Opinion
Libre opinion: Femmes en politique : une leçon de modestie
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Est-ce un hasard si Ségolène Royal, candidate à la présidence du Parti socialiste français, est allée prêter main-forte à Michelle Bachelet, première femme à être élue à la présidence du Chili, le 15 janvier dernier? Toutes deux socialistes, ces politiciennes paraissent mener un autre combat: celui de faire accepter l'idée de voir des femmes présider à la destinée d'un pays.
Le Canada figure au 34e rang, derrière Cuba, l'Afrique du Sud ou l'Argentine, pour ce qui est du nombre de femmes élues dans les parlements, dont le record est détenu par le Rwanda avec 48,8 % de représentation féminine (chiffres tirés du remarquable essai dirigé par Manon Tremblay, Femmes et Parlements, un regard international, Éditions du Remue-ménage, 2005).
Je suis bien consciente que l'égalité des sexes n'est pas chose acquise partout, que dans certains pays les femmes n'ont pas encore le droit de voter et que même les quotas (au Rwanda par exemple) ne changent pas une société de bord en bord.
Mais justement, comment se fait-il alors qu'au Canada, pays modèle en matière d'égalité des sexes, si peu de femmes nous représentent? Est-ce ce qui explique que si peu d'entre nous soient capables de nous voir comme chefs d'un gouvernement? En effet, bien peu de Canadiennes ou de Québécoises se projettent comme leaders politiques. Et quand l'une d'elles se présente, nous lui préférons un jeune politicien sans expérience. Avouons que c'est un peu décourageant.
Un lien avec la gauche
Moi qui ai toujours résisté à l'idée d'établir un lien direct entre la gauche et la présence des femmes en politique, je dois me rendre à l'évidence: ce rapprochement existe, en Amérique latine par exemple, où le virage à gauche se fait bel et bien en faveur des femmes et des autochtones qui commencent à obtenir une meilleure représentation politique.
Chez nous, c'est une autre histoire. Nous ne cessons de vanter notre démocratie, mais depuis le temps que nous sommes une société ouverte, progressiste, si merveilleusement ouverte aux droits humains et à toutes les minorités, comment se fait-il que nous ne soyons pas capables d'élire des femmes à la tête de nos partis et de nos gouvernements?
On nous rebat les oreilles des dégâts du matriarcat, particulièrement au Québec. Pendant ce temps, les Français, selon de récents sondages, paraissent prêts à élire une femme à la tête d'un parti (enfin, on le croira quand on le verra!) dans un pays où on a du mal à vendre du yaourt sans déshabiller les femmes.
S'il existe donc un lien entre l'orientation politique d'un pays et la présence des femmes en politique, le Canada est en train de virer à droite, bien comme il faut. Et des pays qu'on considère comme étant «sous-développés» ouvrent la voie aux femmes avant nous.
Voilà une belle leçon de modestie.

