Option Canada: deux députés libéraux contredisent Charest

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Jeanne Corriveau
Édition du jeudi 12 janvier 2006

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L'existence de l'organisme n'était un secret pour personne, selon Pierre Paradis et Norman MacMillan

L'existence d'Option Canada était-elle inconnue des membres du camp du NON en 1995? Pas du tout, ont affirmé hier deux députés libéraux. En soutenant que les fédéralistes engagés dans la campagne référendaire ne pouvaient ignorer les activités de cet organisme financé par Patrimoine Canada, Pierre Paradis et Norman MacMillan ont contredit leur chef, Jean Charest.

Le député Pierre Paradis n'occupait pas de poste de direction dans le camp du NON lors de la campagne référendaire de 1995, mais il connaissait fort bien l'existence de l'organisme profédéraliste. «J'étais le leader sur le plan parlementaire, j'avais des conversations avec des gens d'Ottawa dans le cadre du comité du NON et je savais qu'il y avait une organisation qui existait», a-t-il indiqué hier, quelques minutes avant une réunion du caucus des députés libéraux à Québec.

«Un secret? Je ne sais pas où vous prenez ça! Option Canada, ils en parlaient tout partout», a pour sa part avoué le whip en chef du parti ministériel, Norman MacMillan. Le député de Papineau ne se formalise d'ailleurs pas des dépenses occultes qu'auraient effectuées Option Canada pour faire la promotion du fédéralisme. «C'est pas aussi grave qu'on le pense, a-t-il dit. Ces gens-là ont défendu le Canada. Ils ont bien fait! Ils ont été payés, comme ceux de l'autre côté [le camp du OUI] et je n'ai pas de problème avec ça.»

Selon lui, il ne faut pas surestimer les sommes qui ont été dépensées par l'organisme. «Eux [les souverainistes] ont dépensé 25 millions avant [le référendum]. Tous les attachés politiques ont été payés pendant ce référendum et l'on n'en parle pas [...] Qui sont les criminels? Qui sont les bandits?», a-t-il lancé.

Reste que les propos des députés suscitent le doute concernant les affirmations faites au cours des derniers jours par Daniel Johnson et Jean Charest, respectivement président et vice-président du comité du NON en 1995. Rappelons que tous deux ont nié avec véhémence avoir été mis au courant des activités d'Option Canada.

Jean Charest, qui devait se rendre en Inde dans le cadre d'une mission commerciale et institutionnelle, n'a pas commenté les propos de MM. Paradis et MacMillan. L'attaché de presse de M. Charest a toutefois maintenu la version des faits du premier ministre. «M. Charest est formel, il n'a jamais été mis au courant de l'existence d'Option Canada. Alors, si M. Paradis connaissait les activités du groupe, pourquoi ne l'a-t-il jamais dit avant?», a déclaré Hugo D'Amour dans un entretien téléphonique à la Presse canadienne.

Dauphin sort de son mutisme

De son côté, l'ex-président d'Option Canada, Claude Dauphin, n'en démord pas. Le rôle qu'il a joué au sein de cet organisme s'est limité à signer des demandes de subventions destinées à Patrimoine Canada et il n'a jamais posé de questions au sujet de l'utilisation des 4,8 millions obtenus par Option Canada. «Je n'ai jamais vu les chèques de Patrimoine Canada entrer et je n'ai jamais vu de chèques sortir», a indiqué hier M. Dauphin, qui est sorti de son mutisme deux jours après la publication du livre Les Secrets d'Option Canada, signé par le journaliste Normand Lester et son collègue Robin Philpot.

Pour M. Dauphin, qui occupe aujourd'hui les fonctions de vice-président au comité exécutif de la Ville de Montréal et de responsable de la sécurité publique, il était clair que la présidence d'Option Canada n'était qu'un poste honoraire, car la gestion des fonds de cet organisme ne l'intéressait pas. Il affirme que lorsque son employeur, le Conseil pour l'unité canadienne (CUC), lui avait offert le poste, il avait pris soin de demander que «la réglementation et les lois du Québec soient respectées».

Il ne s'est pas davantage posé de questions lorsque le CUC lui a demandé de facturer ses honoraires à Option Canada entre septembre et décembre 1995. «Les liens [entre le CUC et Option Canada] étaient très serrés puisqu'ils logeaient à la même adresse et qu'il s'agissait des mêmes personnes», a-t-il expliqué.

Les conservateurs ciblés

Si la saga d'Option Canada éclabousse les libéraux, elle n'épargne par les conservateurs, estime le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, qui a affirmé hier que Stephen Harper ne pouvait plus nier que des conservateurs aient été mêlés au dossier. Pour appuyer sa nouvelle offensive, M. Duceppe a évoqué l'entrevue accordée au quotidien anglophone The Gazette par un conservateur en vue, Peter G. White, un ancien chef de cabinet du premier ministre Brian Mulroney.

Lors de cette entrevue, M. White, qui occupait la présidence du CUC en 1995, a avoué que la création d'Option Canada «avait été faite à toute vitesse» et que «c'était clairement une façon de refiler de l'argent» («to funnel money») au camp du NON lors de la campagne référendaire au Québec. Selon M. White, l'organisme avait été créé après que les ministères du Revenu du Québec et du Canada eurent fait savoir au CUC qu'il perdrait son statut d'organisme de charité s'il s'engageait dans des activités partisanes.

M. Duceppe estime qu'à la lumière de ces propos, Stephen Harper «ne peut pas prétendre à l'innocence». Il exige du chef conservateur qu'il demande des comptes à M. White ainsi qu'au sénateur conservateur Pierre Claude Nolin, son organisateur pour le Québec, qui aurait été à l'origine du controversé rassemblement fédéraliste du 27 octobre 1995. Le camp du OUI a toujours soupçonné que ce rassemblement d'envergure avait été financé par des fonds qui n'avaient pas été comptabilisés par le camp du NON.

Avec la Presse canadienne


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