Mont Orford: Boisclair s'insurge
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Une «commande politique», dit le chef du PQ
Le chef du Parti québécois, André Boisclair, a dénoncé hier la privatisation du mont Orford et sa soustraction du parc national du même nom, accusant le nouveau ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP), Claude Béchard, d'avoir tout simplement exécuté «une commande politique de Jean Charest».«Le développement durable, a déclaré l'ancien ministre de l'Environnement, ça se fait à l'extérieur d'un parc!»
La précipitation de Québec dans le dossier d'Orford, a laissé entendre André Boisclair, pourrait bien indiquer que le nouveau titulaire de l'Environnement a été nommé à cette fonction pour sa docilité à livrer la marchandise du premier ministre Charest.
Toute la population du Québec sait maintenant, a laissé tomber André Boisclair, que le ministre «Béchard, c'est le "yes man" de Charest».
«On a là un ministre qui a agi en cow-boy» dans un contexte politique qui donne à penser que le gouvernement voulait en favoriser certains et agir avec précipitation, a-t-il poursuivi. Mais tout au long de la conférence de presse à la permanence du Parti québécois, à Montréal, le nouveau chef du PQ s'est refusé à faire des liens directs avec les membres de la famille financière regroupée autour de l'homme d'affaires André L'Espérance, le promoteur immobilier dont les médias auraient rapporté à tort qu'il s'agit d'un ami personnel de Jean Charest.
Cependant, la firme dirigée par André L'Espérance compte des personnalités libérales très connues. Ainsi, on y trouvait jusqu'à tout récemment Claude Boulay, l'ancien président du groupe Everest, qui a fait les belles heures de la commission Gomery. C'est d'ailleurs ce personnage qui était le lien par lequel certains ont tenté de relier Jean Charest au scandale des commandites. On retrouve aussi dans cette société, comme actionnaire et administrateur, l'ancien ministre libéral Paul Gobeil, qui avait lancé au Québec le vent de déréglementation, l'ancêtre du mouvement de privatisation et des partenariats public-privé du programme électoral du gouvernement Charest.
Même si le ministre Béchard a annoncé que les terrains sous bail au pied du mont Orford seraient vendus par appel d'offres, cette concurrence annoncée n'a diminué en rien l'enthousiasme du promoteur L'Espérance, qui s'est réjoui publiquement de la décision gouvernementale, appuyé par la mairie de Magog et les principaux organismes d'affaires de la région estrienne. À l'exception toutefois du maire de la municipalité d'Orford, Pierre Rodier, qui accompagnait hier André Boisclair à sa conférence de presse. Pour Pierre Rodier, le gouvernement Charest a «complètement abandonné» sa municipalité et ses citoyens. Il craint même que l'agrandissement projeté du parc n'englobe l'essentiel de sa municipalité, ce qui la ferait disparaître tout simplement. Il craint aussi que la mise aux enchères du site ne favorise des investisseurs étrangers, ce qui ferait perdre à la région un contrôle crucial sur «notre patrimoine écologique». Pour André Boisclair, Québec aurait dû commencer par dire comment les citoyens d'Orford vont faire pour absorber la facture des services d'eau potable et d'aqueduc de cet important projet dont ils ne veulent pas.
André Boisclair, qui a souvent pris position dans le passé contre la présence de projets immobiliers à l'intérieur du parc du Mont-Orford, y compris quand il était ministre de l'Environnement, a adressé de sévères reproches au ministre Béchard et au gouvernement Charest, dont celui de n'avoir pas, dès lundi, levé une réserve foncière sur les terrains que Québec entend acquérir pour doubler la superficie du parc. En raison de cette omission, a-t-il dit, «la valeur [des terrains] va augmenter» et Québec pourrait bien ne pas pouvoir atteindre son objectif avec les capitaux de la vente, déduction faite des remboursements qu'il devra consentir au promoteur en vertu du bail actuel.
Le chef du PQ a notamment reproché au ministre Béchard «de fermer la porte à une nouvelle consultation» dans le dossier alors qu'il ne s'agit plus d'un échange de terrains mais d'une soustraction majeure à la surface historique d'un parc national. En quelques jours, a poursuivi André Boisclair, le ministre Béchard n'a certainement pas eu le temps d'analyser à fond les conséquences financières de sa décision pour les citoyens de la municipalité en cause, tout comme il n'a pas eu le temps de réunir les ministères des Affaires municipales et des Transports, notamment, pour analyser les besoins en infrastructures routières et municipales que commande un projet de cette envergure. André Boisclair s'est engagé à ce que son parti exige une commission parlementaire pour que tout le monde soit entendu si Québec fait défaut de tenir la consultation prévue dans la loi sur les parcs.
D'autre part, à l'Assemblée nationale, le chef de l'Action démocratique, Mario Dumont, avait aussi un conseil à donner au ministre Béchard: «Les derniers qui ont accepté de présenter les dossiers personnels de M. Charest: les écoles juives, c'était Pierre Reid, et le Suroît, c'était Sam Hamad. Claude Béchard devrait se souvenir que, quand ça tourne au vinaigre, Jean Charest n'est plus là. Ce sont les ministres qui sont pris avec les patates chaudes et qui perdent leur poste ensuite pour en payer le prix politique.»
Pour Québec solidaire, le dossier du mont Orford illustre qu'«encore une fois, le privé, c'est-à-dire les amis du régime, cherche à s'emparer du bien commun». On utilisera, selon le communiqué de la nouvelle formation politique, les appels d'offres, voire une loi d'exception pour y arriver. Québec solidaire, qui s'oppose à cette privatisation, craint l'effet d'entraînement sur les 22 autres parcs et en appelle à une «résistance farouche» de la population contre cette dilapidation du patrimoine public.
De son côté, la coalition Eau-Secours a dénoncé hier la décision gouvernementale de privatiser le mont Orford, une «balafre dans un parc national» qui montre l'interprétation libérale des concepts de développement durable, bassin versant, principe de précaution et environnement. La «vague promesse de doubler la superficie du parc est un marché de dupes» qui ressemble à l'échange d'un cheval pour un lapin, expliquait le président de la coalition, André Bouthillier.
Voilà, conclut André Bouthillier, «un bien mauvais présage pour le projet de loi sur le développement durable qui devait être présenté à la prochaine session parlementaire».
Avec la collaboration d'Antoine Robitaille
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