Double langage

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Serge Truffaut
Édition du mardi 28 février 2006

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C'est à n'y rien comprendre. Avant-hier, des représentants russes et iraniens ont assuré avoir signé un accord de principe prévoyant la création d'une coentreprise. Le siège de celle-ci sera situé en Russie. La raison? Les plus délicates des activités inhérentes à la production du nucléaire civil seront réalisées en sol russe, le reste en Iran. Après des mois et des mois de négociations ardues, l'annonce faite conjointement par les parties concernées est saluée à juste titre comme un pas dans la bonne direction.

Mais voilà qu'hier le rapport confidentiel que l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a consacré au sujet est divulgué aux médias. On y apprend que l'Iran «a testé une cascade de 20 centrifugeuses» confirmant ainsi que la méthode choisie est passablement analogue à celle employée par les Pakistanais pour la fabrication de leur bombe. On apprend également que des rénovations au processus d'enrichissement, étape critique par excellence, sont en cours à la centrale de Natanz. En guise de commentaire, le directeur de l'Agence, Mohamed el-Baradeï, juge le fait «regrettable et inquiétant».

Dans les heures suivant la publication de ce document, les ministres allemand et français des Affaires étrangères se manifestent pour affirmer que l'accord de principe de dimanche n'annonce pas de progrès. Pire, l'attitude adoptée par les Iraniens a pour objectif, selon Berlin et Paris, la division des Occidentaux mêlés dans le dossier.

Il est vrai que l'attitude des Iraniens est passablement, pour employer un euphémisme, opaque. Encore une fois, ils ont bluffé. Car, si dimanche ils ont signé une entente, ils ont réaffirmé le lendemain qu'il n'était pas question de suspendre leurs recherches atomiques. C'est la troisième fois en trois mois qu'ils illustrent leur inclination pour le double langage.

Dans une semaine tout juste, ce sujet délicat entre tous sera sur la table des membres du Conseil de sécurité de l'ONU. On le sait, ces derniers vont étudier le type de sanctions économiques qui pourraient être prises à l'endroit de l'Iran. Plusieurs observateurs pensent probable que le Conseil reprenne la résolution précédente en usant d'un ton plus impératif. Le but? Obliger Téhéran à respecter sa parole en tant que membre du Traité de non-prolifération et de signataire du protocole additionnel.

Si tel est le cas, alors les inspecteurs de l'AIEA reprendront là où ils ont été obligés de s'arrêter. Mais, là encore, il faut s'attendre à ce que les Iraniens louvoient jusqu'à plus soif afin de gagner du temps. Encore et toujours. Car, dans cette histoire, il ne faut pas oublier que l'acquisition de la bombe est devenue objet de fierté de tous les Iraniens. À moins que...

À moins que, dans les jours qui viennent, ils confirment par les actes que l'intention dévoilée dimanche était bel et bien sincère. On en doute.


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