Harper, l'antiréférendum

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Alec Castonguay
Édition du mercredi 18 janvier 2006

Mots clés :

«Ça prend plus que des paroles pour garder le Québec dans le Canada»

Le chef du Parti conservateur, Stephen Harper, et son épouse, Laureen Teskey, se sont prêtés à une séance de photos, hier, sur le pont du traversier Québec-Lévis.

Photo: Agence Reuters

Burlington, Ontario -- Le chef conservateur Stephen Harper, qui a toutes les chances de devenir premier ministre du Canada lundi soir prochain, affirme qu'il sera «absolument» aux côtés des fédéralistes québécois dans une éventuelle bataille référendaire si le Parti québécois (PQ) prend le pouvoir. Lors d'une entrevue avec Le Devoir hier, Stephen Harper a toutefois soutenu que «ça prend plus que des paroles pour garder le Québec dans le Canada» et qu'il est de son devoir de poser des gestes concrets pour éviter la tenue d'un autre référendum. Il a toutefois refusé de dire s'il accepterait, en tant que premier ministre du Canada, une victoire du OUI à 50 % plus un, se contentant d'affirmer que la Cour suprême avait été claire à ce sujet.

À cinq jours du scrutin fédéral et avec des sondages qui le placent largement en tête, Stephen Harper a de fortes chances d'emménager au 24 Sussex dès la semaine prochaine, et ce, peut-être même durant quatre ans. Avec un gouvernement Charest très impopulaire et un Parti québécois qui a promis un référendum rapide s'il prend le pouvoir, les intentions du chef conservateur dans le cadre de la bataille contre la souveraineté deviennent donc importantes.

Dans une courte entrevue accordée au Devoir, il a un peu ouvert son jeu, soutenant que les libéraux, Paul Martin en tête, font fausse route lorsqu'ils affirment que pour combattre les souverainistes, il faut simplement mieux vanter le Canada et ses mérites, comme l'a déclaré Paul Martin au Devoir le 4 janvier dernier.

Selon Stephen Harper, il faut dès maintenant tout mettre en oeuvre pour éviter la tenue d'un autre référendum. «C'est dans la nature de M. Martin de toujours parler de grande vision sans gestes concrets. On le voit avec les garderies. Je pense que c'est nécessaire de faire des avances concrètes et je dis qu'avec le gouvernement du Québec actuel et l'expérience que j'ai, nous avons la possibilité d'éviter à la fois les obsessions constitutionnelles du passé et le statu quo qui a peur des réformes. Il y a un mi-che min, je pense», a-t-il dit, ajoutant que «c'est le devoir de quelqu'un qui veut défendre le Canada d'éviter un autre référendum». Le chef conservateur affirme toutefois ne pas être naïf au point de croire que les gestes «d'ouverture» qu'il propose, comme régler le déséquilibre fiscal, accorder une place au Québec dans certains forums internationaux comme l'UNESCO, éviter l'envahissement d'Ottawa dans les champs de compétence des provinces et limiter le pouvoir de dépenser du fédéral, feront changer d'idée «les purs et durs du Québec».

«Je prends au sérieux le mouvement souverainiste, dit-il. Ce mouvement n'est pas un produit de notre imagination et ce n'est pas seulement le résultat des scandales libéraux comme les commandites. Je suis conscient que les opinions de M. Boisclair et M. Duceppe ne changeront pas avec la fin du scandale des commandites. Même chose pour le déséquilibre fiscal. MM. Boisclair et Duceppe ne sont pas souverainistes à cause du déséquilibre fiscal! Mais je pense certainement que si nous donnons la possibilité au gouvernement du Québec de faire des changements à l'intérieur de la constitution, ce sera utile. Et si nous donnons aux Québécois un gouvernement à Ottawa aussi propre que celui de Québec, ça va aider beaucoup à faire des gains [pour le fédéralisme].»

Stephen Harper a même été plus loin. «Je pense qu'à la fin, les Québécois veulent être une société distincte, mais une société distincte au sein du Canada. Et je pense que ça prend plus que des paroles pour garder le Québec dans le Canada», a-t-il lancé. S'il a utilisé les mots «société distincte», lui qui s'était opposé à l'accord du Lac-Meech, il a toutefois refusé de dire si le Québec était une nation plus tôt dans la journée d'hier (voir autre texte en page A 3).

Le chef conservateur estime que les fédéralistes du Québec ne parlent pas d'un prochain référendum sur la souveraineté. «Les fédéralistes, en ce moment, discutent de comment on peut améliorer la fédération, réformer la fédération pour les Québécois, et de comment travailler avec le gouvernement fédéral», dit-il.

Harper refuse de se prononcer sur un 50 % plus un

Et pour Stephen Harper, pas question de poser le pied sur le terrain miné d'un résultat référendaire, même s'il pourrait devoir faire face à cette éventualité s'il obtient un mandat majoritaire de quatre ans. À plusieurs reprises durant l'entrevue, Stephen Harper a refusé de répondre directement, renvoyant ses intentions au jugement de la Cour suprême.

«Ce n'est pas une question pour moi, mais pour M. Boisclair, a-t-il répété. Les Québécois ne veulent pas de référendum. Ça ne les préoccupe pas. Si M. Boisclair veut détourner les Québécois de leurs vraies priorités, c'est à lui d'essayer de le faire et de discuter de ces choses. La décision de la Cour suprême est claire, elle donne des règles à suivre pour la souveraineté.»

Pourtant, le jugement de la Cour suprême n'est pas limpide à ce point en ce qui a trait au résultat d'un référendum. Le 20 août 1998, les juges ont renvoyer cette patate chaude aux politiciens, affirmant seulement que le résultat devait être clair, mais que le niveau de cette clarté était une décision politique. Même scénario pour la Loi sur la clarté référendaire, le bébé du ministre Stéphane Dion, adoptée en juin 2000. La loi stipule que la question doit être claire, tout comme le résultat, mais que c'est à la Chambre des communes de décider si tout est conforme à sa vision.

Peu importe, le chef conservateur refuse de préciser son idée sur le sujet, soulignant que ce n'est pas un enjeu durant cette campagne électorale. «Un des thèmes de ma campagne, c'est de donner des résultats aux Canadiens. Et pour faire ça, ce n'est certainement pas en parlant d'un référendum fantôme [que l'on réussira]. M. Martin a parlé d'un référendum pendant tout le début de la campagne. Il était dans une grande bataille contre les forces de Boisclair. Et je pense que la population du Québec, mais pas seulement au Québec, a vu que ce n'est pas un enjeu de cette campagne.»

Il juge toutefois que le Parti conservateur (PC) est devenu le seul parti fédéral crédible pour défendre le Canada au Québec, s'appuyant sur les récents sondages qui montrent un Parti libéral du Canada en déroute dans la province et tirant de l'arrière par rapport au Parti conservateur. Les Québécois fédéralistes pourront-ils compter sur lui advenant un référendum?

«Absolument. Nous sommes vraiment en train de remplacer le Parti libéral du Canada au Québec comme option fédéraliste. Le Parti libéral, à cause des scandales et de la corruption, a perdu sa crédibilité. Nous avons aussi proposé une plate-forme et des idées sur le fédéralisme. Une philosophie avec laquelle les fédéralistes du Québec sont très confortables. Je pense que c'est une très bonne chose pour le Québec et tout le Canada.»


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