes sont ainsi descendues dans les rues de plusieurs villes asiatiques, comme à Multan, dans l'est du Pakistan, où quelque 5000 femmes ont manifesté en scandant des slogans tels que «Les femmes exigent la liberté!» ou encore «Les femmes exigent leurs droits!». À leur tête se trouvait Mukhtar Mai, victime en 2002 d'un viol collectif, près de la ville de Multan, sur décision d'un conseil de villageois qui entendait ainsi sanctionner la liaison de son frère avec une femme d'une caste supérieure. Le sort réservé à Mme Mai avait suscité l'indignation générale dans de nombreux pays après que la jeune femme eut accepté de raconter en public son calvaire. «J'ai consacré ma vie aux droits des femmes. Partout où une femme est oppressée, j'irai et me battrai pour ses droits», a-t-elle déclaré.

Dans la capitale pakistanaise, Islamabad, un millier de femmes, dont de nombreuses adolescentes et fillettes, ont manifesté devant le parlement pour exiger l'abrogation d'une loi qui freine les poursuites contre les auteurs de viol. Elles étaient 300 dans le port de Karachi, aux cris de «Nous rejetons toutes les lois discriminatoires envers les femmes!». Chaque année, des milliers de cas d'abus contre des femmes sont signalés au Pakistan, au premier rang desquels figurent les «meurtres d'honneur», au cours desquels des femmes sont tuées par des hommes de leur entourage à la suite d'accusations d'adultère ou de mariages sans consentement familial.

Au Bangladesh, pays musulman où le parti au pouvoir et le principal parti d'opposition sont dirigés par des femmes, des milliers de femmes et d'hommes ont manifesté dans une trentaine de villes pour réclamer la fin des attaques à l'acide, qui visent des femmes ayant refusé les avances d'un homme, mais aussi, ces derniers temps, des hommes et des enfants à la suite de différends familiaux ou de querelles de voisinage. «Plus jamais d'attaques à l'acide sur les femmes», pouvait-on lire sur les banderoles tenues par des victimes au visage détruit par les brûlures.

Dans la province indonésienne d'Aceh, seule région de ce pays musulman ayant imposé la charia, des centaines de femmes ont protesté contre la répression dont elles font l'objet de la part de la police religieuse. Dans la capitale indonésienne, Jakarta, des centaines de femmes ont manifesté contre un projet de loi dit «antipornographie» qui prévoit d'interdire la nudité dans l'art, mais aussi de punir les personnes qui s'embrassent ou se montrent en public avec les jambes ou les épaules découvertes.

Aux Philippines, quelque 12 000 femmes ont manifesté dans le quartier financier de la capitale, Manille, pour réclamer le départ de la présidente philippine Gloria Macapagal Arroyo, qu'elles accusent d'abus de pouvoir.

Lutter contre l'excision

Par ailleurs, un appel à poursuivre la lutte contre l'excision, déjà subie par 100 à 140 millions de femmes dans le monde et dont risquent d'être victimes près de trois millions de filles chaque année, a été lancé hier lors d'un colloque organisé à Paris par l'association Gynécologie sans frontières.

«Il faut continuer à nous battre pour que cela cesse», a déclaré Khady Koita, présidente du réseau européen pour la prévention et l'éradication des mutilations génitales féminines, soulignant qu'en Afrique «ça bouge» davantage que parmi les femmes immigrées en Europe. «Quand on est en Afrique, on arrive à parler de ces choses-là; c'est surtout nos compatriotes qui sont ici, en Europe, qui essaient de nous freiner dans la lutte, car ils pensent que nous sommes manipulées», a-t-elle expliqué.

D'où l'invitation faite aux gynécologues, sages-femmes et membres d'associations européennes présents d'aider les femmes africaines dans cette lutte, sans toutefois trop se mettre en avant: «Quand vous êtes à nos côtés, on est plus fortes que quand vous êtes devant nous.» Environ 30 000 femmes vivant en France ont été excisées, et 35 000 mineures ont subi ou risquent, pendant des vacances en Afrique, de subir ces mutilations, selon la sociologue Isabelle Gilette Faye, présidente du groupe Femmes pour l'abolition des mutilations sexuelles.

«Grâce aux procès qui ont eu lieu, grâce à la prévention», ces excisions n'ont plus lieu en France, et les signalements faits par les services de protection maternelle et infantile (PMI) concernent «des mères qui viennent d'arriver d'Afrique avec des enfants déjà excisées», a-t-elle expliqué.

Avec l'Agence France-Presse et Associated Press


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