Harper souffle le chaud et le froid

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Alec Castonguay
Édition du vendredi 27 janvier 2006

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Le chef conservateur refuse de fixer un échéancier pour régler le déséquilibre fiscal

Ottawa -- Le nouveau premier ministre Stephen Harper a soufflé le chaud et le froid hier en affirmant d'abord vouloir travailler avec les partis d'opposition aux Communes dans un esprit de «consensus» pour ensuite servir un avertissement aux autres chefs de parti et au Sénat: «Les Canadiens s'attendent à ce que nous puissions mettre nos priorités en oeuvre.» Stephen Harper, qui nommera son cabinet et prendra officiellement les rênes de l'État le lundi 6 février, a également refusé de fixer un échéancier pour régler le déséquilibre fiscal, affirmant toutefois vouloir entamer les négociations «rapidement».

Le chef conservateur a répondu aux questions des journalistes pendant seulement une quinzaine de minutes hier lors de sa première conférence de presse depuis son élection. Stephen Harper a ensuite pris la direction du bureau du premier ministre afin de poursuivre les nombreuses séances de travail que commande la formation d'un nouveau gouvernement. Le greffier du Conseil privé, Alex Himelfarb, ainsi que le gouverneur de la Banque du Canada, David Dodge, ont déjà rencontré le nouveau premier ministre et son équipe de transition. La semaine prochaine, le chef d'état-major des Forces armées canadiennes et le commissaire de la GRC seront convoqués.

Malgré le fort contingent de députés issus des provinces de l'Ouest au sein de son caucus, M. Harper a promis un gouvernement et un cabinet qui «refléteront l'unité et la diversité du pays». Il a aussi rappelé que les priorités de son programme électoral sont claires et qu'il se mettra «rapidement au travail afin de réaliser le changement pour lequel les Canadiens ont voté», a-t-il dit.

Au sujet du règlement du déséquilibre fiscal, pierre angulaire de son programme pour le Québec, M. Harper a refusé de fixer un échéancier. Il a bel et bien parlé au premier ministre Jean Charest et à quelques autres premiers ministres des provinces, mais sans aborder de sujet précis. «Je leur ai rappelé mon engagement sincère à travailler avec eux pour renforcer notre fédération», a-t-il dit. Pour la suite des choses, le chef conservateur veut discuter avec les provinces pour trouver un terrain d'entente. «Nous avons dit que nous avons l'intention d'avoir des discussions d'ensemble pour régler ce problème», a-t-il souligné, refusant de répondre à une question au sujet du moment de ce sommet.

Les priorités

Le premier geste législatif de Stephen Harper consistera «à faire le ménage à Ottawa» grâce à la Loi fédérale sur l'imputabilité. Cette proposition permettrait de mettre en place une série de mesures afin de resserrer les règles d'éthique au sein du gouvernement, notamment en accordant plus de pouvoir au commissaire à l'éthique et au registraire des lobbyistes. Les dons des entreprises aux partis politiques seraient aussi interdits, tout comme les dons personnels de plus de 1000 $ (voir texte du Devoir du 5 novembre dernier). «Je suis persuadé que nous atteindrons un large consensus pour faire adopter cette loi», a soutenu Stephen Harper.

Le chef conservateur a aussi souhaité la collaboration des partis d'opposition pour faire avancer les autres priorités de son programme, notamment la réduction de la TPS, le renforcement du système judiciaire, la mesure devant accorder le choix aux parents en matière de services de garde, l'élimination du déséquilibre fiscal et une garantie sur les délais d'attente en santé. «Pendant la campagne, j'ai remarqué qu'il y avait un consensus entre les partis sur les priorités que je viens de nommer», a-t-il dit, passant sous silence les profondes divergences entre les formations politiques sur certaines de ces idées, notamment la TPS et les services de garde.

«Nous travaillerons ensemble à atteindre des objectifs communs», a-t-il déclaré, avouant toutefois que «ce seront des tâches difficiles» puisqu'un gouvernement minoritaire «n'est pas chose facile». Puis, cet avertissement: «Tous les partis reconnaissent que les Canadiens ont choisi un parlement minoritaire pour une deuxième fois en moins de deux ans et veulent que nous nous mettions au travail pour réaliser les changements [qu'ils souhaitent]. Nous serons prêts à réaliser ces changements.»

Par exemple, M. Harper a affirmé qu'il consultera «à un certain moment» les autres chefs politiques en ce qui a trait à la rédaction du discours du Trône, ajoutant par contre qu'en définitive, cette tâche relève de lui-même et de son cabinet. «Nous avons nos priorités et les Canadiens s'attendent à ce que nous puissions les mettre en oeuvre», a-t-il dit. Même scénario pour le Sénat à forte majorité libérale: les sénateurs devront se souvenir que les Canadiens ont élu un gouvernement conservateur avec un programme précis. «Je veux réformer le Sénat, mais j'ai aussi l'intention d'écouter les sénateurs d'expérience. Je m'attends toutefois à ce que le Sénat respecte la volonté des élus», a-t-il lâché.

Même position dans le cas de l'allocation de 1200 $ par année pour chaque enfant de moins de six ans. Tous les autres partis sont opposés à cette idée, mais Stephen Harper entend tout de même la mettre en avant. «Je pense que l'idée de verser cet argent directement aux familles est très populaire. Je vais avoir des discussions avec les autres chefs, mais les familles espèrent que nous mettrons notre proposition en oeuvre.»

Stephen Harper a également rappelé qu'un vote libre destiné à raviver le débat à propos des mariages homosexuels sera au menu «au cours de la durée de ce gouvernement», même si cette question «ne fait pas partie des priorités».

À la fin de la conférence de presse, le nouveau premier ministre a tenu à aborder le dossier de la souveraineté du Canada dans l'Arctique. Mercredi soir, devant un groupe de discussion réuni à la University of Western Ontario, l'ambassadeur américain à Ottawa a soutenu que les États-Unis «ne reconnaissent pas les revendications canadiennes sur ces eaux territoriales, tout comme d'autres pays ne reconnaissent pas ces revendications», a dit David Wilkins, dont les propos ont été rapportés par le réseau CBC.

Selon les États-Unis, il n'y a pas lieu de «créer un problème qui n'existe pas» mais, visiblement, l'idée des conservateurs de militariser l'Arctique pour assurer la souveraineté du Canada ne plaît pas à nos voisins. «On a simplement un désaccord à ce sujet-là», a soutenu M. Wilkins. Hier, Stephen Harper a voulu être ferme en rappelant qu'Ottawa «allait faire valoir sa souveraineté dans l'Arctique».


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Une toute nouvelle fédération ? - par Roland Berger (rolandberger@rogers.com)
Le vendredi 27 janvier 2006 09:00

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