Marchés boursiers - Jusqu'où grimpera Google?

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François Desjardins
Édition du jeudi 12 janvier 2006

Mots clés : google

L'ex-analyste Henry Blodget lance un appel à la prudence

Jusqu'où grimpera l'action de Google? Les prédictions se multiplient depuis la semaine dernière, mais la plus intéressante provient ces jours-ci d'une ancienne vedette de Wall Street qui, après avoir exercé une influence notoire sur les marchés pendant la bulle boursière, n'a même plus le droit de travailler dans l'industrie des valeurs mobilières. Il s'agit de l'ancien analyste Henry Blodget.

Au début du mois, c'était Safa Rashtchy, un analyste de la firme Piper Jaffray. Le titre de Google touchera les 600 $US, affirmait-il. Quelques jours plus tard, l'analyste Mark Stahlman, de Caris & Company, disait estimer que l'action pourrait un jour atteindre les 2000 $US.

Cette semaine, c'est au tour d'Henry Blodget, un ancien employé de CIBC Oppenheimer et Merrill Lynch que les autorités américaines ont banni à vie pour avoir dénigré en privé des entreprises qu'il louangeait en public. Il a cependant conservé son droit de parole, et l'essentiel de son propos ressemble à peu près à ceci: le titre de Google, passé de 100 $US à 475 $US en 15 mois, pourrait redescendre un jour.

Ironie

Cet appel au calme est d'une sublime ironie. Qui est ce Henry Blodget? Son histoire commence plus ou moins en décembre 1998, au moment où la folie du secteur technologique entraîne peu à peu des écarts de lucidité. Du jour au lendemain, il se fait une réputation en prédisant que l'action d'Amazon.com, qui se transige à 250 $US, atteindra les 400 $US. Le jour même, l'action bondit de 46 $US. L'histoire se répétera à plusieurs reprises.

Quatre ans plus tard, le récit prend fin. L'enquête du procureur new-yorkais Eliot Spitzer épingle plusieurs firmes de courtage américaines et leurs analystes, braquant les projecteurs sur les inacceptables conflits d'intérêts qui corrompent le fonctionnement de Wall Street. En cours de route, M. Spitzer dévoile des courriels accablants dans lesquels M. Blodget exprimait sa vraie pensée...

L'ancien analyste s'intéresse toujours au secteur technologique. Le sujet de l'heure, évidemment, est Google. «Personne d'autre n'écrit ce qui suit, alors il faudra que je le fasse moi-même», a affirmé mardi sur son blogue M. Blodget, qui dirige une firme d'études, Cherry Hill Research. «Je ne suis pas en train de dire que ça se produira (pas encore) et je ne suis pas en train de faire quelque recommandation que ce soit. Je ne fais qu'évoquer un scénario qui pourrait nuire grandement à Google et ramener l'action autour de, disons, 100 $US.»

Google semble avoir pris racine un peu partout sur Internet, mais sa principale faiblesse, soutient Henry Blodget, est liée au fait que «l'entreprise est presque entièrement dépendante d'une seule source de revenus, qui lui procure une marge de profit élevée». Il a été impossible de le joindre hier.

La publicité

La source de revenus à laquelle il fait référence, c'est la publicité, notamment celle des petits liens commerciaux qui apparaissent sur Google lorsqu'on tape certains mots clés. Un exemple? Prenons le cas d'une entreprise fictive, Impôts XYZ. Pour accroître sa visibilité, elle verse à Google une certaine somme afin que son nom apparaisse au sommet de la page chaque fois qu'un internaute lance une recherche avec le mot clé «impôts». Pour bien distinguer ces résultats commerciaux, certains sites utilisent parfois l'expression «liens sponsorisés».

La vente de publicité sur Internet, qui va en général très bien depuis quelques années, a progressé de 43 % au Canada en 2005. Mais Henry Blodget énumère quelques risques qui guettent Google, notamment le ralentissement du marché, la stabilisation du prix d'achat d'un mot clé ou, pire encore, l'éclosion de ce que les spécialistes appellent le click fraud.

Pour comprendre ce genre de fraude, il faut d'abord savoir que chaque fois qu'un internaute clique sur le lien d'Impôts XYZ dans la section des liens sponsorisés, la compagnie doit verser une petite redevance à Google. Or qu'arriverait-il par exemple si un concurrent voulait nuire à Impôts XYZ ou torpiller son budget de publicité? Selon le principe du click fraud, il pourrait simplement simuler des milliers de clics sur les liens payés par Impôts XYZ, forçant ainsi l'entreprise à verser des redevances de plus en plus élevées à Google.

Il n'est pas impensable que le phénomène, s'il venait à se répandre de manière incontrôlable, ébranle la confiance, fasse fuir les annonceurs et affecte les revenus de Google, dit M. Blodget. Les variantes sont nombreuses et les cas d'abus suscitent déjà de l'inquiétude. Le magazine Wired, à ce chapitre, vient de publier un article intitulé «How click fraud could swallow the Internet».

Quel qu'en soit l'impact sur Google, M. Blodget ne semble pas nécessairement craindre pour l'avenir de l'entreprise, dont les coffres contiennent 7,6 milliards $US en liquidités. «L'entreprise est si solide qu'il faudrait une fraude à la Enron pour la détruire», a-t-il écrit. «Mais si les revenus et les profits chutaient, si les annonceurs fuyaient [...] et si Google en venait à représenter une sorte d'hallucination plutôt que le rêve américain, on aurait l'impression que la compagnie pourrait s'effondrer. Un tel scénario est-il probable? Probablement pas. Mais il fait certainement partie du domaine du possible.»


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