Menaces d'entraves devant le projet de la 25
Mots clés : ppp
La priorité doit aller aux transports en commun, rappelle Montréal
Le prolongement de l'autoroute 25 vers Laval et la construction d'un pont sur la rivière des Prairies ne sont pas encore annoncés par Québec que déjà les menaces d'entraves s'amoncellent sur ce premier grand projet autoroutier en mode «PPP» du gouvernement Charest.Mais pour le responsable des transports au comité exécutif de Montréal, Claude Dauphin, et son successeur dans quelques semaines, André Lavallée, Montréal veut d'abord et avant tout «convaincre Québec» du fait que «la priorité de Montréal, c'est de privilégier les transports en commun plutôt que de faire un nouveau pont» dans le prolongement de l'autoroute 25.
Pendant que la Ville dressait la table pour une mobilisation des forces économiques et sociales de l'Est contre ce projet, les écologistes et groupes sociaux regroupés dans la Coalition contre le prolongement de la 25 se disaient prêts à soumettre le projet à un test juridique et à dresser sur sa route tous les obstacles politiques imaginables. La Coalition estime que Québec a soustrait illégalement à l'examen du public une partie cruciale des impacts biophysiques et sociaux du projet. Une rencontre devait avoir lieu hier soir avec les centrales syndicales membres de la Coalition pour préparer l'offensive de la Coalition, y compris sur le plan politique, «contre ce gouvernement qui n'écoute personne, même pas la population», affirmait le porte-parole du groupe et président du Conseil régional de l'environnement de Montréal (CREM), Robert Perreault. Ce dernier a rappelé qu'un sondage réalisé au printemps dernier avait démontré que 76 % de la population de Montréal privilégiait l'essor des transports en commun plutôt que le développement du réseau autoroutier.
Du côté de Laval, Nicole Bastien, l'attachée de presse du maire Gilles Vaillancourt, déclarait que ce dernier, fort occupé hier par les funérailles de la jeune policière abattue récemment, n'entendait faire aucun commentaire jusqu'à l'annonce des décisions gouvernementales, le cas échéant.
Lors du point de presse organisé par Montréal hier midi, Claude Dauphin a précisé que la Ville voulait réaliser quatre projets de transports en commun avant que Québec n'aille de l'avant avec son autoroute et son pont.
«Réaménageons d'abord, a-t-il dit, la rue Notre-Dame avec deux voies réservées, 24 heures sur 24 et sept jours sur sept. Puis réalisons le train dans l'est de Montréal [qui réunira le centre-ville à Repentigny en croisant les lignes de métro]. Puis créons une voie réservée sur le pont Pie IX et, quatrièmement, poursuivons l'extension du métro dans l'est de Montréal vers Anjou et Saint-Léonard» avant de lancer de nouveaux projets autoroutiers.
M. Dauphin a rappelé que le rapport du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) recommandait expressément, dans un contexte de contraintes budgétaires, d'accorder la priorité absolue aux transports en commun, avant tout projet autoroutier. Il ajoute que c'est aussi une question de sens commun: il faut en priorité, dit-il, «dégager le centre-ville avant d'ouvrir les vannes à l'extérieur».
En anglais, M. Dauphin devait ajouter: «On sait que le gouvernement voudrait se débarrasser de la congestion sur la Rive-Nord. Nous, on lui dit: ne déversez pas cette congestion dans le centre-ville de Montréal pour vous débarrasser de celle de la Rive-Nord. C'est très clair pour nous. Il faut s'assurer qu'il y a plus de place au centre-ville avant d'y déverser de nouvelles voitures et camions» venant des autres rives.
Certes, reconnaît-il, «la Ville doit éventuellement donner un avis de conformité ou de non-conformité [à ce projet]. Donc, dans le cadre de ses responsabilités, le conseil municipal a des gestes à poser et je ne peux me substituer aujourd'hui au conseil. Ce sont des choses qu'on verra dans les prochaines semaines. La Ville entend respecter la loi. J'imagine que le gouvernement voudra respecter sa propre loi.»
Mais à court terme, «on n'a pas d'autre choix que de convaincre Québec», déclare André Lavallée. Son collègue Dauphin ajoutera aussitôt: «On est dans l'obligation d'agir de cette façon-là. J'allais dire... sinon, il faudra couper les ponts!»
Au CREM, Robert Perreault se démarque de la position de la Ville qui accepterait la construction d'un nouveau pont après que Québec aura réalisé les quatre projets de transports en commun prévus pour l'est de la métropole. Selon la Coalition contre la 25, c'est du pur «gaspillage» de fonds publics que de prolonger la 25. Robert Perreault cite le témoignage de hauts fonctionnaires du ministère des Transports du Québec qui ont affirmé, durant les audiences, que le pont ferait perdre 1835 passagers par jour aux transports en commun de l'île, qu'on mettra en place à grands frais dans l'Est.
Globalement, affirme le porte-parole de la coalition, Québec fait preuve d'un «réel mépris de l'opinion publique» à Montréal en allant de l'avant avec un projet que la population n'appuie pas, d'après les sondages, que la principale ville du Québec rejette et que les milieux de la santé du gouvernement québécois lui-même ont dénoncé comme contraire aux impératifs de la santé publique.
Pour la Coalition, «le gouvernement Charest et son ministre de l'Environnement ont perdu toute crédibilité en niant les véritables impacts environnementaux de ce projet, allant même jusqu'à affirmer que celui-ci permettrait de réduire les émissions de gaz à effet de serre».
Autant la Ville que la Coalition, qui regroupe d'importants groupes environnementaux comme Équiterre, Greenpeace et l'Association québécoise de lutte à la pollution atmosphérique (AQLPA), ont fait référence à l'incongruité du feu vert que Québec s'apprête à donner ce matin à ce projet si on le met en perspective avec la récente Conférence des Nations unies sur les changements climatiques, qui s'est tenue à Montréal.
CLaude Dauphin, qui voudrait dans cette logique mettre en place le «train de l'Est» d'ici 24 mois, estime que tous les gouvernements, y compris Québec, doivent dépasser l'approche traditionnelle du tout-à-l'auto en transports: «On a maintenant un changement à faire dans nos choix, dans nos grands choix, et la proposition qui semble cheminer à l'heure actuelle n'indique pas un changement dans les choix à faire... »
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