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Peut-on concilier liberté de culte et sécurité publique?

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Mohamed Benabderahim (mbenabderahim@gmail.com)
Envoyé Le dimanche 05 mars 2006 18:00



Peut-on concilier liberté de culte et sécurité publique?

A la nouvelle du jugement sur le port du kirpan dans les établissements d'éducation, j'ai souri, j'étais content. C'était un peu par désir de revanche, je me disais que c'était une bonne chose de voir que la plus haute instance du pays a penché du côté de la liberté de culte au lieu de favoriser le camp de la restriction. Il faut avouer que j'ai une peur bleue, celle de voir mon pays ressembler à celui de la belle Marianne. En dépit d'une histoire qui dégoûte, la Perfide Albion sert de meilleur modèle, pour l'instant. Contrairement à l'Hexagone, la laïcité se vit bien tout en laissant place au domaine spirituel et traditionnel.

En France, l'état carrément dicte la conduite des citoyens.C'est ma crainte et c'est pour ça que je jubilais à l'intérieur. Bien sur, il a fallu que ma chère, tendre et raisonnable épouse me ramène à la réalité. Avant le verdict, elle me demanda ce qu'est un kirpan et je lui répondais que c'est un objet du culte en forme de petit poignard que portent les fidèles Sikhs. A l'annonce du verdict, elle s'exclama:

«Mais on parle d'une arme, tranchante qui plus est. »

«Oui mais.c'est un objet de culte sacré » je rétorquai.

« Non, tu ne compareras pas mon hijab à ce couteau. Je le porte de plein gré,
sans y être forcée et je ne cause de tort a personne » elle me répondit.

«Oui mais, historiquement, il n'y a pas eu de cas ou un Sikh a utilisé son objet de culte à de viles fins, du moins pas dans un école »

« Doit-on attendre qu'un des leurs perde les pédale et décide de se faire justice à tort ou à raison? »

A ce moment, j'avoue que je n'avais plus de munitions, elle avait démontré la voix de la raison. Cependant, j'étais obnubilé par l'unanime décision. Trois jours sont passés et je remarque que j'avais tort. La phobie de l'absolutisme laïc fait qu'on rabroue tous les arguments susceptibles de mettre au défi la place de notre foi dans notre vie quotidienne. Cette épée de Damoclès nous rend défensifs et nous empêche de voir objectivement les enjeux d'un débat ou d'une crise.

Aucun parallèle, aucune relation n'existe entre le port d'une kippa, d'un hijab, d'une croix, ou d'un fedora et le port d'un couteau. Les premiers mettent au défi des concepts abstraits lies à l'absolutisme laïc alors que le dernier met potentiellement en jeu la sécurité. Un hijab est un bout de tissu, le kirpan est un couteau. L'essence de l'objet est avant tout matériel, non pas spirituel. Objectivement, c'est un couteau et en a toutes les propriétés : en métal et tranchant. Je ne veux pas me mettre au dos la communauté sikhe. Je sens que ce que j'ai dit pourrais les rendre furaxe. De peur de joindre, par défaut, le camp honni, je me demande s'il n'est pas possible de substituer au kirpan actuel, un autre en bois ou en plastique.

Chacun a place dans cette société. Ceux qui rétorquent le contraire et proclament qu'à Rome il faut faire comme les Romains, oublient que ce pays n'a pas été bâti sur ce principe. Allez voir Kanesatake si vous doutez. Le problème ne se pose pas sur le système qui convient, car seul le multiculturalisme convient, mais sur son application. Cependant, il va falloir se l'admettre, un réel débat sur ce multiculturalisme s'impose pour mieux comprendre la connotation qu'on lui associe et ses limites. Le plus important est de s'éloigner du concept sclérosé de la laïcité absolue.


Mohamed Benabderahim
mbenabderahim@gmail.com
http://dialna.blogspot.com

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