Un Mardi Gras malgré Katrina

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AFP
Édition du mercredi 01 mars 2006

Mots clés : katrina

La situation difficile des Louisianais n'a pas empêché la tenue de la fête annuelle.

Photo: Agence Reuters

La Nouvelle-Orléans -- La Nouvelle-Orléans a fêté hier son premier Mardi Gras depuis les destructions provoquées par le cyclone Katrina avec la participation de seulement un tiers des membres de l'un des groupes noirs les plus célèbres de la ville, le Zulu Krewe.

Plusieurs dizaines de milliers de personnes se sont entassées tôt dans les rues de la ville pour assister aux défilés colorés et bruyants, ouverts par une fanfare du Corps des marines.

«C'est un des meilleurs» Mardi Gras, assure Colleen McMeekin, habillée de rose et portant un collier fait de bouchons de vin et de fausses grappes de raisin. «La foule est tellement enthousiaste, tout le monde est content d'être revenu», ajoute-t-elle.

Le 29 août, le siège du groupe Zulu Krewe a été inondé et dix membres du groupe sont décédés après le passage de Katrina, qui a fait au total quelque 1300 morts dans le sud des États-Unis, dont plus de 1100 en Louisiane, où se trouve La Nouvelle-Orléans.

Seulement 200 des 600 membres du Zulu Krewe sont de retour dans la ville. En l'absence de bon nombre de ses costumiers, le groupe est revenu à ses origines, privilégiant chemises noires, collants et jupes.

«Plus vite nous remettrons en route La Nouvelle-Orléans, plus vite les gens retrouveront leur vie d'avant», souligne leur porte-parole, Jay Banks. «Nous sommes blessés mais nous respirons encore», ajoute-t-il.

Elaine Hankton, 45 ans, a perdu dans la catastrophe sa maison, sa soeur et son beau-frère. Mais pour le moment, elle n'y pense pas. Elle rit et discute autour d'un barbecue avec des amis qu'elle n'avait pas revus depuis le cyclone.

Pendant des années, ils se sont retrouvés à Mardi Gras sur l'avenue St. Charles. Katrina n'a pas modifié leur rituel. «C'est notre vie ici, dit-elle. Si nous n'avions pas eu Mardi Gras, nous aurions été vraiment très tristes.»

Près de la moitié de la population de La Nouvelle-Orléans reste éparpillée dans le pays depuis le passage dévastateur du cyclone.

Ceux qui sont revenus sont optimistes en dépit de l'énormité de la reconstruction à effectuer. Selon un sondage Gallup publié mardi, 52 % des habitants de la ville affirment qu'ils ne la quitteront jamais. Quelque 25 % veulent rester mais pourraient être forcés au départ.

Pour 53 % des personnes interrogées, la principale entrave à la reconstruction de La Nouvelle-Orléans vient d'autorités locales corrompues. Environ 36 % estiment que le gouvernement fédéral se fiche de l'avenir de la ville et ne fournira pas d'aide.

Au milieu d'un champ de ruines, le chanteur américain Lenny Kravitz, disposant d'une maison de famille à La Nouvelle-Orléans, confirme sur CNN: «Comme vous pouvez le voir, ils ne font rien» et «les dégâts sont incroyables».

Environ 60 % des 804 adultes interrogés pour le sondage entre les 18 et 26 février affirment avoir de sérieux problèmes à trouver une maison, à réparer leur domicile et à obtenir une assistance médicale.

Avant Katrina, le tourisme, première industrie de la ville, rapportait 5,5 milliards par an. Mardi Gras drainait un million de personnes supplémentaires pour les festivités. Cette année, «nous ne savons pas encore mais nous considérons le festival comme un succès», indique Sandra Shilstone, présidente de la New Orleans Tourism Marketing Corporation. «Cela a représenté un élan pour l'économie et pour le moral de la population», ajoute-t-elle.

Les commerçants restent cependant inquiets. Les ventes sont en deçà de 50 à 70 % de celles d'avant Katrina. Seulement un tiers des restaurants de la ville ont rouvert. Les tables libres sont faciles à trouver mais le service laisse à désirer, faute de personnel en nombre suffisant.


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