Régions québécoises - Survivre grâce aux produits finis et semi-finis
Mots clés :
« Le virage ne se fait pas en six mois et demande beaucoup d'efforts »
Au Québec, l'industrie forestière fait face à de nombreuses difficultés depuis quelques années: hausse de la valeur du dollar canadien, taxe américaine sur le bois d'oeuvre, hausse des coûts de l'énergie, concurrence du marché asiatique et réduction de la possibilité de récolte dans les forêts publiques à la suite des recommandations du rapport Coulombe. Pour éviter la catastrophe, les différentes régions du Québec comptent sur le virage de l'industrie vers les produits de deuxième et de troisième transformation.Pour survivre, les entreprises doivent se consolider. «Si une compagnie possède cinq usines qui fonctionnent à 60 % de leur capacité, elle doit en fermer une pour arriver à avoir quatre usines qui fonctionnent à 80 % et ainsi, avoir une meilleure rentabilité», explique Marc Plante du bureau régional du Saguenay-Lac-Saint-Jean, division forêt, au ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF).
Avec les pertes d'emploi qu'elle engendre, la consolidation des entreprises inquiète le bureau régional du Saguenay-Lac-Saint-Jean. «Nous devons trouver des moyens pour que ce soit viable pour la population. Nous pouvons aider les compagnies à se trouver de nouvelles voies, notamment dans les secteurs de deuxième et de troisième transformation», affirme M. Plante.
Aider l'industrie à se réorienter
Les produits semi-finis ou finis, dits de deuxième ou de troisième transformation, ne sont pas taxables à l'exportation. Pour les régions du Québec durement affectées par le conflit du bois d'oeuvre, une réorientation de l'industrie forestière vers ces produits transformés semble être une bonne solution.
Les différents bureaux régionaux du MRNF ne peuvent pas forcer les dirigeants d'entreprise à se lancer dans le développement de produits de deuxième et de troisième transformation. Cependant, ils peuvent leur faciliter la tâche.
«Souvent, un promoteur a une idée, mais il n'a pas nécessairement l'expertise, la matière première et les ressources financières pour arriver au résultat voulu. Grâce aux programmes mis en place par les différents intervenants, le promoteur pourra y arriver plus facilement», explique Marcel Chabot du bureau régional du Saguenay-Lac-Saint-Jean, division forêt, au MRNF.
Pour éviter que les entrepreneurs se perdent dans la bureaucratie des ministères, le bureau régional du Saguenay-Lac-Saint-Jean tente de se constituer un réseau facilitateur. «Les industriels ne doivent pas perdre leur temps. Ils doivent savoir à quelle porte frapper pour avoir accès aux ressources dont ils ont besoin», poursuit M. Chabot. Il précise cependant que, pour se lancer dans un projet de développement de nouveaux produits, une entreprise doit avoir les reins solides et de bonnes liquidités. «Le virage ne se fait pas en six mois et demande beaucoup d'efforts.»
Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, le MRNF suggère également aux entreprises de créer des partenariats entre elles pour affronter le marché extérieur. C'est d'ailleurs ce qu'a fait Abitibi Consolidated et Louisiana Pacific pour produire une poutrelle en forme de I utilisée dans la construction de planchers. «Le contexte fait appel à la créativité. Pour compenser les pertes dues à la réduction des volumes récoltés, nous devons augmenter la valeur de nos produits. En évitant les taxes d'exportation avec des produits de deuxième et de troisième transformation, tout le monde est gagnant», conclut M. Chabot.
Le Bas-Saint-Laurent a pris de l'avance
Au Bas-Saint-Laurent, l'industrie forestière est responsable de 16 % du produit intérieur brut et de 38 % des expéditions manufacturières, selon l'Observatoire de la foresterie du Bas-Saint-Laurent. La région a subi, il y a cinq ans, une baisse de la possibilité d'approvisionnement dans ses
forêts publiques. Plusieurs entreprises de la région se sont donc déjà consolidées et ont revu leurs activités.
Toutefois, le Bas-Saint-Laurent est moins touché que d'autres régions du Québec par la réduction de la possibilité de récolte dans les forêts publiques puisque presque la moitié de ses forêts sont privées. Avec leur mode d'approvisionnement mixte, les entreprises de la région se retrouvent dans une situation moins critique que bien d'autres situées ailleurs au Québec, confirme le bureau régional du Bas-Saint-Laurent au MRNF.
De nouveaux joueurs importants
La région du Bas-Saint-Laurent donne également un coup de main aux entreprises de première transformation pour qu'elles développent des produits finis et semi-finis. Le bureau régional du MRNF réalise des études pour aider les entreprises à diversifier leur production et a mis plusieurs ressources à la disposition des promoteurs. Toutefois, le MRNF a observé que les nouvelles initiatives dans le domaine des produits de deuxième et de troisième transformation étaient plus souvent réalisées par des nouveaux joueurs que par des entreprises de première transformation.
Même si le bureau régional du Bas-Saint-Laurent affirme que tout n'est pas rose dans l'industrie forestière, certaines données récoltées par l'Observatoire de la foresterie du Bas-Saint-Laurent sont encourageantes. Entre 1994 et 2003, malgré la baisse du nombre de travailleurs dans les usines de sciage, la plupart des autres secteurs de l'industrie forestière ont enregistré une augmentation de leur main-d'oeuvre. L'emploi total (travaux en forêt exclus) est passé d'environ 4000 travailleurs à 5000. Ces gains sont essentiellement attribuables à la croissance des activités de deuxième transformation.
Cependant, les forêts diversifiées du Bas-Saint-Laurent offrent aux industriels tout un éventail de possibilités en matière de produits finis et semi-finis. Dans les régions où les forêts sont peuplées en grande partie par une seule essence d'arbre, comme le Saguenay-Lac-Saint-Jean, les possibilités sont réduites.
Collaboratrice du Devoir
Vos réactions
Aucun commentaire ... soyez le premier !

