OMC: le cycle de Doha reste en vie
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Le système québécois de gestion de l'offre demeure intact
Les membres de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) ont trouvé à l'arraché hier un accord pour rendre un peu plus équitable le commerce mondial et éviter une répétition de leur échec de 2003, mais les pays du Sud, censés être les premiers à en bénéficier, sont loin d'avoir obtenu ce qu'ils voulaient. En sol québécois, l'heure était au soulagement: les producteurs de lait, d'oeufs et de volaille signalaient que l'entente ne touchait pas «pour l'instant» leur système de gestion de l'offre, qui s'appuie sur des tarifs et des contingentements.Les 149 pays de l'OMC réussissent à ne pas repartir de Hong Kong les mains complètement vides, comme cela avait été le cas à leur précédente conférence cauchemardesque à Cancún, au Mexique en 2003.
Ils maintiennent aussi en vie leur cycle de négociation censé aboutir d'ici à la fin de l'année prochaine à une libéralisation généralisée des échanges dans le monde au profit des pays en développement. Le cycle de Doha a été lancé en 2001 dans un élan de générosité pour le Sud après le choc des attentats du World Trade Center du 11 septembre 2001 à New York.
«Vous avez remis le cycle sur les rails», a lancé Pascal Lamy, directeur de l'OMC.
L'Europe a contribué à débloquer les négociations sur la principale pomme de discorde, les subventions à l'agriculture, en proposant une date butoir, dans huit ans, pour mettre fin aux aides à l'exportation, revendication de longue date des pays du Sud.
Ces derniers auraient voulu aller plus vite, mais le négociateur européen Peter Mandelson, étroitement surveillé par la France, principale bénéficiaire des soutiens agricoles de l'UE, est resté ferme. L'accord «n'est pas suffisant pour faire de cette réunion un vrai succès, mais il l'est pour éviter un échec», a résumé M. Mandelson. Quant au président français, Jacques Chirac, il a estimé que «l'accord sera favorable à la croissance et à l'emploi en France, en Europe et dans le monde». L'entente, a-t-il ajouté, «contribuera au développement des pays les plus pauvres, tout en préservant le potentiel indispensable de l'agriculture européenne».
Autre geste limité: les 49 pays les plus pauvres de l'OMC ont obtenu un accès sans droits de douane ni quota aux marchés des nations développées. Avec un bémol puisque cela ne concernera que 97 % de leurs produits, les États-Unis cherchant à se protéger d'importations textiles bon marché et le Japon de celles de riz par exemple.
Les pays d'Afrique de l'Ouest vont voir les États-Unis éliminer leurs subventions à l'exportation dès l'an prochain. Problème: rien n'a été fait sur la question essentielle que sont pour eux les subventions déloyales dont bénéficient les cotonniers américains, premiers exportateurs mondiaux.
Les réactions des défenseurs du Sud, qui espéraient une baisse des droits de douane des pays riches -- sujet renvoyé à plus tard faute d'accord -- étaient à l'image du résultat a minima de la réunion de Hong Kong. L'ONG ActionAid a parlé d'un «affront pour les pauvres de ce monde», alors que le militant José Bové a dénoncé «un très mauvais accord» global. «Les pays en développement ont été étranglés en permanence. Ils ont subi des pressions énormes pour signer», a-t-il dit.
Les tractations de Hong Kong se sont déroulées toute la semaine sous la pression de manifestations altermondialistes dont Hong Kong n'avait pas l'habitude. L'une d'elles a dégénéré samedi en affrontements avec la police, faisant une centaine de blessés légers et entraînant près de 900 interpellations. Hier, plus de 7000 personnes, dont un cortège imposant de riziculteurs sud-coréens, ont défilé dans le calme.
Soupir de soulagement au Québec
Lors d'une conférence téléphonique hier matin, les producteurs agricoles du Québec se sont dits soulagés de la tournure des événements, car le texte de l'entente laisse en place «pour l'instant» le système de gestion de l'offre autour duquel est ancrée leur industrie.
«En juillet 2004, il s'était ajouté un paragraphe sur la protection des produits "sensibles". Or il s'est promené un texte jusqu'à tard samedi soir dans lequel une phrase en particulier était revenue et menaçait l'existence et la pérennité des systèmes de gestion de l'offre», a dit Laurent Pellerin, président de l'Union des producteurs agricoles (UPA). «On y disait clairement qu'il fallait donner plus d'accès à nos marchés, même dans la production de gestion de l'offre, et baisser les tarifs. Cela n'aurait pas permis de maintenir les systèmes tels qu'on les connaît.» La dernière version du texte, a dit M. Pellerin, ne contenait plus cette phrase, ce qui selon lui est dû «à une intervention musclée des représentants du Canada, de nos propres représentations et à la motion de la Chambre des communes [enjoignant au Canada de protéger la gestion de l'offre]». L'Assemblée nationale avait elle aussi adopté une telle motion, suivie de quatre autres assemblées législatives provinciales.
Avec ces motions, le mandat des négociateurs était donc «on ne peut plus clair», a dit dans un communiqué le président de la Fédération des producteurs de lait du Québec, Marcel Groleau. La position qu'ils devaient défendre visait à faire en sorte «que le Canada n'accepte aucune réduction de tarifs, ni d'accès supplémentaire aux marchés du lait, des oeufs et de la volaille».
Le ministre québécois de l'Agriculture, Laurent Lessard, a pour sa part estimé que «si on avait remis en question notre système de quotas, les fermes au Québec qui valent 2 ou 3 millions n'auraient valu, sans quotas, que 500 000 $ ou 1 million».
À Ottawa, le ministre du Commerce international, Jim Peterson, a dit qu'un certain nombre de propositions et d'idées canadiennes ont été retenues dans la déclaration, «notamment en ce qui concerne les produits non agricoles et le soutien interne à l'agriculture». Il s'est réjoui du fait que les objectifs canadiens aient été atteints «relativement au traitement des produits sensibles et aux entreprises commerciales d'État exportatrices». Il faisait là référence au monopole qu'est la Commission canadienne du blé: le texte de Hong Kong reconnaît son existence, mais ne la remet pas en question.
Du côté d'Oxfam-Québec, la réaction était beaucoup plus négative au sujet d'une entente qu'on juge bénéficiaire pour les pays fortement industrialisés. «Ce texte de compromis est profondément décevant et constitue une trahison des promesses faites pour le développement», a dit Christine Laliberté, directrice adjointe des programmes de l'organisme au Québec. «Une fois de plus, les intérêts des pays riches prévalent. Les maigres progrès réalisés sur certains aspects des négociations agricoles sont annulés par les propositions extrêmement nuisibles sur les services et l'industrie.»

