Nouveaux papiers, nouvelle industrie - Tout faire pour sauver les ressources
Mots clés : cascades, papier
« Cascades fonde toutes ses activités sur le recyclage »

Photo: Jacques Nadeau
C'est le cas notamment du papier journal ciré, qui sert désormais à l'impression des circulaires et des magazines. «Il s'agit d'un papier dont la surface est glacée, précise M. Daneault. Une couche minérale [de la glaise ou du carbonate] a été déposée sur ce papier afin de lui donner un fini glacé qui améliore la clarté des photos.»
Prévoir le futur
Son équipe tente de concevoir de nouveaux types de papier et de carton. «Nous réalisons des travaux qui portent sur pratiquement tous les aspects de la fabrication du papier, dit-il, de l'analyse des copeaux jusqu'à l'impression. Entre autres, nous essayons de modifier chimiquement la fibre à la base du papier dans le but d'obtenir de nouvelles propriétés.» Claude Daneault parle d'une grande demande pour du papier plus léger, mais qui conserve les mêmes caractéristiques de qualité et de résistance que les papiers plus denses. «Il nous faut donc trouver le moyen d'aider le papier à conserver sa rétention et son drainage de l'eau. Pour ce faire, on y ajoute des polymères...»
Son équipe essaie aussi de prévoir les besoins futurs du marché afin de développer le savoir-faire nécessaire pour y répondre. «Si seulement nous pouvions prévoir quel genre de papier servira, dans cinq ans, à envelopper les hamburgers de chez McDo, nous pourrions déjà y travailler!», lance-t-il en souriant.
Il cite aussi le cas des petits sacs d'épicerie en plastique blanc. «L'utilisation de ces sacs, qui a fait disparaître celle des sacs en papier brun, est de plus en plus dénoncée. Bien sûr, on peut supposer que les sacs de papier ne reviendront pas nécessairement, mais nous essayons quand même de concevoir des sacs biodégradables beaucoup plus écologiques.»
En outre, l'industrie des pâtes et papiers -- grande consommatrice de matières premières, d'énergie et d'eau -- vise ce qu'elle appelle l'«affluent zéro», c'est-à-dire en arriver à ne produire que peu ou pas de résidus. «Nous y travaillons très fort, indique le chercheur de l'UQTR, en concevant des procédés de fabrication plus efficaces ou de nouveaux produits plus facilement recyclables. On espère ainsi aider l'industrie à s'approcher de l'affluent zéro...»
Le «tout-recyclage» de Cascades
L'une des firmes qui vise concrètement «l'affluent zéro» est Cascades inc., de Kingsey Falls. Celle-ci fabrique une vaste gamme de papiers tout usage à partir de rebuts. «Soixante-dix pour cent de la pâte de papier que nous utilisons provient de papiers recyclés, précise Guillaume Bouvier, directeur du Centre de recherche et développement de Cascades. Chaque année, nous recyclons 2,5 millions de tonnes de papier, l'équivalent d'une forêt qui couvrirait plus que l'île de Montréal!»
«Cascades fonde toutes ses activités sur le recyclage, rappelle pour sa part Roger Gaudreault, directeur-général de la recherche chez Cascades. Lorsque les frères Lemaire ont fondé la compagnie en 1964, ils recyclaient déjà tout ce qui leur tombait sous la main. C'est dire que les préoccupations environnementales sont au coeur de nos activités...»
Cascades est particulièrement fière de sa ligne de produits d'hygiène qu'on retrouve en épicerie et en pharmacie, produits qui sont «fabriqués à 100 % avec du papier recyclé», souligne M. Bouvier.
Cascades cherche même à recycler les biogaz issus de la décomposition des matières résiduelles d'un dépotoir municipal. Ces gaz sont récupérés puis brûlés dans l'usine Cascades de Saint-Jérôme pour la production de papiers fins. «Le captage et la combustion de ces gaz permettent d'empêcher la libération de 470 000 tonnes de CO2 par année, indique-t-on, tandis que la valorisation du biogaz à l'usine de Saint-Jérôme permet une réduction annuelle de 70 000 tonnes de CO2.»
Pour l'instant, l'usine rejette néanmoins dans l'atmosphère l'excédent de gaz carbonique issu de la combustion des biogaz. L'équipe de Guillaume Bouvier espère parvenir à les récupérer puis à les réduire en poudre de carbonate de calcium -- un pigment blanc utilisé dans la confection du papier.
Des céréales «écologiques»
Les chercheurs ont par ailleurs conçu une boîte qui préserve les céréales sans que celles-ci soient emballées dans un sac de papier ciré. «C'est là une réalisation scientifique et technologique remarquable, déclare Roger Gaudreault, car elle a nécessité beaucoup de développement.»
Le problème auquel les chercheurs ont été confrontés a été de s'assurer que les céréales demeurent parfaitement à l'abri de l'humidité externe. «On sait que les céréales sont une matière sèche qui, si elle n'est pas protégée contre les vapeurs d'eau, se ramollira en quelques jours, indique M. Gaudreault. Il nous a donc fallu insérer dans le carton de la boîte une barrière ultra-efficace contre l'humidité, ce qui a représenté tout un défi.»
Mais voilà qu'un autre défi se présente: notre résistance par rapport à une boîte de céréales sans sac. «Est-ce que les consommateurs accepteront notre boîte sans sac?, se demande Guillaume Bouvier. Craindront-ils que leurs céréales ne soient pas "propres" ou qu'elles ne se conservent pas aussi bien? Le sac de papier ciré inspire confiance et il nous faudra peut-être changer les mentalités avant de commercialiser notre boîte...»
Pour l'heure, son équipe travaille avec un fabricant de céréales, en espérant que la nouvelle boîte pourra un jour se retrouver sur les tablettes d'épicerie. Mais rien n'est assuré, car il nous faudra faire notre bout de chemin si l'on veut préserver un peu plus l'environnement.
Collaborateur du Devoir
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