Washington courtise les sunnites irakiens avec un oeil sur l'Iran

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Reuters , AFP
Édition du vendredi 27 janvier 2006

Mots clés : sunnites, iran

Une jeune Irakienne attendait hier que les soldats aient terminé de fouiller la maison familiale, à Hit.

Photo: Agence Reuters

Trois ans après avoir renversé Saddam Hussein, les États-Unis sont accusés de tendre la main en Irak à la minorité sunnite dans le but de contrecarrer l'Iran chiite et ses ambitions nucléaires.

Pour des responsables américains, les efforts déployés pour courtiser les sunnites visent à désamorcer l'insurrection qu'ils ont déclenchée et encourager la formation d'un gouvernement stable à Bagdad. Mais les dirigeants chiites portés au pouvoir depuis l'intervention militaire de Washington y voient aussi une tentative visant à les neutraliser, compte tenu de l'influence sur eux de la République islamique d'Iran voisine.

«Les Américains portent tous leurs efforts sur les sunnites et s'efforcent de les intégrer au processus politique, y compris aux dépens d'autres forces», affirme un dirigeant de l'Alliance irakienne unifiée (AIU), qui a frôlé la majorité aux élections législatives du 15 décembre. «Nous en avons beaucoup parlé. Les Américains sont si obsédés par les sunnites que leurs mobiles vont bien au-delà de la promotion de l'unité nationale», ajoute-t-il.

Cette impression est renforcée par l'image de l'ambassadeur des États-Unis à Bagdad, Zalmay Khalilazad, assis à la table de négociation avec les groupes irakiens rivaux bataillant pour obtenir des sièges au sein du futur gouvernement de coalition.

Des diplomates occidentaux en poste à Bagdad y voient aussi le jeu américain face à l'Iran, soupçonné par les Occidentaux de vouloir se doter de l'arme atomique sous couvert d'un programme énergétique civil.

«La tension croissante entre Téhéran et Washington sur le nucléaire iranien a des répercussions sur les relations entre les Américains et les chiites irakiens, explique un diplomate européen. Ils cherchent à trouver de nouveaux interlocuteurs, d'autres alliés qui ne se retourneront pas contre eux [en Irak] si la situation dérape avec l'Iran.»

De source officielle américaine, on dément pareil changement de politique. «Rien n'a changé», assure un responsable américain à Bagdad.

Les relations entre les deux «frères ennemis» de la région, qui se sont livré une guerre particulièrement meurtrière de 1980 à 1988, ont pris un tour nouveau après la chute de Saddam, dont le régime sunnite avait marginalisé et stigmatisé la majorité chiite. Un rapprochement est survenu, marqué notamment par des visites de dirigeants de haut niveau.

Libération

L'armée américaine a libéré hier 419 détenus irakiens, dont cinq femmes, une décision qui pourrait faciliter la libération d'une journaliste américaine prise en otage le 7 janvier à Bagdad.

Les ravisseurs de la journaliste Jill Carroll ont menacé de tuer leur otage si les prisonnières en Irak n'étaient pas libérées dans les 72 heures, avait annoncé le 17 janvier la télévision al-Jazira du Qatar, en diffusant une vidéo de l'otage.

Le ministère irakien de la Justice à Bagdad a affirmé mercredi que les libérations n'étaient pas liées à la demande des ravisseurs et expliqué, tout comme l'armée américaine, que la décision avait été prise par une commission quadripartite (Force multinationale, et ministères irakiens de la Justice, de l'Intérieur et des droits de l'homme) sur étude du dossier des détenus.


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