Vie privée - Google défie le gouvernement Bush

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AFP
Édition du samedi 21 et du dimanche 22 janvier 2006

Mots clés : pornographie, google

New York -- Le débat sur la défense des libertés individuelles aux États-Unis rebondit avec le refus de Google de fournir au gouvernement les listes des résultats des recherches lancées sur son site dans le cadre de la lutte contre la pornographie.

Le géant Internet américain a décidé de s'opposer au ministère de la Justice (DoJ), estimant «abusif» qu'il cherche à obtenir une liste d'un million de sites Internet accessibles grâce au célèbre moteur de recherche ainsi que tous les intitulés de mots clés utilisés sur une semaine.

L'objectif du gouvernement est de défendre le bien-fondé d'une loi fédérale de 1998 destinée à protéger les enfants des contenus pornographiques accessibles en ligne.

Ce texte est actuellement attaqué en justice par des défenseurs des libertés individuelles qui le jugent contraire au premier amendement de la Constitution garantissant la liberté d'expression.

Selon l'Electronic Frontier Foundation (EFF), qui défend la liberté sur Internet et compte parmi les opposants à la loi, celle-ci exige «des démarches difficiles et coûteuses» à tous ceux qui veulent mettre en ligne des images ou vidéos de sexe. Tous les «contenus sexuels» sont menacés, selon l'EFF, même les «non obscènes» ne montrant aucun enfant.

Logiquement, l'EFF a applaudi à la résistance affichée par Google, qui a choisi de «défendre la vie privée de ses usagers dans cette affaire».

«Nous sommes contents», a renchéri Ari Schwartz, du Center for Democracy and Technology à Washington. «La requête [du gouvernement] est vraiment scandaleuse, en particulier parce qu'elle essaie de défendre une loi anticonstitutionnelle», a-t-il ajouté.

Parmi les piliers américains d'Internet, Google fait visiblement cavalier seul contre la loi COPA (Child Online Protection Act).

Selon la presse américaine, MSN, AOL et Yahoo! se sont tous pliés aux requêtes du ministère de la Justice, Yahoo! soulignant l'avoir fait sans fournir d'éléments susceptibles d'identifier un usager. Ce dernier joue la prudence depuis que sa filiale à Hong Kong a été accusée d'avoir livré à la police chinoise des renseignements ayant conduit à l'arrestation d'un journaliste.

Hier, l'administration Bush s'est défendue des accusations d'atteinte à la vie privée. Le DoJ «ne demande pas qu'on lui décline des renseignements qui identifieraient une personne», a déclaré Scott McClellan, porte-parole de la Maison-Blanche. «Nous essayons de trouver les termes des recherches et les sites Internet», a insisté Charles Miller, un porte-parole du DoJ.

S'il s'agit de protéger les enfants, pourquoi ne pas les interroger directement et enquêter sur leurs habitudes en matière de recherches?, ont de leur côté suggéré les experts du site SearchEngineWatch.

«Cela apporterait énormément de données et serait utile pour pouvoir tester rigoureusement les systèmes de filtre» que proposent les fournisseurs d'accès, ont-ils ajouté.

Pour l'instant, estime EFF, «le gouvernement demande à Google de faire son sale boulot» puisque le groupe Internet recèle une quantité indescriptible d'information.

«Si Google continue de rassembler et de garder autant d'information sur ses usagers, les gouvernements et les avocats du privé continueront d'essayer de les obtenir», met en garde Kevin Bankston, juriste à EFF.

Joe Wilcox, du cabinet d'études Jupiter Research, souligne que la recherche en ligne chez Google «est le moyen pour parvenir à une fin, et cette fin, c'est l'accès à l'information» afin de proposer aux annonceurs publicitaires des ciblages les plus précis possibles.

Le tout pour Google, ajoute cet expert, est de garder la confiance de ses usagers, et l'opposition du groupe au gouvernement se justifie «à la fois dans sa philosophie et pour des raisons commerciales».


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