Pages Jaunes veut des normes pour les fiducies

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Claude Turcotte
Édition du mardi 21 février 2006

Mots clés :

Marc Tellier dirige le Groupe Pages Jaunes, la deuxième fiducie de revenu en importance au Canada.

Photo: Jacques Nadeau

Les fuites sur les mesures budgétaires du ministre Ralph Goodale l'automne dernier qui ont provoqué des mouvements boursiers de plusieurs milliards autour des fiducies de revenu ont fait ressortir un problème qui existait déjà en ce qui concerne la clarté de la réglementation sur les règles comptables et la gouvernance de ces structures de financement, selon Marc Tellier, président et chef de la direction de Groupe Pages Jaunes (GPJ), qui est la deuxième fiducie de revenu en importance au Canada.

«Le temps est venu de relever la barre et d'établir de meilleures pratiques pour atteindre une divulgation pleine et entière des montants à redistribuer dans l'ensemble du secteur des fiducies de revenu», a proposé M. Tellier lors d'une conférence devant le Cercle canadien de Montréal. Il appuie en fait la suggestion de l'Association canadienne des fonds de revenu de mettre en place un cadre général et d'appliquer à toute cette industrie des normes standards et identiques, comme cela se fait déjà aux États-Unis. Les pratiques comptables actuelles causent des distorsions. Une étude récente de Standard & Poor's a montré que sur 40 fiducies de revenu, on en a trouvé 19 qui avaient des définitions différentes pour établir les montants à distribuer aux détenteurs de parts.

M. Tellier a constaté dans ses réunions avec des investisseurs que deux questions revenaient très souvent: y a-t-il cohérence dans la façon qu'ont les fiducies de calculer les montants à distribuer? Le régime de gouvernance protège-t-il les droits des détenteurs de parts? Selon Industrie Canada, les porteurs de parts ne disposent pas des mêmes recours en justice prévus par la loi sur les sociétés par actions. Par exemple, ils ne peuvent pas faire valoir leurs préoccupations sous forme de proposition lors d'une assemblée générale ou spéciale; ils n'ont pas les mêmes droits de se présenter en cour pour demander une mesure de redressement s'ils croient que la direction ou le conseil d'administration a exercé son autorité de manière abusive. Les gouvernements provinciaux étudient présentement des façons d'établir des régimes de gouvernance pour protéger les droits de ces porteurs de parts, ce que M. Tellier dit voir comme une mesure importante pour promouvoir la confiance des investisseurs.

Nervosité

En fait, l'automne dernier, au moment où les fuites budgétaires ont eu lieu, il y avait déjà de la nervosité dans l'air chez les gens qui investissaient dans les fiducies de revenu. Toutefois, ce sont surtout les petits investisseurs qui ont succombé à la panique, ce qui a déclenché une vague majeure de mises en vente, qui selon des chiffres approximatifs, aurait atteint 15 milliards. GPJ a 100 000 petits investisseurs qui en moyenne détiennent 1500 parts pour un montant d'environ 25 000 $ au prix boursier récent.

Il y a par ailleurs 200 investisseurs institutionnels qui détiennent ensemble 325 millions de parts. Quelques semaines après la panique, ce sont eux qui ont racheté les parts. «En d'autres mots, les spéculations à propos des lois et de niveau de taxes ont conduit à un transfert massif de richesse des Canadiens ordinaires vers des gestionnaires professionnels», déplore le président de Groupe Pages Jaunes.

Selon lui, tout le monde serait gagnant si l'on mettait fin aux incertitudes qui touchent le marché des fiducies de revenu. En novembre dernier, la Bourse de Toronto comptait 230 fiducies actives qui représentaient une valeur de marché de 190 milliards. En décembre, 75 autres fiducies étaient ajoutées à l'indice S&P/TSX. La popularité récente des fiducies de revenu semble avoir inquiété M. Tellier, puisqu'il a senti le besoin hier de faire la démonstration que la structure de fiducie de revenu convient particulièrement bien à GPJ pour devenir un leader non seulement en Amérique du Nord, mais aussi dans le monde. C'est une structure faite pour les entreprises qui génèrent des flux de trésorerie stables.

Dans deux ans, GPJ aura 100 ans et se dit très bien positionné pour le XXIe siècle, avec notamment des droits exclusifs à vie sur le logo «les doigts qui marchent» et la marque de commerce Pages Jaunes au Canada. GPJ publie plus de 330 annuaires au Canada avec une part de marché qui dépasse 90 % dans les annuaires. M. Tellier précise cependant qu'il y a quand même des concurrents, par exemple la radio, des journaux régionaux, les encarts, etc. GPJ a une présence aussi sur Internet et est devenu la semaine dernière leader en Ontario dans les petites annonces. GPJ dit avoir des concurrents dans 60 % de ses marchés.

Selon le président de GPJ, pendant que plusieurs entreprises de médias (musique enregistrée, télévision grand public, livres, magazines de consommation, quotidiens) connaissent des moments difficiles, de nouvelles sociétés spécialisées (sites Internet pour consommateurs, télé par câble et satellite, les jeux vidéo) progressent, tout comme les annuaires qui participent à la croissance. Même dans une ville comme Québec par exemple, où il vit avec la concurrence d'une firme qui possède quelques annuaires, GPJ parvient à augmenter sa part de marché, souligne M. Tellier.

GPJ trouve sa force dans le fait de donner de l'information concernant les activités quotidiennes dans une communauté. Si quelqu'un doit déménager, il trouvera facilement sur Internet avec Google des informations sur les compagnies de déménagement, mais pour tout ce qui est relié au déménagement lui-même, il faut aller à une source locale d'information. En fait, 90 % des entreprises qui annoncent dans les pages jaunes sont des PME.

Jusqu'à maintenant, M. Tellier fait valoir que GPJ s'est fort bien tiré d'affaire depuis que Bell Canada a vendu cette division en 2002 pour la somme de trois milliards. En août 2003, une offre publique de la fiducie de revenu GPJ a rapporté un milliard; la valeur au marché de sa capitalisation se situe maintenant à environ huit milliards, «un bon signal que les investisseurs ont confiance en notre avenir», soutient le président.

Enfin, le fait que GPJ ait comme structure de financement une fiducie de revenu n'a aucunement empêché la compagnie de faire l'acquisition, pour une somme de 2,55 milliards, d'Advertising Directory Solutions Holdings dans l'Ouest canadien.


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