McKenna démissionne à Washington
Mots clés : mckenna
Conversation «cordiale» d'une vingtaine de minutes entre Bush et Harper
Ottawa -- L'arrivée de Stephen Harper à la tête du pays a créé une onde de choc qui a eu ses premières répercussions à Washington hier. Pendant que le président américain George W. Bush téléphonait au nouveau premier ministre pour le féliciter de sa victoire, l'ambassadeur canadien aux États-Unis, Frank McKenna, remettait en soirée sa démission pour mieux se consacrer à la course au leadership qui s'annonce au Parti libéral.«Je pense que vous serez d'accord pour dire que le bon fonctionnement de ce poste est intimement lié à la capacité de son titulaire de bien travailler avec le gouvernement canadien. C'est la perception de proximité avec le pouvoir qui permet de donner une voix forte au pays. Même si je n'aurais pas de difficulté à travailler avec vous ou votre gouvernement, il serait impossible d'établir l'impression de proximité et de confiance. [...] Par conséquent, c'est dans l'intérêt de la nation que je vous remets ma démission», écrit M. McKenna.
M. McKenna soutient qu'il peut quitter immédiatement son poste ou alors rester jusqu'à l'arrivée de son remplaçant. «Je peux partir immédiatement si vous le souhaitez», écrit-il. Mais il devra vraisemblablement patienter un peu. Le directeur des communications de Stephen Harper, William Stairs, a affirmé hier soir au Devoir que M. Harper ne pouvait pas accepter cette démission, comme aucune autre d'ailleurs, puisque le chef conservateur n'est pas encore officiellement premier ministre. «On ne peut donc pas le remplacer non plus», a soutenu M. Stairs.
Paul Martin avait officiellement nommé Frank McKenna au poste le plus prestigieux de la diplomatie canadienne le 15 janvier 2005. Il était entré en fonction le 1er mars dernier. Si le départ de Frank McKenna ne constitue pas une surprise, l'appel téléphonique du président George W. Bush à Stephen Harper hier matin pour lui offrir ses félicitations à l'occasion de sa victoire électorale n'en est pas une non plus. MM. Bush et Harper vont tenter de relancer les relations canado-américaines sur une meilleure voie, de très vives tensions étant apparu entre les deux capitales depuis deux ans.
Selon le porte-parole de la Maison-Blanche, Scott McClellan, la conversation d'une vingtaine de minutes a été «cordiale». «C'était une bonne conservation», a-t-il dit tout en refusant de préciser la nature des dossiers abordés. Même mutisme du côté des conservateurs, qui ont répondu que des précisions seront données aujourd'hui lors de la première conférence de presse de Stephen Harper à titre de premier ministre élu.
«Le président veut vraiment regarder vers l'avenir et travailler avec le premier ministre élu Harper et le nouveau gouvernement», a soutenu Scott McClellan aux journalistes lors de son point de presse quotidien. «Nous avons de bonnes relations avec le Canada et nous voulons construire sur cette base et resserrer nos liens.» Malgré les différends bien connus entre Ottawa et Washington, le porte-parole de la Maison-Blanche a refusé de dire si l'élection d'un gouvernement conservateur au Canada constituait une bonne nouvelle pour l'administration Bush. Les analystes s'entendent toutefois pour dire que la relation entre Stephen Harper et George W. Bush ne peut pas être plus mauvaise que celle entre MM. Bush et Martin. «C'est sûr et certain que ça n'allait pas très bien. L'administration Bush avait de la difficulté avec Jean Chrétien et espérait beaucoup avec l'arrivée de Paul Martin, en 2003, qui disait vouloir réchauffer les relations canado-américaines. Mais ça ne s'est pas produit», a expliqué Louis Balthazar, président de l'Observatoire sur les États-Unis à l'UQAM.
Plusieurs gestes de Paul Martin ont contribué à détériorer les relations entre les deux pays, le plus important étant sans aucun doute le refus canadien de participer au bouclier antimissile américain, sans oublier toutes les tergiversations qui avaient précédé cette décision.Les conservateurs ont promis une attitude différente, davantage basée sur le respect malgré les divergences d'opinion dans certains dossiers comme celui du bois d'oeuvre. «Ce sera beaucoup plus franc en privé, tout le monde saura à quoi s'en tenir», a soutenu au Devoir une source dans l'entourage de Stephen Harper.
Vos réactions
Trop pressé ? - par Roland Berger (rolandberger@rogers.com)
Le jeudi 26 janvier 2006 16:00

