L'Iran fait sauter les scellés sur le site nucléaire de Natanz
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Les condamnations de l'Europe, les exhortations de l'Agence internationale pour l'énergie atomique (AIEA), les menaces des États-Unis et les inquiétudes exprimées par Moscou n'auront pas suffi: l'Iran a commencé hier à lever les scellés sur le site pilote de recherches nucléaires de Natanz, ainsi que ceux de deux autres centres qui lui sont liés.
La Maison-Blanche a mis en garde l'Iran hier contre les risques d'une «grave escalade». «De telles mesures constitueraient une grave escalade du problème nucléaire» iranien, a déclaré le porte-parole, Scott McClellan.
Interrogé sur les conséquences diplomatiques que les États-Unis entendaient tirer du défi lancé par l'Iran à la communauté internationale, M. McClellan a répondu que Washington «continue à parler» avec les Européens.
Au département d'État, un haut responsable ayant requis l'anonymat a affirmé que les États-Unis étaient très inquiets de la décision de l'Iran. «Nous consultons nos alliés» pour déterminer la conduite à tenir, a ajouté le responsable américain, refusant de préciser quelles étaient les options envisagées.
L'accord conclu en novembre 2004 à Paris entre l'UE et l'Iran, qui s'engageait à suspendre toute activité liée à l'enrichissement, apparaît donc caduc. Les négociations formelles étaient déjà interrompues depuis août, date à laquelle Téhéran avait repris la conversion, dernière étape avant l'enrichissement d'uranium. La rupture avec le régime islamique n'est cependant pas complète puisque des discussions avec la troïka de l'UE (Allemagne, France, Grande-Bretagne) sont toujours prévues le 18 janvier à Vienne. Elles sont cependant menacées.
Le programme iranien devrait impliquer des tests en laboratoire sur l'enrichissement d'uranium et l'assemblage de centrifugeuses et un travail d'enrichissement «à petite échelle» sous la supervision de l'AIEA. Cela signifierait que l'ensemble du programme nucléaire iranien serait à nouveau actif, à l'exception de l'enrichissement d'uranium. Pour le moment, Téhéran ne devrait donc pas alimenter ses centrifugeuses, ce qui serait considéré par l'UE et Washington comme le franchissement d'une ligne rouge et aurait sans doute pour conséquence la saisine du Conseil de sécurité. Les experts s'attendent cependant à ce que cette nouvelle étape soit atteinte prochainement. Ils soulignent en effet que 164 centrifugeuses pour enrichir l'uranium sont déjà en place à Natanz, à côté d'une grande usine nucléaire en construction. Certes, c'est totalement insuffisant pour produire l'uranium que demande la fabrication d'une bombe mais, comme l'a précisé à l'AFP l'expert Mark Fitzgerald, de l'Institut de recherches stratégiques IISS de Londres, «les Iraniens, en maîtrisant cette technologie, passeraient un point de non-retour et pourraient reproduire cette "cascade" dans n'importe quelle installation clandestine». Le site de Natanz (centre de l'Iran) avait lui même été dissimulé aux inspecteurs de l'ONU jusqu'à ce qu'un groupe d'exilés iraniens révèle son existence, en août 2002.
Téhéran ne semble pas disposé à céder aux pressions et menaces. À l'évidence, il y a un consensus au sein du pouvoir et d'une large partie de la population sur la question nucléaire. Le maître du jeu n'est d'ailleurs pas le président Mahmoud Ahmadinejad mais le Guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, qui a rejoint le premier sur une ligne dure. Ce dernier a d'ailleurs averti que «l'Iran n'abandonnerait jamais son droit légitime à la technologie nucléaire» et que «les menaces de sanction n'auront aucun effet».

