Le Hamas coincé

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Serge Truffaut
Édition du vendredi 27 janvier 2006

Mots clés : hamas, fatah

La victoire du Hamas aux législatives palestiniennes est sans appel. Ce mouvement islamiste a remporté 76 sièges sur les 132 que compte l'assemblée, mettant ainsi un terme au pouvoir que le Fatah a exercé sans partage pendant plus de 40 ans. Le temps du bras-de-fer inhérent à toute campagne étant passé, voici que commence celui des contradictions à résoudre.

De toutes les images propres à ces élections, retenons non pas la plus spectaculaire mais la plus riche en information. Il s'agit de ce moment lors duquel des partisans du Hamas ont remplacé le drapeau palestinien qui flottait sur le toit du parlement pour le remplacer par la bannière verte de leur camp. Cet épisode en dit long sur le sentiment religieux qui habite l'électorat du Hamas ainsi que sur l'écoeurement -- il n'y a pas d'autre mot -- que suscite désormais le Fatah. De cette image combinée aux faits, on peut déduire que le vote des Palestiniens est un vote d'adhésion à l'idéologie et au programme du Hamas ainsi qu'une sanction ferme à l'endroit de l'organisation fondée par Yasser Arafat.

Après lecture des chiffres afférents au scrutin d'avant-hier, on pourrait croire que le Hamas va être en mesure de gouverner confortablement. Il risque d'en aller tout autrement. En effet, la réalité qui se dessine annonce des lendemains difficiles mais surtout un rapport de force constant avec le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas. Selon la Constitution palestinienne, celui-ci dispose d'atouts, et non des moindres, qu'il peut jouer à sa guise. On pense évidemment aux affaires étrangères et aux forces de sécurité.

Selon la loi fondamentale, les unes et les autres sont la chasse gardée du président. Autrement dit, c'est à Abbas que revient le pouvoir de discuter ou de négocier avec les membres du quartet (États-Unis, UE, ONU, Russie) et de dialoguer avec les Israéliens. Quant aux forces de sécurité, si elles sont administrées au jour le jour par le ministre de l'Intérieur, elles n'en sont pas moins entre les mains du président, le premier relevant directement du second. Bref, Abbas dispose d'une marge de manoeuvre certaine pour imprimer sa marque sur des fronts essentiels.

À peine les résultats communiqués, on a d'ailleurs assisté à un duel discret. Le président Abbas a convié le Hamas à former, comme il se doit, le prochain gouvernement tout en trouvant le moyen de le contrarier. Les patrons du Fatah refusent, pour l'instant du moins, d'acquiescer à la requête des islamistes: ils ne veulent pas faire partie du gouvernement comme le souhaitait la direction du Hamas.

Cette position découle d'abord de ceci: en ayant remporté les élections, le Hamas est appelé à gouverner quelque chose qu'il n'a jamais reconnu officiellement: l'Autorité palestinienne. Celle-ci, il faut le rappeler, est le fruit des accords d'Oslo, que le Hamas a non seulement rejetés parce qu'ils avaient été négociés avec les ennemis israéliens mais combattus en ayant recours aux armes. Sur ce plan, le Hamas fait face à un flou politique qu'il est appelé à éclaircir à très court terme.

Cette position découle ensuite d'une attente. À la faveur des élections municipales et de la campagne qui vient de se terminer, tout un chacun a pu observer que le Hamas est plus divisé que jamais entre les pragmatiques et les radicaux. Ces derniers veulent gouverner et poursuivre la lutte armée alors que les premiers seraient plus enclins à emprunter une voie analogue à celle suivie par l'IRA dans les années 90. Au Fatah, on attend une clarification aussi nette que sincère.

Enfin, la position actuelle du Fatah est également le reflet des positions claironnées une fois encore hier par l'UE et les États-Unis. Tant et aussi longtemps que le Hamas conservera l'article de sa charte stipulant qu'il faut détruire Israël, il n'est pas question de négocier et encore moins d'allouer des fonds aux ministères de l'Éducation, de la Santé, des Transports, etc. Il est probable que le Hamas soit rapidement condamné à choisir entre la fuite en avant, et la cohorte de victimes que cela suppose, et la realpolitik.


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