L'union fera-t-elle la force ?
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L'aile gauche du PQ craint que le nouveau parti né de la fusion d'Option citoyenne et de l'UFP divise le vote; l'aile droite dit « bof »

Photo: Jacques Nadeau
Il suffit d'avoir assisté à un des congrès d'Option citoyenne pour comprendre que le parti à naître, écologiste et féministe, ne ressemblera à aucun autre parti: les verres de styromousse y sont interdits; il y a un bac pour nettoyer sa tasse; le café est équitable et on le remue à l'aide d'un petit morceau de pâte alimentaire; tous les documents sont recyclés à la fin du congrès; les périodes de plénière sont soumises à une procédure d'alternance, c'est-à-dire une intervention de femme et une intervention d'homme; etc.
Toutefois, la caractéristique la plus originale sera que, pour l'instant, le nouveau parti n'aura pas de chef. Certes, un ou une secrétaire général(e) interagira avec le directeur général des élections, précise Françoise David. Mais pour la première année au moins, le nouveau parti aura deux porte-parole, qui seront élus en fin de semaine. En fait, le médecin Amir Khadir, hyperactif dans les milieux de la gauche montréalaise (il est un des initiateurs du manifeste Pour un Québec solidaire), sera élu par acclamation. Quant à Françoise David, elle se disait hier «très confiante» d'être élue à l'autre poste...
Ah oui: comment cette nouvelle formation politique particulière se nommera-t-elle? On choisira dimanche entre quatre propositions: l'Union citoyenne, l'Union citoyenne du Québec, l'Union des forces citoyennes et Québec solidaire.
(Ne manque que l'Option des forces progressistes!)
La faute au Parti québécois
En tout, la formation regroupera environ 4000 membres. Certes, on est loin des quelque 140 000 membres du Parti québécois.
Justement, le Parti québécois, tout le monde en parle à Françoise David! Serait-elle, comme Jacques Parizeau l'a laissé entendre hier, la «Ralph Nader» du Québec? «Ah! que je suis tannée de cette question-là!» Rappelons que Nader, en allant chercher bon nombre de votes à gauche lors de l'élection présidentielle américaine de 2000, avait nui au démocrate Al Gore et aidé George W. Bush à accéder au pouvoir. Aussi, dans plusieurs circonscriptions, le nouveau parti OC-UFP pourrait permettre une division du vote souverainiste et contribuer à la réélection de Jean Charest.
Selon Mme David, si le Parti québécois ne voulait pas de Ralph Nader à sa gauche, il n'avait qu'à se comporter autrement lorsqu'il était au pouvoir. Elle répète constamment que c'est entre autres la «réponse navrante» du gouvernement à la Marche mondiale des femmes, en 2000, qui l'a amenée à tirer la conclusion qu'il fallait créer «une alternative de gauche au Québec». À l'époque, le premier ministre Lucien Bouchard avait à ses côtés Jacques Léonard au Conseil du trésor et Bernard Landry aux Finances. Leur obsession? Le déficit zéro. Françoise David se souvient aussi qu'à la même époque, lors d'un conseil national, le Parti québécois avait rejeté une motion qui précisait que le parti était «social-démocrate».
Françoise David n'était pas la seule à considérer que le Parti québécois avait perdu son «âme de gauche». En 1998, le Rassemblement pour une alternative politique (le RAP, ancêtre de l'UFP) avait été fondé notamment à l'initiative de Paul Cliche, figure omniprésente dans la gauche québécoise et ancien conseiller municipal du Plateau Mont-Royal sous l'étiquette du Rassemblement des citoyens de Montréal (RCM). Le RAP n'avait présenté que sept candidats aux élections de 1998 (dont le syndicaliste Michel Chartrand contre Lucien Bouchard dans Jonquière). Mais à l'élection partielle du 9 avril 2001 dans la circonscription symbolique de Mercier, Paul Cliche a obtenu le score impressionnant de 24 % des voix... ce qui a permis à la libérale Nathalie Rochefort d'être élue.
Plus récemment, le candidat de l'UFP, le professeur des HEC Omar Aktouf, a obtenu presque 8 % des voix à l'élection partielle du 12 décembre 2005, arrivant devant le Parti vert et l'ADQ (2,02 %). Certes, cela n'aurait pas suffi à faire élire le péquiste Farouk Karim, mais si on y ajoute le vote vert (4,48 %), le libéral Raymond Bachand se serait incliné.
Ce scénario fait craindre le pire aux péquistes de gauche, qui ont créé au sein de leur parti un «club politique» baptisé Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre (SPQ libre). Pierre Dubuc, de L'Aut' Journal, candidat du SPQ libre lors de la course à la chefferie, en 2005, avait fait un appel solennel aux gens d'OC et de l'UFP pour qu'ils ne divisent pas le vote souverainiste et se joignent au PQ. Joint hier, M. Dubuc a réitéré sa proposition, bien qu'elle ait été rejetée à plusieurs reprises par les Françoise David et compagnie. Adoptant un ton positif, M. Dubuc a dit que le SPQ libre est «prêt à collaborer avec l'OC-UFP». Selon lui, Jacques Parizeau a raison de dire que la création de ce nouveau parti constitue un échec du PQ. «D'ailleurs, M. Parizeau avait accueilli avec beaucoup plus d'ouverture les demande de l'autre marche des femmes, celle de 1995, "Du pain et des roses".» Afin d'éviter de diviser le vote, «il va falloir faire preuve d'imagination», a-t-il dit. Des candidats communs? Pauline Marois avait évoqué cette possibilité pendant la course, à l'automne. Pierre Dubuc ne serait pas opposé à cette méthode, «mais au parti, ça ne sera pas accepté», a-t-il dit.
Selon Jacques Rouillard, historien du mouvement syndical à l'Université de Montréal, la nouvelle formation a une grande faiblesse: «Pour être une force politique significative, il faudrait à ce nouveau parti l'appui du mouvement syndical, comme ailleurs en Occident, où un parti de gauche n'a vraiment de chances de se hisser au pouvoir qu'avec le soutien des syndicats. Or, au Québec, les centrales sont encore proches du Parti québécois, et ce n'est pas près de changer.»
À la droite du Parti québécois, on suit aussi la création du nouveau parti de gauche: «Son apparition ne m'inquiète pas. Ce qui m'inquiète, c'est que cela inquiétera les péquistes!», affirme Mathieu Bock-Côté, étudiant en sociologie à l'UQAM et militant péquiste qui se présente comme un «conservateur». «Le nouveau
parti sera une faction groupusculaire, un rassemblement sectaire, à mi-chemin du monde réel et de l'utopie à laquelle rêvent ses militants», commente-t-il. Selon lui, les péquistes «ont la conscience à gauche» et c'est pourquoi ils préfèrent «perdre 100 votes à droite qu'un seul vote à gauche: ils craignent alors de perdre leur âme. Alors, ils risquent effectivement de donner une importance insensée à l'apparition de ce parti». Pour le PQ, la tentation sera de chercher à «se situer encore plus à gauche sur l'axe idéologique».
Ce serait très dangereux dans la nouvelle donne actuelle, poursuit M. Bock-Côté, où les récents scores du Parti conservateur, notamment dans la région de Québec, prouvent que le «Québec, ce n'est pas le Plateau».
Vos réactions
Une autre vague socialiste vouée à l'échec - par FARID KODSI (farid.kodsi@sympatico.ca)
Le dimanche 05 février 2006 18:00
Solution: Système républicain au niveau provincial - par Martin-Éric Racine (q-funk@iki.fi)
Le samedi 04 février 2006 07:00

