Le retrait des Casques bleus de la Sierra Leone inspire des craintes

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Reuters
Édition du vendredi 30 décembre 2005

Mots clés : onu

Un soldat britannique en patrouille près de Kirima.

Photo: Agence Reuters

Waterloo -- La mission de maintien de la paix de l'ONU en Sierra Leone, qui a été un moment la plus importante du monde, prend fin le 31 décembre, six ans après s'être déployée pour mettre fin à une guerre civile sanglante.

Beaucoup de Sierra-Léonais voient partir à regret le contingent de la MINUSIL, qui a favorisé de nombreux chantiers de reconstruction mais laisse désormais ce pays ouest-africain assumer un avenir où abondent les défis à relever.

Le déploiement des Casques bleus avait d'abord tourné au cafouillage le plus complet, des centaines de soldats mal équipés ayant été pris en otages par des rebelles accusés de couper les mains et les pieds de leurs victimes civiles. Mais avec une aide considérable de la Grande-Bretagne, ancienne puissance de tutelle, la MINUSIL s'est imposée comme un modèle pour le maintien de la paix et la reconstitution des forces de la police et de l'armée ainsi que des institutions publiques ruinées par des années de guerre.

Les troupes qui se retirent laissent sur place des infrastructures et des édifices nouveaux ou rénovés allant des ponts aux hôpitaux et des églises aux mosquées. Mais les analystes relèvent de sérieuses difficultés à venir.

«Le tout premier [défi] est le chômage des jeunes. C'était l'une des causes principales de la guerre en 1991 et les chômeurs sont plus nombreux aujourd'hui en Sierra Leone», dit Mike McGovern, directeur régional du groupe de réflexion international Crisis Group.

L'inertie économique et la corruption ont été désignées comme les éléments moteurs d'une rébellion soutenue à partir du Liberia et dont les jeunes combattants, souvent drogués, s'emparaient des gisements de diamants de l'est du pays, terrorisaient les civils et exportaient des pierres précieuses pour acheter des armes en nombre toujours plus grand.

Une initiative internationale des milieux diamantaires a permis de bloquer le trafic des «diamants de guerre». Même si une réglementation parfaite est jugée impossible par les experts, la moitié environ des diamants extraits du sol sierra-léonais est désormais enregistrée et taxée, ce qui renfloue les caisses de l'État.

Mais certains signes laissent entrevoir un mécontentement politique dans un pays encore situé dans le bas du développement mondial, ce qui pourrait éclater au grand jour dans la bataille pour la succession du président Ahmad Tejan Kabbah, dont le mandat expire en 2007.

Le Parti populaire au pouvoir a désigné en septembre l'adjoint de Kabbah, Solomon Berewa, comme candidat à sa succession, provoquant une mini-révolte qui a entraîné la révocation de trois ministres.

À la mi-décembre, le gouvernement a en outre mis d'office à la retraite des dizaines d'officiers supérieurs au moment où le retrait de la MINUSIL le rendait encore plus tributaire de la loyauté des forces armées. «Les militaires ont encore un niveau de vie très faible, qui représente un risque», dit McGovern.

À Waterloo, localité située à 25 kilomètres à l'est de la capitale, Fatmata Bangura, commerçante, est contrariée par le départ des Casques bleus pakistanais et bangladais avec lesquels elle échangeait divers produits. «Nous pratiquons un système de troc», dit-elle devant sa boutique. «Je ne sais pas quel genre d'affaires je vais pouvoir faire maintenant.»

D'autres habitants voient baisser leur pouvoir d'achat parallèlement à la dépréciation de la monnaie locale, le leone, que soutenaient localement les milliers de salaires onusiens libellés en dollars.


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