Émigration clandestine vers l'Europe - Rêver des Canaries à en mourir...

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AFP
Édition du mercredi 08 mars 2006

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Madrid -- Les filières de l'émigration clandestine africaine vers l'Europe privilégient désormais une nouvelle route vers les Canaries, plus longue et plus dangereuse, comme le démontrent les naufrages qui ont fait au moins 50 morts depuis la fin février, au large de la Mauritanie.

«Quand les contrôles fonctionnent, les trafiquants et les mafias cherchent de nouvelles routes et de nouvelles méthodes», a déclaré hier la secrétaire d'État espagnole à l'Immigration, Consuelo Rumi.

Repoussés des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, dans le nord du Maroc, dissuadés par le renforcement des mesures de contrôle hispano-marocaines dans le détroit de Gibraltar, les émigrants africains tentent de gagner l'archipel espagnol des Canaries à partir du littoral entre Dakhla (Sahara occidental) et le sud de la Mauritanie. Ils se rabattent désormais sur les îles de Tenerife ou Gran Canaria, de préférence à celle plus proche de Fuerteventura, qui est protégée par un système extrêmement perfectionné de surveillance par radars et caméras.

Mais la distance de la traversée est multipliée par dix, jusqu'à plus de 1000 km, et les trafiquants ont dû mobiliser de nouveaux moyens: les cayucos.

«Nous allons nous habituer très rapidement à ce terme de "cayuco"», a estimé hier le préfet des Canaries, José Segura, «comme nous nous étions habitués il y a dix ans au terme de "patera"», la petite barque de pêcheur en bois utilisée par les trafiquants, qui peut transporter une vingtaine de personnes.

Les cayucos sont plus robustes, en fibre de verre, peuvent transporter de 50 à 70 personnes, mesurent 14 à 18 mètres de long et sont dotés de deux moteurs ainsi que d'une douzaine de bidons de combustible.

Selon M. Segura, «depuis le début de l'année, 2000 personnes ont été transportées» en cayuco vers les Canaries, la seconde porte d'entrée de l'immigration clandestine par voie maritime en Espagne, après le détroit de Gibraltar. Une nouvelle voie meurtrière.

«On calcule que, entre novembre 2005 et aujourd'hui, de 1200 à 1300 personnes ont perdu la vie en mer en essayant d'atteindre les Canaries [...], c'est un jeu de roulette russe», a déclaré le coordonnateur du Croissant rouge mauritanien, Ahmedou Ould Haye.

Selon lui, de 700 à 800 personnes tentent la traversée chaque jour et 40 % des bateaux qui prennent la mer font naufrage. Depuis la fin février, seulement dans deux naufrages d'embarcations parties de la Mauritanie vers les Canaries, 45 émigrants africains sont morts noyés, selon des sources concordantes.

Une source à la gendarmerie de Dakhla y ajoute la mort par noyade de cinq personnes originaires de la région subsaharienne, dont l'embarcation a été interceptée dimanche par la marine royale marocaine pendant qu'elle était en panne au large du Sahara occidental.

«De nombreux candidats à l'immigration clandestine se trouvent actuellement à Nouadhibou [extrême nord-ouest de la Mauritanie) en attendant de partir vers les Canaries ou le nord du Maroc», a assuré cette source.

Dix-neuf personnes ont en outre disparu après le naufrage de leur embarcation partie le 1er mars de Nouadhibou, avec 46 personnes à bord (25 de Guinée-Bissau, 19 de Gambie, un Mauritanien et un Malien), ont indiqué la Croix-Rouge espagnole et le Croissant-Rouge mauritanien.

Un autre naufrage s'est produit à la hauteur de Dakhla, dans le sud du Sahara occidental annexé par le Maroc, avec un bilan de 23 morts.

L'embarcation, partie le 25 février de Nouadhibou avec 43 hommes à bord (38 Maliens, 3 Gambiens, un Ivoirien et un Nigérian), a heurté par forte houle un bateau de pêche marocain qui venait les secourir et s'est brisée en deux.

Ce naufrage s'est produit à la fin février ou le 1er mars, selon les témoignages de survivants.


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