Des enseignants de cégep choisissent la loi spéciale

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Marie-Andrée Chouinard
Édition du mardi 31 janvier 2006

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Baroud d'honneur de 4000 enseignants de cégep au gouvernement Charest: les professeurs membres de la Fédération autonome du collégial (FAC) vivront avec les termes de la loi spéciale, puisqu'ils ont refusé l'entente de principe adoptée par leur exécutif en décembre.

Les 4000 enseignants du collégial liés à la FAC n'ont en effet pas obtenu la double majorité nécessaire pour entériner l'entente de principe négociée le 15 décembre, sous le coup d'un décret imposé aux employés du secteur public, comme l'a confirmé au Devoir hier le président de la FAC, Alain Dion. «Nos membres ont lancé un signal politique très fort qu'ils ne seront pas complices de la machination du gouvernement Charest», a-t-il indiqué, au terme d'une tournée des assemblées locales de ses 17 syndicats membres. «Nous avons eu un débat très déchirant parce qu'on avait le choix entre le pire et le moins pire, mais nous avons choisi de vivre avec la loi spéciale.»

Contrairement aux deux autres syndicats d'enseignants de collège (la FNEEQ-CSN et la FEC-CSQ), la FAC n'a pas reçu le feu vert de ses membres pour éviter le couperet de la loi 142, puisqu'elle n'a pas obtenu la double majorité (vote des membres et vote des syndicats) nécessaire pour avaliser l'entente. «Toutes nos assemblées ont été consultées, mais ça n'a pas passé», a indiqué M. Dion, qui n'a toutefois pas précisé les résultats.

Selon nos informations, il semble toutefois que la majorité des membres ont voté pour l'entente, mais que le vote des syndicats s'est soldé par une nulle, huit étant pour, huit étant contre, un dix-septième n'ayant pas obtenu le quorum nécessaire pour se prononcer en bonne et due forme. Le président de la FAC a par ailleurs clairement indiqué hier qu'il n'était pas possible de reprendre le vote. Résultat: la double majorité n'a pas été obtenue.

Cette sortie de la FAC étonne, dans un contexte où l'ensemble des syndicats qui avaient négocié une entente avec le gouvernement à la mi-décembre ont depuis réussi à obtenir la bénédiction de leurs membres, préférant «le moins pire au pire». «Chez nous, l'insatisfaction est telle qu'on refuse un ajout de ressources», explique M. Dion.

Une majorité de 75 % des membres de la Fédération nationale des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN, 12 500 enseignants) ont «reçu» l'entente, et les sept syndicats de la FEC (Fédération des enseignants de cégep, 2000 membres) ont unanimement préféré l'entente négociée au décret.

«Qu'on choisisse de rejeter l'entente pour des raisons politiques, ça ne tient pas debout!», a commenté le président de la FEC-CSQ, Mario Beauchemin. «Sur un plan purement pragmatique, l'entente est plus avantageuse que le décret. C'est l'idéologie qui teinte leur vote.»

Même son de cloche du côté de la FNEEQ, où l'on a analysé le contenu de l'entente en se posant une seule question: «Quelle est la meilleure option pour l'intérêt des membres?», comme l'explique le président, Ronald Cameron. «Pour nous, la réponse a été claire: recevoir l'entente, c'était ce qu'il y avait de mieux.»

À la Fédération des cégeps, on expliquait hier qu'en se soumettant au décret les enseignants membres de la FAC tournaient le dos à 4 millions de dollars promis par l'entente, pour un total de 60 enseignants supplémentaires dans les 17 cégeps concernés, comme l'a expliqué la directrice des communications, Caroline Tessier. «Nous sommes déçus de ces résultats, parce que le rejet de l'entente signe l'absence de ces ressources enseignantes», a-t-elle ajouté.

Interrogé hier, le ministre de l'Éducation, Jean-Marc Fournier, a indiqué que le portrait était assez simple à comprendre: «Il y a deux choix: c'est l'entente ou la loi», a-t-il affirmé au Devoir. «Ce n'est pas tellement compliqué. C'est leur choix. On peut bien vouloir négocier jusqu'à temps que le gouvernement soit changé, après un an, écoutez, on a fait le tour.»


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