La fin d'un long suspense
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L'hiver ne pourra pas servir de prétexte pour ne pas aller voter

Photo: Agence Reuters
Aucune ville ne se soustrait à ce phénomène. En janvier, il a fait en moyenne 11 degrés de plus à Winnipeg, sept à Yellowknife et Calgary, cinq à Montréal. Certes, reconnaît le météorologue, il a bien fait un peu plus froid en début de campagne, les trois premières semaines de décembre. «Mais à Montréal, par exemple, il a fait en moyenne seulement 1,3 degré de moins que d'ordinaire. À partir du 21 décembre, il a fait en moyenne 8,8 degrés de plus.»
Même la neige est absente, dit M. Phillips. Moncton n'en a reçu que 80 centimètres au lieu de 140. «C'est presque une sécheresse pour eux!», lance le météorologue qui multiplie les hyperboles. «Même le sol a dégelé. On a pu planter des pancartes sur les terrains.»
Et cela devrait se poursuivre aujourd'hui. Les prévisions météo sont excellentes un peu partout dans tout le pays. D'Halifax jusqu'à Montréal, on annonce tout au plus quelques flocons et -2 °C. «Personne ne pourra utiliser la météo comme prétexte pour ne pas aller voter», conclut le météorologue. Seule Terre-Neuve pourrait subir les affres de la météo. Y sévissait encore hier soir un avertissement de vents violents pouvant atteindre 80 km/h. En outre, c'est la seule province n'ayant pas augmenté son taux de participation au vote par anticipation. En moyenne, les Canadiens ont été 25 % plus nombreux à voter à l'avance par rapport à l'élection de 2004.
Un échiquier bouleversé
À la dissolution de la Chambre des communes, le Parti libéral détenait 133 sièges (dont 21 au Québec), le Parti conservateur 98, le NPD 18, le Bloc québécois 53. Il y avait quatre indépendants et deux sièges vacants pour un total de 308. Outre l'Ontario un peu moins uniforme qu'auparavant (74 libéraux, 33 conservateurs, 7 NPD et 2 indépendants), chaque région canadienne portait sa couleur bien à elle: bleu dans l'Ouest (68 conservateurs sur 92) et rouge dans l'Est (22 libéraux sur 32 sièges dans les Maritimes). Si les sondages disent vrai et que le prochain gouvernement s'annonce conservateur, c'est l'Atlantique et surtout l'Ontario qui détermineront l'ampleur de la victoire.
«Je n'ai jamais vraiment cru à un gouvernement conservateur», explique François Rocher, professeur à l'Université d'Ottawa. Il se hasarde à prédire au mieux une trentaine de sièges supplémentaires pour Stephen Harper en Ontario, ce qui le placerait encore en territoire minoritaire. «Je compare cette élection-ci à celle de 1988 où, là aussi, les deux grands partis étaient à égalité en Ontario. Ils y ont récolté chacun environ 47 sièges.»
Sa lecture correspond à peu près aux prévisions que les partis acceptent de partager sous le couvert de l'anonymat. Les conservateurs pensent former un gouvernement minoritaire ce soir avec, dans le pire des scénarios, environ 138 sièges.
Au Québec, les plus exaltés au sein du PC prédisent jusqu'à neuf gains. Les autres chiffrent plutôt leur percée au mieux à six sièges. Trois ou quatre victoires dans la région de Québec coûteraient leur siège à autant de bloquistes. Josée Verner ferait tomber Bernard Cleary dans Louis-Saint-Laurent, Jacques Gourde battrait Odina Desrochers dans Lotbinière-Chutes-de-la-Chaudière, Christian Paradis délogerait Marc Bouliane dans Mégantic-L'Érable et Steven Blaney enverrait Réal Lapierre à la maison dans Lévis-Bellechasse. La victoire de Maxime Bernier dans Beauce est presque acquise (une perte pour le PLC dont le ministre sortant, Claude Drouin, ne se représente pas). On mise aussi sur Lawrence Cannon dans Pontiac détenue par les libéraux. Le nom de Jean-Pierre Blackburn est souvent évoqué, mais le Bloc québécois ne jette pas l'éponge: le jeune Sébastien Gagnon dispose, dans Jonquière-Alma, d'une machine redoutable.
