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La révolution numérique
Il me semble plutôt que le numérique, en mettant la photographie à la portée du plus grand nombre, ne tombe pas nécessairement dans la banalisation de l'art photographique. Il faut se rappeler les réations suscitées par la révolution Gutenberg qui mit la lecture à la portée de la masse. La photo numérique s'inscrit dans la foulée de la révolution Internet dont on compare l'impact à la révolution Gutenberg. En littérature, à l'époque de Balzac, il s'agissait de décrire le réel de la façon la plus prosaïque qui soit (c'était bien intéressant et très artistique de savoir que le pain moisi du "héro" était bleu, jaune et vert.) Aujourd'hui, on insisterait peut-être davantage sur la nausée que ce pain peut provoquer chez le "héro".
Avec le numérique, on modifie le réel selon ses états d'âme. Il est bien possible que le photographe en herbes aime bien l'effet des mèches de cheveux rebelles. Il peut également les supprimer pour atteindre un effet "plastique". N'est-ce pas une des dimensions de l'art? Les artistes peintres font constamment ce genre de choix. L'art n'est plus nécessairement une imitation de la vie, depuis longtemps. Le numérique met la photographie au pas. Il était temps. Et ce, même si je chérirai toujours le Baiser devant l'Hôtel de ville de Doisneau, qui trône, en format géant, dans notre salle d'entrée.
Céline Poulin-Lape
