Palestine - Les raisons de l'échec électoral du Fatah
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À peine un an après la mort de Yasser Arafat, le Fatah s'est effondré dans les urnes. La formation qui avait incarné la lutte nationale palestinienne n'a pas résisté à la disparition de son père fondateur. Lui seul savait gérer les rivalités qui ont éclaté au grand jour depuis lors, utiliser l'argent pour contrôler plus ou moins les groupes armés, s'adresser aux activistes armés comme aux tenants de la négociation et manier les références islamiques et la vulgate révolutionnaire.
L'Autorité affaiblie
Difficile en effet de savoir si l'échec du Fatah est celui de l'Autorité palestinienne ou vice-versa tant le parti fondé et la structure protoétatique palestinienne, issue des accords d'Oslo en 1993, sont imbriqués. L'échec de l'une a rejailli sur l'autre et les divisions du parti ont affaibli l'Autorité. En 1993, après la signature des accords d'Oslo, l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), réduite de fait à sa principale composante, le Fatah, avait investi les structures du futur État palestinien sans opérer de césure radicale. De 1994 à 2004, lorsqu'il a dirigé les territoires, Yasser Arafat -- qui cumulait les trois casquettes de chef de l'Autorité, de l'OLP et du Fatah -- n'a eu de cesse de jouer au bonneteau, mettant en avant tantôt le gouvernement, tantôt le parti, quand ce n'était pas la centrale. Jamais des institutions palestiniennes dignes de ce nom n'ont pu émerger ni gagner la légitimité et la pérennité qu'un État est censé avoir par rapport à ceux qui le dirigent. Les pléthoriques services de sécurité -- plus de 50 000 hommes -- offrent le meilleur exemple de cette gestion confuse.
Déjà critiquée pour son inefficacité, sa corruption et son autocratie, l'Autorité palestinienne n'a pas résisté aux coups de boutoir portés par Ariel Sharon à partir de 2001. Ce dernier a détruit un à un tous les symboles de souveraineté tandis que l'Autorité n'a pas su choisir de stratégie claire pendant l'intifada. Les policiers sont restés l'arme au pied, incapables de protéger la population des raids israéliens, quitte, pour certains d'entre eux, à aller faire le coup de feu la nuit au sein des groupes armés clandestins. De même qu'ils sont incapables aujourd'hui de mettre au pas les groupes armés qui pullulent dans les territoires et y entretiennent une insécurité et un chaos devenus insupportables pour la population. En comparaison, l'image du Hamas, nettement plus déterminé lorsqu'il s'agit de la lutte armée mais aussi discipliné quand la trêve est proclamée, est plus lisible.
Intifada et répression
Pendant ce temps, la direction palestinienne n'a cessé d'appeler au retour à un processus de paix déjà complètement discrédité au moment où l'intifada a éclaté, en septembre 2000. Pendant toutes les années d'autonomie, les Palestiniens ont vu le nombre de colons augmenter de façon exponentielle. L'Autorité palestinienne, qui a de moins en moins été traitée comme un partenaire par Israël jusqu'au retrait unilatéral de Gaza, n'a pas su non plus contrer les effets des bouclages à répétition qui ont considérablement appauvri la population. L'intifada, la répression israélienne et la réoccupation des territoires ont encore réduit la marge de manoeuvre de l'Autorité, qui régnait grâce à un clientélisme bien compris.
Rapidement, tout le budget du gouvernement est passé dans les salaires de ses nombreux fonctionnaires. Le Hamas, lui, s'est occupé des innombrables laissés-pour-compte de la société palestinienne à travers ses cliniques, son réseaux d'ONG caritatives et ses écoles, qui ont fini par former un État dans l'État ou, plutôt, à la place de l'État manquant. Ni dans sa gestion intérieure ni dans sa politique extérieure, le Fatah n'a su apporter aux Palestiniens ce à quoi il aspirent le plus: un État indépendant et bien géré.

