La dernière charge de Harper

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Alec Castonguay
Édition du lundi 23 janvier 2006

Mots clés :

Le chef conservateur dévoile l'ordre de ses priorités si jamais il prend le pouvoir

À Winnipeg comme partout où il s'est arrêté hier, le chef conservateur Stephen Harper a été accueilli avec enthousiasme comme s'il était déjà premier ministre.

Photo: Agence Reuters

Victoria -- Le soleil n'était même pas encore levé, en cette dernière journée de campagne électorale, que, déjà, près de 400 militants conservateurs survoltés s'entassaient dans une salle d'un hôtel de Windsor, dans la pointe sud de l'Ontario, afin de donner une dernière dose d'énergie à leur chef.

Mission accomplie. À 7h30 du matin, Stephen Harper sonnait sa première charge contre les libéraux et les bloquistes, accusant les premiers d'avoir formé le gouvernement le plus «désorganisé» et «désespéré» depuis des décennies, alors que, de l'autre côté, «le Bloc n'est pas la solution», mais «le problème». «Je tends la main aux Québécois, venez avec moi, venez avec nous», a-t-il lancé. Le chef conservateur a également révélé aux médias dans quel ordre il s'attaquera aux grandes priorités de son programme s'il prend le pouvoir ce soir.

Visiblement galvanisé par les sondages de la fin de semaine qui prédisent l'élection d'un gouvernement conservateur, probablement minoritaire, Stephen Harper a entamé hier matin en Ontario une journée marathon qui l'a conduit à l'autre bout du pays, les pieds dans le Pacifique. En chemin, Windsor (ville natale de Paul Martin), Winnipeg, Victoria et Vancouver auront reçu la visite du chef conservateur, acclamé à chaque endroit comme s'il était déjà premier ministre.

À l'aéroport de Windsor, quelques dizaines de supporters armés de pancartes arborant les slogans du parti attendaient même Stephen Harper le long des clôtures de sécurité. Spontanément, des pompiers de l'endroit sont sortis sur le tarmac pour faire signer des autographes. Malgré la prudence qu'il affiche dans ses discours, Stephen Harper, le négligé en début de campagne, celui que personne ne voyait au pouvoir, ressemblait hier à une rockstar à la fin d'une tournée triomphale, moins de 24 heures avant le vote décisif.

Dans l'avion qui transporte les journalistes et l'équipe conservatrice, les troupes de Stephen Harper affichaient un air détendu malgré le brin d'angoisse à la veille des résultats d'une longue course électorale épuisante. Durant près d'une heure, entre Winnipeg et Victoria, l'épouse de Stephen Harper, Laureen Teskey, a pris le contrôle du système de son et a fait office de DJ improvisée au milieu d'une bonne humeur évidente.

À l'attaque

Les circonscriptions du centre de Windsor ont beau être contrôlées par les néo-démocrates -- les conservateurs ont fini troisièmes en 2004 -- Stephen Harper a tiré toutes ses flèches vers le Parti libéral et le Bloc québécois hier matin, négligeant complètement les troupes de Jack Layton. «Je veux être clair sur les conséquences de ce vote et sur les conséquences si les libéraux reviennent au pouvoir», a-t-il dit.

«Depuis 12 ans, nous avons assisté au gouvernement le plus désorganisé et le plus désespéré qu'il m'ait été donné de voir dans ma vie», a-t-il lancé, avant d'ironiser sur les priorités de Paul Martin. «Quels sont les cinq priorités de Paul Martin? Se battre contre un référendum au Québec dont personne ne veut; passer des publicités qui attaquent nos militaires; provoquer une fausse bagarre contre les États-Unis; lancer un débat sur l'avortement dont personne n'a besoin et promettre de bannir les armes de poing, ce qui ne sert à rien. Est-ce que c'est le genre de pays que nous voulons?»

Selon Stephen Harper, les conséquences de voter pour le Parti libéral sont sérieuses. «Mes amis, les libéraux vont interpréter une victoire, même une courte victoire, comme une récompense pour les années de scandales et d'inactions. Si c'est le cas, nous ne retrouverons jamais l'argent des commandites, l'image du pays sera ternie et l'unité du pays sera en danger. On ne doit pas laisser faire ça, il faut élire un nouveau gouvernement. Vous méritez un changement positif!»

Plus tard, le chef conservateur a tourné ses canons en direction du Bloc québécois, dont le parti a fait paraître une publicité dans certains journaux de l'est du Québec pour mettre en garde les citoyens contre la tentation de voter pour un politicien de Calgary.

«Il y a quelques semaines, M. Duceppe a découvert le Parti conservateur, a-t-il dit en français. Hier, il a découvert que je suis né à Toronto et que j'habite à Calgary. Mais ce gars de Calgary veut donner au Québec ce que le Bloc n'a pas réussi à faire depuis 13 ans. Le Bloc veut exclure le Québec du pouvoir. Le Bloc n'est pas la solution, c'est le problème. Je veux que les Québécois puissent s'asseoir autour de la table du cabinet et prendre de vraies décisions positives pour le pays. Je tends la main aux Québécois, venez avec moi, venez avec nous, afin de bâtir un Québec plus fort au sein d'un Canada meilleur.»

Lors d'un point de presse improvisé dans l'avion, entre Winnipeg et Victoria, Stephen Harper a soutenu que les Québécois n'accrocheraient pas à ce type de publicité. «Je pense que les Québécois sont plus préoccupés par les idées que par l'origine de la personne, a-t-il dit. Le Bloc semble dire que les Québécois ne peuvent voter que pour un Québécois, mais je pense que les gens veulent avant tout une place au gouvernement. Je pense que M. Duceppe s'adresse seulement aux [souverainistes] purs et durs quand il fait ça.»

Priorités

Lors de cette rencontre avec les médias, le chef conservateur a également ouvert son jeu, révélant l'ordre dans lequel il entendait attaquer ses grandes priorités s'il était élu premier ministre. «En premier la loi sur l'"imputabilité", ensuite ce sera l'allocation pour les enfants en bas âge, l'implantation de sentences minimales pour les crimes graves, la réduction de la TPS, le déséquilibre fiscal et la santé. Les deux dernières priorités prennent plus de temps à négocier, donc ce sera plus long», a-t-il dit.

Hier, il a affirmé qu'il ne voyait pas de tournant dans cette campagne, même si les sondages l'ont propulsé en tête dès le 3 janvier et que son avance n'a jamais fléchi. «Je n'en ai pas vu. Depuis le premier jour, on suit notre plan de campagne qui consiste à expliquer nos politiques. À l'inverse, je pense que les libéraux n'ont pas fourni une seule bonne raison pour que les gens votent pour eux.»

Samedi, la caravane conservatrice avait avalé les kilomètres dans le sud-ouest de l'Ontario, commençant la journée à Toronto pour la terminer 500 km plus loin, à Windsor. À tous les points d'arrêt, le chef conservateur a souligné que les circonscriptions libérales étaient à portée de victoire.

Selon Stephen Harper, plusieurs circonscriptions au Québec peuvent aussi basculer dans son camp maintenant qu'il est deuxième dans les sondages et à égalité avec le Bloc dans certaines régions, notamment Québec. «Cette semaine, c'était mon intention de voyager partout, dans des circonscriptions où nous pouvons faire des gains, a-t-il rappelé. Plus tôt cette semaine, j'ai rendu visite à plusieurs comtés au Québec, et je suis optimiste. [...] Qui pensait ça au commencement de cette campagne?»


Vos réactions


Aucun commentaire ... soyez le premier !

Réagissez à ce texte


 

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


[an error occurred while processing this directive]

Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com