Cinéma - Montréal perd une mégaproduction américaine
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Les retombées perdues au profit de Toronto se chiffrent à 75 millions $US
Le conflit syndical qui a cours au sein du territoire cinématographique québécois a fait sa première victime. Et elle est de taille. Les tensions ont en effet convaincu les producteurs de Jumper, une mégaproduction américaine évaluée à 100 millions $US, d'abandonner Montréal au profit de Toronto. Du coup, ce sont des retombées de 75 millions $US qui partent en fumée pour la métropole.C'est que les nouvelles circulent vite chez l'Oncle Sam où les dégâts sont déjà palpables, assure le vice-président du conseil d'administration du BCTQ, Michel Desjardins. «La rumeur court déjà à Hollywood que Montréal n'est peut-être pas une ville propice au tournage de projets étrangers en ce moment. Cela pourrait nous être extrêmement préjudiciable.»
À l'origine de cette rumeur qui noircit la carte de visite de Montréal, le conflit qui oppose l'Alliance québécoise des techniciens de l'image et du son (AQTIS) à son pendant américain, l'International Alliance of Theatrical and Stage Employes (IATSE). Le géant américain aimerait bien en effet prendre le contrôle d'une partie du marché québécois en s'arrogeant les productions américaines qui y sont tournées.
Le hic, c'est que certaines des méthodes de l'IATSE contreviennent à des lois québécoises, troublant ainsi la paix industrielle, explique la présidente par intérim de l'ACTIS, Céline Daignault. «Par exemple, la Loi sur le statut de l'artiste nous accorde l'accréditation exclusive pour 16 des 80 et quelques postes de techniciens travaillant dans l'industrie cinématographique jusqu'en 2007.»
Voyant les choses s'envenimer, le BCTQ a bien essayé de calmer les esprits en rédigeant un document qui engageait les deux parties en cause à respecter les lois du Québec, à préserver un sain climat de travail et à ne pas troubler la paix industrielle. Mais des précisions ont été demandées par les deux parties, et l'IASTE a finalement imposé un ajout qui a fait sortir Mme Daignault de ses gonds.
L'IASTE aurait en effet demandé à ce qu'un paragraphe soit ajouté afin de faire en sorte que les producteurs étrangers puissent choisir eux-mêmes l'association syndicale de leur choix. Hier, il a été impossible d'en savoir davantage, la section locale 514 n'ayant pas rappelé Le Devoir. L'AQTIS, qui compte 2600 membres, a refusé net cet ajout si bien que la proposition du BCTQ a tourné court.
Cet échec a eu raison de la volonté de New Regency de tourner Jumper à Montréal, la ville étant devenue un véritable panier de crabes en raison des tensions syndicales. La grosse pointure, signée par Doug Liman, le réalisateur de The Bourne Identity, Swingers et Mr & Mrs. Smith, fera donc la bonne fortune du milieu du cinéma torontois.
Au total, l'AQTIS estime que les retombées de ce seul tournage auraient été de l'ordre de 75 millions de dollars américains, au bénéfice non seulement des techniciens québécois, mais également de toute l'industrie -- acteurs, studios, maisons de postproduction, etc. --, des fournisseurs de biens et services de tous ordres de la région, dont les hôtels et les restaurants, de la Ville de Montréal et des paliers supérieurs de gouvernement.
Au Bureau du cinéma et de la télévision de Montréal, on juge que la nouvelle annonce des jours sombres. «Ça a peu de conséquences sur les petites productions indépendantes, mais pour tous les producteurs qui sont membres de l'association américaine des producteurs de films des gros majors et des gros indépendants, qui ont des conventions avec l'IATSE, Montréal devient un lieu potentiellement à problèmes», explique le commissaire Daniel Bissonnette.
Un telle réputation pourrait faire très mal à l'industrie québécoise. Le tiers de l'industrie cinématographique québécoise repose en effet sur des tournages étrangers et des coproductions, deux domaines qui ne vont pas très bien en ce moment, rappelle M. Bissonnette. À terme, si la situation perdure, c'est toute l'industrie qui risque de s'atrophier.
Le Québec n'est en effet plus seul dans la course, rappelle de son côté Michel Desjardins. «Aucun producteur n'est prêt à ajouter un élément de complexité et de risque comme celui-là, d'autant plus que l'offre est très grande en ce moment. On a de la compétition au Canada, aux États-Unis et ailleurs dans le monde, les producteurs ont le choix.»
Devant tant de moyens, le BCTQ estime qu'il n'a d'autre choix que de se tourner vers les gouvernements. «Le Bureau va désormais interpeller directement Québec et Montréal et demander leur intervention tant au point de vue légal que sur les autres plans. Au besoin, on fera peut-être aussi appel à Ottawa», précise Michel Desjardins.
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