Sur un fil de fer
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Le Bloc québécois s'est retrouvé une autre fois bon premier au Québec à l'issue de la campagne électorale qui s'est terminée lundi. Malgré cela, l'élection d'une dizaine de députés conservateurs constitue un obstacle imprévu pour les bloquistes et pour l'ensemble du mouvement souverainiste, qui aura à revoir sa stratégie.
Cette élection prive le Bloc d'atouts précieux, en premier lieu le scandale des commandites, qui lui servait de bougie d'allumage. Les libéraux tant honnis ont été sévèrement punis et remplacés par les conservateurs de Stephen Harper, qui cloront ce dossier en faisant adopter une loi sur l'imputabilité.
Ce scandale des commandites permettait au Bloc d'occuper d'autant plus facilement le terrain politique que le Parti libéral était perçu par ailleurs comme opposé à l'avancement du Québec. Cela dit, les bloquistes avaient beau jeu de prétendre être les seuls véritables défenseurs des intérêts des Québécois à Ottawa. Or le gouvernement conservateur qui vient d'être élu se veut ouvert à des avancées. On a promis de s'attaquer au déséquilibre fiscal, de revoir le financement de l'enseignement post-secondaire, de respecter les compétences des provinces et de donner au Québec une place à l'Unesco.
Avec, au surplus, l'élection de 10 députés conservateurs au Québec, le Bloc aura à faire face à une concurrence qui sera d'autant plus vive que le Parti conservateur fera tout pour y accroître, lors du prochain rendez-vous électoral, son nombre de sièges. Pour espérer former un gouvernement majoritaire la prochaine fois, il lui faudra doubler, sinon tripler le score réalisé lundi. À voir la campagne qu'il a menée au Québec, on peut croire que Stephen Harper fera tout pour y arriver.
Le défi de Gilles Duceppe ces prochains mois sera de s'assurer que le recul subi lundi soir ne s'amplifie pas et ne ramène pas le Bloc là où il était en 2000, alors que le premier ministre Jean Chrétien avait obtenu davantage de suffrages que le Bloc, soit 44,2 % contre 39,9 %. Pour cela, il devra démontrer que la présence du Bloc à Ottawa est toujours pertinente.
En ce sens, le chef bloquiste s'est réjoui hier d'avoir obtenu la balance du pouvoir face au gouvernement de Stephen Harper, qui, ne pouvant s'allier aux libéraux, devra se tourner vers le Bloc, le seul qui pourra l'aider à faire face aux aléas de son état minoritaire. Si tant est que les circonstances lui permettent d'user de cette situation pour influencer les orientations des conservateurs, M. Duceppe devra manier ce levier avec une infinie prudence pour ne pas devenir, à son corps défendant, le partenaire d'un renouvellement du fédéralisme. Il marchera constamment sur un fil de fer.
A priori, Stephen Harper voudra se passer de l'appui du Bloc pour ne pas avoir à pactiser avec des «séparatistes». Toutefois, les circonstances pourront l'y forcer, par exemple pour faire adopter un budget accordant aux provinces la latitude financière qu'elles réclament. Ce faisant, Gilles Duceppe prétendra contribuer à l'avancement des intérêts du Québec, mais du coup il permettra à son adversaire conservateur de marquer des points au Québec.
La stratégie dite des trois périodes que privilégie le mouvement souverainiste en vue d'un prochain référendum prévoyait rien de moins qu'une déferlante bloquiste à cette élection allait préparer le terrain pour une victoire du Parti québécois contre le gouvernement Charest. Cela ne s'est pas produit et, au surplus, Jean Charest a gagné un allié en Stephen Harper, qui fera tout pour qu'il reste au pouvoir. La deuxième période sera plus longue et plus difficile que ne l'estimaient quelques stratèges aux lunettes roses.
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