Harper défie le Sénat
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La Chambre haute ferait de «l'abus de pouvoir» en bloquant une loi qui vise à rétablir la définition traditionnelle du mariage, dit le chef conservateur
St. Catharines, Ontario -- Le chef conservateur, qui faisait campagne dans la région cruciale du sud-ouest de l'Ontario hier, a soutenu que le Sénat ferait de «l'abus de pouvoir» en bloquant une loi qui vise à rétablir la définition traditionnelle du mariage, comme il l'a promis. Des propos qui non seulement laissent entrevoir de sérieuses bagarres au Sénat mais qui atténuent également la portée des déclarations de Stephen Harper faites mardi dernier, lorsque celui-ci a affirmé que le Sénat représentait un contre-poids politique important qui contribue à le priver d'une «majorité absolue», ce qui devait rassurer les électeurs.Le Parti conservateur a promis de tenir un vote libre aux Communes pour rouvrir le débat sur les mariages gais. Si ce vote passe la rampe, un projet de loi sera élaboré pour rétablir la définition traditionnelle du mariage, tout en protégeant les droits des conjoints de même sexe et en honorant les mariages gais déjà célébrés. Cette loi devrait ensuite être approuvée au Sénat avant d'entrer en vigueur. En juillet dernier, la Chambre haute a adopté la loi en faveur du mariage gai par 47 votes contre 21.
Rien n'est donc dans la poche pour Stephen Harper dans ce dossier. Lundi, lors d'un entretien avec Le Devoir, le sénateur indépendant Marcel Prud'homme, d'allégeance libérale mais nommé par Brian Mulroney, soutenait qu'une loi révoquant les mariages gais serait malmenée au Sénat. «Une loi contre les mariages gais ne passerait pas pendant au moins 10 ans! Je dirais que 70 % du Sénat est en faveur des mariages de conjoints de même sexe», a-t-il lancé.
Or que fera le chef conservateur si le vote promis passe mais que son projet de loi reste bloqué au Sénat? Il a dit vouloir s'occuper de cette éventualité «lorsqu'elle se produira», ajoutant toutefois: «Je préfère que la Chambre non élue respecte les décisions de la Chambre élue par la population [...] Et pour les questions plus controversées qui sont un enjeu de ces élections, je pense qu'un abus de pouvoir du Sénat rendrait plus nécessaire l'élection des sénateurs.»
M. Harper voit donc là un possible «abus de pouvoir» qui démontrerait l'importance de la réforme du Sénat qu'il veut mettre en place. Des changements qui ne sont pas pour demain, a-t-il confirmé. Et au rythme actuel, les conservateurs devraient être au pouvoir jusqu'en 2011 avant de retrouver une Chambre haute favorable à leurs idées.
Mais est-ce à dire que le chef conservateur n'accepterait pas un refus du Sénat? Et le contre-poids politique évoqué mardi, est-il seulement théorique? Le porte-parole de Stephen Harper, Dimitri Soudas, a pris sur lui d'expliquer la position du parti quelques heures plus tard, soutenant qu'un blocage du Sénat serait respecté. «Un gouvernement conservateur va respecter la décision du Sénat», a-t-il dit.
Visiblement prudent, Stephen Harper n'a pas voulu préciser le moment du vote aux Communes advenant une victoire lundi, même si la plate-forme électorale du Parti conservateur indique noir sur blanc que ce vote aurait lieu «durant la première session parlementaire». «Je ne peux pas dire quand cela aura lieu, parce que j'ai dit que je voulais mettre en avant mes priorités d'abord et le mariage gai ne fait pas partie de mes priorités. Mais je veux essayer de le faire assez rapidement», a-t-il dit.
La sénatrice conservatrice et conseillère de Stephen Harper Marjory LeBreton avait confirmé au Devoir lundi les inquiétudes du PC concernant l'hostilité du Sénat advenant une prise du pouvoir. «Ça va être très difficile, il n'y a pas de doute. Tous les libéraux ne sont pas des partisans aveugles, mais beaucoup le sont. Dans plusieurs dossiers, il faudra bien négocier et faire un lobbying intense», disait-elle.
Bataille du sud de l'Ontario
Stephen Harper a sillonné hier des endroits sensibles du sud-ouest de l'Ontario qui pourraient basculer d'un côté comme de l'autre lundi prochain. Un sondage Léger Marketing publié aujourd'hui montre que les conservateurs mènent la lutte par une faible marge de 2 % en Ontario, le PC récoltant 39 % et le PLC, 37 %. Le NPD suit avec 19 %. À l'échelle nationale, les conservateurs sont solidement en tête (38 %) sur les libéraux (28 %). Le NPD ferme la marche avec 17 %. Le coup de sonde a été effectué auprès de 2000 répondants, avec une marge d'erreur de 2,1 % 19 fois sur 20.
Toutefois, la région de Toronto change la donne en Ontario. Un sondage de la firme Strategic Counsel paru dans le Globe and Mail le 16 janvier dernier montrait que les conservateurs recueillent 42 % des intentions de vote à l'extérieur de la Ville reine, contre 28 % pour les libéraux et 20 % pour les néo-démocrates. D'où l'importance de multiplier les apparitions dans les villes de taille moyenne du sud de l'Ontario.
En matinée, le chef conservateur était dans le comté d'Ancaster-Dundas, tout près de Hamilton, où le PC a perdu par moins de 2000 voix en 2004. À cet endroit, il a rappelé sa promesse de réduire la TPS de 7 à 5 % d'ici cinq ans, ce qui aidera grandement les acheteurs de maisons neuves, a-t-il dit. Par exemple, pour une maison de 203 000 $, la réduction de la TPS des conservateurs, combinée au remboursement de la TPS en vigueur actuellement, procurerait une économie de 7738 $ à l'acheteur (4072 $ pour la réduction et 3665 $ pour le remboursement).
La caravane conservatrice s'est ensuite arrêtée à Kitchener, où la circonscription de Kitchener-Conestoga, perdue aux mains des libéraux par moins de 3000 voix en 2004, pourrait voter PC lundi. Une foule considérable de 500 personnes attendait le chef conservateur, et ce, en plein milieu de la journée. Stephen Harper a rappelé sa promesse sur la TPS, mais il n'a toutefois pas touché mot des propos controversés de son candidat dans cette circonscription chaudement disputée, Harold Albrecht, un conservateur social. Celui-ci a déclaré le 17 juin 2003 dans le journal local, le Kitchener-Waterloo Record, que «le mariage gai va décimer la société en une génération». Les organisateurs de Stephen Harper ont empêché certains journalistes de parler avec le candidat, prétextant que celui-ci était occupé.
La journée-marathon de Stephen Harper a pris fin à St. Catharines, un autre endroit où les conservateurs ont perdu par 3000 votes en 2004 et où la vague d'appuis au PC pourrait être profitable. Le chef conservateur restera d'ailleurs en Ontario aujourd'hui, la province qui décidera de la couleur du gouvernement avec ses 106 sièges et ses dizaines de luttes serrées.
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