Une majorité d'élus sont favorables au mariage gai

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Édition du vendredi 27 janvier 2006

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Harper aura de la difficulté à faire adopter sa motion

Photo: Agence Reuters

Ottawa -- Les partisans de l'interdiction des mariages gais risquent de rester sur leur faim avec la courte victoire de Stephen Harper lundi.

Dans leur plate-forme, les conservateurs se sont engagés à tenir «un vote entièrement libre sur la définition du mariage à la prochaine session parlementaire».

Or, selon une compilation effectuée par la Presse canadienne, une légère majorité des 308 députés élus lundi appuient le droit au mariage des conjoints de même sexe. Mais il n'y a pas de doute que le vote sera serré.

En effet, 151 des nouveaux députés sont favorables au maintien du statu quo, tandis que 144 voudraient rouvrir le débat. Ce décompte se base sur les déclarations que les nouveaux députés ont faites pendant la campagne électorale et sur les votes antérieurs des députés qui sont réélus.

Pour ce qui est des 13 autres députés qui viennent d'être élus, on ne connaît pas encore leur position définitive sur le sujet, puisqu'ils ne l'ont pas exprimée publiquement. Sept d'entre eux sont conservateurs, mais ils pourraient appuyer le mariage gai, comme le leur permet leur parti.

Les autres appartiennent au Parti libéral (4) et au Bloc québécois (1), des formations qui défendent avec force l'égalité en matière de mariage. Le vote décisif appartiendra peut-être à l'indépendant André Arthur, qui a refusé de se prononcer sur la question pendant la campagne.

Dimitri Soudas, porte-parole du premier ministre désigné, a accueilli avec un haussement d'épaules la possibilité que la motion sur le rétablissement du «mariage traditionnel» soit défaite.

«Nous avons promis un vote libre pour tous les députés, ce qui veut dire que même les ministres pourront voter selon leur conscience, a-t-il rappelé. Et bien sûr, nous allons respecter la volonté de la Chambre.»

Sous le couvert de l'anonymat, les stratèges conservateurs insistent sur le fait que le projet de motion est avant tout symbolique.

«M. Harper le fait parce qu'il croit à la définition traditionnelle du mariage et qu'il tenait à ce qu'un vrai vote libre ait lieu sur la question», explique l'un d'entre eux.

Dans l'éventualité où la motion serait adoptée, le gouvernement s'est engagé à présenter un projet de loi qui interdirait le mariage homosexuel.

«Il ne faut pas oublier que ce texte devrait recevoir l'approbation du Sénat, qui est loin d'être acquise», fait remarquer une source conservatrice.

La Loi sur le mariage civil, qui a officialisé le mariage gai, a été entérinée au Sénat par un vote de 47 voix contre 21, en juillet dernier, soit une majorité plus élevée que celle enregistrée aux Communes.

La semaine dernière, pourtant, Stephen Harper a affirmé qu'il considérerait comme un «abus de pouvoir» toute tentative du Sénat de bloquer un projet de loi du gouvernement visant à rétablir la définition traditionnelle du mariage.

Il faut dire que la mise aux voix d'une motion sur ce sujet délicat ne figure pas dans les cinq priorités du nouveau gouvernement conservateur. M. Harper en a à peine fait mention pendant les deux mois qu'ont duré la campagne électorale.

Hier, lors de son premier point de presse depuis sa victoire, le chef conservateur a tout de même promis de ne pas tarder indûment. «Je préférerais [présenter la motion sur le mariage] plus tôt que plus tard, mais pas immédiatement», a-t-il annoncé.

Charles McVety, président de la Canada Family Action Coalition (CFAC), l'un des principaux organismes qui font campagne contre le mariage des conjoints de même sexe, ne veut pas s'avancer sur les probabilités que la motion soit adoptée. «Nous faisons pression sur Stephen Harper pour qu'il tienne promesse», a-t-il dit.


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