Remplacement des wagons du métro de Montréal - Charest n'écarte pas un octroi à Bombardier sans appel d'offres
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Photo: Jacques Grenier
On peut cependant se poser une autre question. Quelle influence peuvent avoir sur les décideurs à Québec quelques milliers de personnes qui manifestent dans les rues habituellement très paisibles de La Pocatière par un dimanche d'hiver pour que le gouvernement accorde un contrat de 1,2 milliard de gré à gré, plutôt que par soumission à Bombardier dont l'usine locale construit des wagons de métro depuis 30 ans? Dans ce cas précis, il ne semble faire aucun doute que le gouvernement accorde la plus haute importance à ce dossier délicat, que cette manifestation ait eu lieu ou pas. Le premier ministre a rarement montré autant d'empressement à réagir de manière plutôt encourageante pour les manifestants.
Économie et politique
Il y a à cela des raisons économiques aussi bien que politiques. Cette usine de Bombardier à La Pocatière emploie 1000 personnes. Elle est la plus importante entreprise manufacturière de tout le Bas-Saint-Laurent, une vaste région où le développement économique est anémique depuis toujours. Il est vrai par ailleurs qu'Alstom possède à Sorel-Tracy des installations industrielles importantes qui sont vacantes et ne demanderait pas mieux que d'obtenir ce contrat de 1,2 milliard. En 2003, Alstom avait aussi une usine à Pointe-Saint-Charles qui avait déjà employé jusqu'à 640 personnes et qui a fermé ses portes après que la Société de transport métropolitain eut accordé pour la ligne Montréal-Rigaud un contrat de 60 millions à Bombardier pour des wagons neufs, plutôt qu'un contrat de 36 millions à Alstom pour des wagons rénovés.
Cette décision de nature économique d'accorder le contrat à l'un ou l'autre de ces grands constructeurs de trains et de wagons de métro que sont Bombardier et Alstom a bien sûr une portée politique évidente. Le gouvernement Charest est en mode de démarrage pour sa prochaine campagne électorale et le vote des circonscriptions de l'est du Québec sera plus que jamais crucial. Kamouraska-Témiscouata a un député et ministre libéral, Claude Béchard, mais les péquistes en mènent plutôt large dans l'ensemble de la région. Toutefois, la plus grande surprise des récentes élections fédérales est survenue justement dans la région de Québec, pas très loin de Kamouraska, dont la circonscription voisine à l'est est celui de Rivière-du-Loup, c'est-à-dire de Mario Dumont. Dans un tel contexte, l'usine de Bombardier à La Pocatière devient un enjeu électoral de toute première importance, pas seulement pour les libéraux de M. Charest et les péquistes, mais aussi à terme pour les conservateurs de M. Harper dans une prochaine campagne électorale fédérale.
Ce n'est quand même pas ce contexte apparemment défavorable pour Alstom qui va convaincre cette multinationale solidement implantée au Québec de jeter l'éponge maintenant. Alstom, dont le chiffre d'affaires dépasse 17 milliards avec des effectifs de 70 000 personnes dans au moins 70 pays, y compris le Canada avec 1600 employés, en a vu bien d'autres. D'ailleurs, elle entretient des rapports avec Bombardier depuis longtemps, parfois en s'affrontant comme c'est le cas présentement dans ce dossier du métro de Montréal, parfois aussi en s'unissant pour participer à des projets. Ce fut notamment le cas en 1963 quand Montréal a décidé de se doter d'un métro et que Bombardier a trouvé une planche de salut en se lançant dans la construction de wagons de métro avec une technologie d'Alstom. La même alliance a été répétée en 1973 pour de nouveaux wagons.
Depuis cette époque, Bombardier est devenu le leader mondial dans le transport en commun sur rail et n'a pas l'intention de renouveler son partenariat avec Alstom pour la prochaine génération des trains du métro de Montréal, si jamais il obtient le contrat. En revanche, Alstom ne dirait pas non à un partenariat avec Bombardier. Pierre Renaud, vice-président aux ressources humaines et communications disait même hier qu'Alstom n'hésiterait pas à faire appel à des travailleurs de La Pocatière si elle obtenait le contrat.
Contrat gré à gré
En ce qui concerne le contrat gré à gré, plutôt que par appel d'offres, Laurent Beaudoin, président de Bombardier, déclarait récemment que rien n'empêchait le gouvernement d'y aller de gré à gré, même pas l'Organisation mondiale du commerce, dont les règlements ne toucheraient pas le transport urbain. Toutefois, Alstom pourrait être tenté de faire de même dans d'autres pays à l'avenir, prévient M. Renaud. Sur ce point, M. Beaudoin soutenait que le gouvernement français avait toujours signé avec Alstom en France pour le TGV des contrats de gré à gré. Mais il y a eu aussi des contrats par appel d'offres dans d'autres cas, dont le plus récent impliquant ces deux grandes firmes remonte à octobre 2005, alors qu'Alstom a battu Bombardier sur un contrat de 675 millions $CAN donné par la Régie autonome des transports parisiens.
Du point de vue de l'opposition péquiste, il n'y aurait pas une telle incertitude entourant le projet si le ministre Béchard avait fait son travail. «C'est de l'amateurisme, a soutenu la leader de l'opposition officielle, Diane Lemieux. M. Béchard a été ministre du Développement économique pendant plus de deux ans et il n'a rien fait. Là, il se présente dans une manifestation et il prétend qu'il est minuit moins cinq. Il n'a que lui à blâmer.» Mme Lemieux ne juge pas opportun de se prononcer sur la pertinence ou non de court-circuiter le processus d'appels d'offres en faveur de Bombardier. «Pourquoi me peinturer dans le coin alors que l'on n'a eu aucune documentation sur le projet, aucun avis juridique? C'est au Conseil des ministres de faire son travail et qu'il le fasse correctement et rapidement», a-t-elle lancé.
Pour sa part, le chef de l'Action démocratique du Québec (ADQ), Mario Dumont, a dit «comprendre la prudence» du premier ministre Charest dans ce dossier. «On ne se rendrait pas service si on prenait une décision précipitée qui serait par la suite contestée en vertu des règles du commerce international», a dit le leader adéquiste, en ajoutant que peu importe le scénario choisi, le gouvernement doit tout mettre en oeuvre pour assurer le maintien des activités à l'usine de La Pocatière.
Avec la Presse canadienne
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Rectificatif du 9/03/2006
Dans l'article précédent, on a par erreur mentionné que le premier contrat avait été rempli en 1963 par Alstom et Bombardier. En réalité, le partenaire d’Alstom à cette époque était Vickers, une importante industrie montréalaise aujourd’hui disparue. Ce n’est donc qu’en 1973 que Bombardier a obtenu un premier contrat pour le métro de Montréal.
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