L'assassin présumé d'Ilan Halimi est extradé

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Reuters
Édition du samedi 04 et du dimanche 05 mars 2006

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Paris -- Youssouf Fofana, chef présumé du gang qui a enlevé et tué le jeune juif Ilan Halimi, sera remis aujourd'hui par la Côte-d'Ivoire à la France, où le crime a bouleversé l'opinion, dit-on de source judiciaire.

Le président de Côte-d'Ivoire, Laurent Gbagbo, a signé hier le décret d'extradition après le feu vert donné jeudi soir par la justice d'Abidjan, a annoncé le ministre de la Justice ivoirien, Mamadou Koné. Pour le ministre français de la Justice, Pascal Clément, «on ne pouvait pas faire plus vite».

Un Airbus A310 de l'armée de l'air française est parti dans la matinée de Paris vers Abidjan, a-t-on appris auprès de l'armée de l'air. Censé effectuer une relève habituelle de personnel, il pourrait ramener Youssouf Fofana et les deux policiers français envoyés à Abidjan, a dit un porte-parole.

Le jeune Français d'origine ivoirienne, arrêté le 22 février, reviendra en tout cas aujourd'hui à Paris, dit-on de source judiciaire. Il sera déféré aux juges d'instruction Corinne Goetzmann et Baudoin Thouvenot pour être mis en examen.

Le mandat d'arrêt délivré contre lui la semaine dernière visait des faits d'«association de malfaiteurs, enlèvement, séquestration et assassinat». Si ces charges sont conservées contre lui jusqu'au procès, il encourra la réclusion à perpétuité avec 22 ans de sûreté.

llan Halimi, 23 ans, a été découvert agonisant le 13 février dans l'Essonne, au sud de Paris, après avoir été séquestré et torturé pendant plus de trois semaines.

«Le mal, ça existe»

Contre l'avis du parquet, les juges ont retenu la circonstance aggravante selon laquelle ces faits auraient été commis «à raison de l'appartenance ou de la non-appartenance, vraie ou supposée, de la victime à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée».

Certains des 21 suspects poursuivis à Paris, dont 18 sont écroués, ont imputé à Youssouf Fofana la direction du gang et assuré qu'il se déclarait le «cerveau des barbares». Il est accusé par au moins un protagoniste d'avoir tué Ilan Halimi de ses mains.

Ces accusations sont à prendre avec précaution car elles ont été formulées au moment où Youssouf Fofana était en fuite par des suspects ayant intérêt à relativiser leur propre rôle, souligne-t-on de source judiciaire. Plusieurs hommes ayant maîtrisé Ilan Halimi le 20 janvier à Sceaux dans une embuscade tendue par une jeune fille de 17 ans sont toujours recherchés, rappelle-t-on.

La police estime qu'Ilan Halimi a été mortellement blessé à coups de couteau alors que le gang s'apprêtait à le libérer le 13 février près de la gare RER de Sainte-Geneviève-des-Bois. Il aurait vu accidentellement le visage d'un ou plusieurs ravisseurs. Il est mort des suites de ses blessures.

Pour retenir la thèse du crime antisémite, les juges s'appuient sur le fait que le jeune homme a été choisi en raison de sa confession juive -- les ravisseurs supposant qu'il aurait de l'argent et serait soutenu par sa communauté -- ainsi que sur des mauvais traitements infligés au cours de sa séquestration. Il a été brûlé à l'aide d'une cigarette et de détergent et a été tondu, dit-on de source judiciaire.

Dans un entretien réalisé dans les locaux de la police d'Abidjan et diffusé lundi dernier sur I-télé, Youssouf Fofana a reconnu son implication dans l'enlèvement mais nié l'assassinat et assuré n'avoir pas agi pour des raisons d'antisémitisme. Cette entrevue ainsi que des photos publiées dans Paris-Match qui le montrent hilare en compagnie de son amie au commissariat d'Abidjan ont indigné la famille Halimi.

«On pense toujours qu'un homme qui commet un crime horrible est forcément fou ou stupide. Mais le mal, ça existe», a déclaré à la presse Me Francis Szpiner, avocat de la famille Halimi.


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