Ainsi, si la formation de Gilles Duceppe pense pouvoir ravir les sièges de ministres montréalais (Pierre Pettigrew, Liza Frulla, Jacques Saada et même Jean Lapierre), ces gains pourraient être annulés par les pertes à Québec. On a même déjà accepté la défaite de Guy Côté dans Portneuf-Jacques Cartier contre le roi du micro indépendant André Arthur. Les possibilités pour le Bloc d'augmenter son score de 54 circonscriptions se sont donc amincies.
Libéraux dehors?
Les libéraux perdent la bataille, selon Guy Laforest, politicologue à l'Université Laval, parce qu'ils ont sous-estimé leurs adversaires conservateurs. «Les libéraux se sont dit que la vraie campagne aurait lieu après Noël. Cela aura été une erreur stratégique. Ils ont laissé tout le terrain au Parti conservateur avec sa campagne d'une annonce par jour et se sont retrouvés en mode réactif.»
M. Rocher renchérit. «Les libéraux n'ont pas été chanceux. Ils ont eu le délit d'initié avec l'affaire Goodale qui a résonné dans le reste du Canada et l'affaire Option-Canada qui a eu des échos au Québec. Ces deux histoires viennent confirmer une impression qui était déjà là depuis la commission Gomery à savoir qu'avec les libéraux, c'est pas toujours "cascher". On utilise l'argent des contribuables de façon douteuse, et la fin de l'unité nationale justifie tous les moyens.»
Et c'est en Ontario que les troupes de Paul Martin essuieront le plus de revers si la tendance se maintient. Les néo-démocrates pensent pouvoir arracher près d'une douzaine de sièges dans le Nord, dans les villes industrielles telles que Hamilton et Oshawa et même à Toronto. La sortie de Buzz Hargrove en faveur de Paul Martin, qui a tourné à la catastrophe quand il a invité les Québécois à voter pour le Bloc afin de barrer la route à Stephen Harper, a été bien accueillie dans l'entourage de Jack Layton. «Ça nous a aidés, dit en riant un collaborateur du chef. Il a perdu toute sa crédibilité avec cela.» Son invitation à voter stratégiquement contre le NPD a donc, selon cette source, perdu de son impact auprès de l'électorat syndical.
Quant à l'Alberta, il faudra voir si elle sera peinte d'un bout à l'autre en bleu. Les libéraux détiennent encore deux des 28 sièges (Anne McLellan et David Kilgour devenu indépendant) qui sont dans la mire conservatrice, mais les néo-démocrates pensent pouvoir percer cette belle uniformité en prenant Edmonton-Strathcona où règne à l'heure actuelle le jeune Rahim Jaffer. La candidate Linda Duncan, issue de la politique provinciale, aurait si bien réussi que le Parti conservateur a envoyé une lettre à ses militants pour leur demander de redoubler d'ardeur. Le Grand Nord canadien pourrait aussi fourni un siège supplémentaire à Jack Layton: Western Artic a été remporté par moins de 100 votes par les libéraux en 2004.
Enfin, outre l'Ontario, la Colombie-Britannique risque d'offrir plusieurs courses à trois dont l'issue ne sera pas connue avant les petites heures du matin. Des 36 sièges, le Parti conservateur en détient 22, les libéraux 8 et le NPD, 5. L'indépendant Chuck Cadman, aujourd'hui décédé, provenait de l'ancienne Alliance canadienne. Le NPD pense pouvoir ravir ce siège parce que la veuve de M. Cadman s'est rangée derrière sa candidate, Penny Priddy.
Les résultats ne commenceront à être connus qu'à partir de 22 heures ce soir afin de ne pas influencer les électeurs de Colombie-Britannique qui pourront aller aux urnes jusqu'à cette heure. Toutefois, comme les bureaux de scrutin en Atlantique auront fermé boutique deux heures avant, les résultats de cette région seront à peu près complets. Ceux du Québec jusqu'à l'Alberta commenceront à rentrer puisque le dépouillement aura débuté 30 minutes plus tôt.
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