Corée du sud - L'expert du clonage: un maître de la fraude?

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Pauline Gravel
Édition du samedi 24 et du dimanche 25 décembre 2005

Mots clés : clonage

Hwang Woo-suk, un véritable héros en Corée du Sud, assailli par les journalistes à sa sortie de l'université de Séoul.

Photo: Agence Reuters

Pressenti comme futur lauréat du prix Nobel de médecine et de physiologie pour ses avancées spectaculaires sur le clonage humain à visée thérapeutique, le Coréen Hwang Woo-suk est aujourd'hui accusé non seulement de graves fautes éthiques mais aussi de fraude scientifique. Le professeur, qui jouissait jusqu'à tout récemment d'un statut de héros national dans son pays, ne cesse de s'enfoncer dans la déchéance à mesure que l'enquête menée par l'université nationale de la Corée du Sud à Séoul se poursuit.

L'élément à l'origine de cette tourmente est l'article que ce biologiste, reconnu comme le grand spécialiste mondial des recherches sur le clonage, a signé dans la revue Science le 19 mai 2005. Dans cette publication retentissante, l'équipe du professeur Hwang affirmait avoir franchi une étape importante dans la maîtrise de la technique de clonage humain visant à créer des cellules souches embryonnaires qui pourraient servir à traiter diverses maladies dégénératives et incurables. Les auteurs précisaient avoir créé par clonage 11 embryons humains à partir desquels ils auraient tiré 11 lignées de cellules souches génétiquement identiques à celles des personnes souffrant de maladies dégénératives ou de lésions traumatiques de la moelle épinière et chez lesquelles on avait prélevé les cellules -- somatiques -- pour effectuer le clonage.

Unanimement saluée par la communauté scientifique internationale, cette première a toutefois été assombrie en juin dernier par des rumeurs voulant que les chercheurs sud-coréens aient failli aux règles éthiques lorsqu'ils avaient tenté d'obtenir des ovocytes (ovules immatures), ces cellules sexuelles féminines indispensables à la préparation d'embryons par clonage puisqu'on y insère le noyau d'une cellule corporelle appartenant à l'adulte qu'on désire cloner.

Le 13 novembre, l'Américain Gerald Schatten, de l'université de Pittsburgh, avec lequel Hwang Woo-suk collaborait depuis près de deux ans et qui avait cosigné les articles faisant part de la prouesse technique aujourd'hui remise en doute, se dissociait de son collègue et l'accusait publiquement de manquements à l'éthique. Les chercheurs assuraient pourtant dans leur première publication de 2004 dans Science, qui faisait état des tout premiers résultats décrivant la création d'embryons humains clonés, que les 16 femmes chez lesquelles les ovocytes avaient été prélevés étaient volontaires, non rémunérées et informées des modalités de l'expérience et de son objectif.

Fin novembre, la bombe a éclaté lorsque le Dr Roh Sung-il, responsable de l'hôpital Mizmedi à Séoul, a reconnu avoir versé une compensation financière d'environ 1500 $US à chaque donneuse parce qu'il ne réussissait pas à recruter suffisamment de volontaires non rémunérées. Après avoir longtemps soutenu qu'il ignorait le don d'ovocytes qu'avaient consenti deux de ses collaboratrices, Hwang Woo-suk a finalement reconnu les faits. Dans la foulée de ses confessions, il a démissionné de toutes ses autres responsabilités officielles.

Le 12 décembre, l'université nationale de la Corée du Sud a ouvert une enquête menée par un groupe de neuf scientifiques sud-coréens. Étant la cible d'accusations toujours plus nombreuses, Hwang Woo-suk a reconnu le 16 décembre que sur les 11 lignées de cellules souches embryonnaires produites, six avaient été irrémédiablement endommagées à la suite d'une contamination par des mycoplasmes (une forme de bactéries sans paroi) et qu'il demandait par conséquent à la revue Science de retirer la publication de ses archives. Selon Marc Peschanski, directeur de recherche sur les cellules souches à l'INSERM, en France, qui connaît bien le professeur Hwang et a même visité son laboratoire à Séoul, l'explication apportée par son collègue sud-coréen est tout à fait vraisemblable, la contamination par des germes bactériens étant en effet la hantise de tous les biologistes oeuvrant dans ce domaine. Dans un entretien accordé au journal Le Monde, ce chercheur français, qui poursuit des recherches sur le clonage humain à visée thérapeutique, dit rester persuadé que «Hwang a bien obtenu les résultats sur le clonage humain qu'il a publiés en 2004 et que, à partir de là, il s'est vu porter le flambeau de la Corée jusqu'à Stockholm et au prix Nobel». «Il devenait l'espoir de tout un pays en quête de reconnaissance mondiale, poursuit-il. Dans ce contexte, on peut imaginer que la pression sur lui était telle qu'il a préféré ne rien dire de la contamination, ce en quoi il a incontestablement commis une faute.»

Dans son premier rapport, la commission d'enquête de l'université de Séoul estimait toutefois hier, 23 décembre, que les résultats des recherches du biologiste sud-coréen avaient été délibérément falsifiés. On lit dans le rapport que «les données de laboratoire rapportées dans l'article de 2005 ont été obtenues en n'utilisant que deux lignées de cellules souches et non 11» et que «des analyses d'ADN attendues dans quelques jours diront si ces deux lignées ont oui ou non été clonées avec succès à partir d'un seul patient».

Selon Marc Peschanski, cet événement nous enseigne qu'«à l'avenir, il faudra absolument une obligation de preuve absolue pour des travaux de cette nature, qui peuvent être à l'origine d'une véritable révolution en médecine et qui peuvent induire de profonds changements sociaux. En d'autres termes, la seule relecture par des pairs devrait être complétée par des contrôles biologiques».

Aux dernières nouvelles, Hwang Woo-suk a engagé des poursuites contre plusieurs de ses collègues, qu'il accuse d'avoir substitué des lignées de cellules ordinaires aux lignées de cellules souches embryonnaires qu'il aurait obtenues par clonage.

Avec Le Monde


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Le clonage - par maro abou (emnaceem@hotmail.com)
Le lundi 26 décembre 2005 08:00

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