Guerre à finir entre Harper et Shapiro

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PC
Édition du mercredi 08 mars 2006

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Ottawa -- Le premier ministre Stephen Harper n'a rien dit, hier, pour dissiper l'atmosphère de guerre ouverte qui règne entre lui et le commissaire à l'éthique, Bernard Shapiro, au sujet de l'entrée de l'ancien libéral David Emerson dans son cabinet.

«Le pouvoir de faire des nominations au cabinet appartient au premier ministre, qui occupe le plus important poste élu au Canada», a martelé M. Harper lors d'une conférence de presse tenue à Ottawa, à l'issue d'une réunion de son cabinet.

«Ce premier ministre n'a aucunement l'intention de céder cette prérogative à quelque fonctionnaire que ce soit, a-t-il ajouté. J'ai communiqué ce point de vue au commissaire à l'éthique.»

Vendredi dernier, M. Shapiro a annoncé qu'il lançait une «enquête préliminaire» au sujet de la défection de M. Emerson. Le commissaire se demande si le député a accepté de changer d'allégeance pour la seule raison qu'on lui octroyait un bénéfice personnel, c'est-à-dire un poste de ministre.

Hier, M. Harper n'a pas répondu au journaliste qui lui a demandé s'il était prêt à accorder sa confiance à Bernard Shapiro. Sa directrice des communications, Sandra Buckler, a déjà indiqué que le premier ministre «répugnait à accepter de collaborer avec une personne dont la capacité à prendre des décisions a été remise en question et qui s'est placée en situation d'outrage à la Chambre des communes».

En fait, le chef conservateur est à ce point à couteaux tirés avec M. Shapiro qu'il a songé à le remplacer.

Stephen Harper a en effet admis, hier, qu'il avait offert le poste à l'ancien chef néo-démocrate Ed Broadbent. Ce dernier l'a refusé à cause de la maladie de son épouse.

C'est tout juste si le premier ministre n'a pas demandé ouvertement à Bernard Shapiro de démissionner. «Il connaît notre position, a lâché M. Harper. La balle est maintenant dans sa cour.»

Deux poids, deux mesures?

M. Harper n'a jamais accepté que le commissaire à l'éthique n'ait pas sévi dans une affaire d'enregistrements secrets impliquant le chef de cabinet de l'ancien premier ministre Paul Martin.

Les conservateurs sont aussi frustrés de voir que M. Shapiro enquête sur M. Emerson, alors qu'il était resté coi lorsque l'ex-conservatrice Belinda Stronach a fait défection pour se joindre aux libéraux, le printemps dernier.

Hier, David Emerson a précisé avoir dit au commissaire que, à son avis, il n'a pas reçu d'incitatif pour changer de parti. Du même souffle, il a toutefois reconnu que le poste de ministre l'avait influencé dans sa prise de décision.

Stephen Harper souhaite vraisemblablement que le commissaire démissionne lui-même, ce qui lui éviterait une controverse et un possible débat juridique sur l'indemnité de départ à verser. L'opposition ne manquerait pas de dépeindre un congédiement comme une façon de mettre fin à une enquête embarrassante.

En dépit de ces tractations, Bernard Shapiro, ancien recteur de l'université McGill, semble vouloir rester en poste.

«L'enquête suit son cours», a indiqué le porte-parole de M. Shapiro, Jonathan Choquette. «Vous pouvez tirer vos propres conclusions de cela.»

De toute façon, le commissaire à l'éthique relève de la Chambre des communes, de sorte que le premier ministre ne peut, à lui seul, le destituer.


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