Mariage forcé entre Sainte-Justine et l'Hôpital de Montréal pour enfants - McGill fera une contre-proposition
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Philippe Couillard justifiera la répartition des spécialités

Photo: Jacques Nadeau
«Nous avons eu un échange clair et collégial, et le ministre s'est montré prêt à recevoir une contre-proposition de notre part. Nous allons lui présenter un nouveau cadre de travail dans lequel nous pensons qu'il est possible de continuer les discussions», a soutenu hier le Dr Abraham Fuks, doyen de la faculté de médecine de McGill.
Depuis une semaine, le projet ministériel, qui propose de partager plusieurs spécialités médicales de pointe, notamment la chirurgie cardiaque réservée aux enfants, entre les hôpitaux affiliés au Centre hospitalier universitaire de Montréal (CHUM) et le Centre universitaire de santé McGill (CUSM), a provoqué une levée de boucliers sans précédent à l'Hôpital de Montréal pour enfants et à l'université McGill.
La réaction est telle que les deux institutions ont adopté lundi soir des résolutions réclamant le retrait pur et simple de ce projet qui, selon elles, les obligera à faire des compromis inacceptables en ce qui a trait à la qualité et à l'accessibilité des soins donnés à leurs patients.
Selon le plan proposé, la chirurgie cardiaque de pointe, la traumatologie, les greffes d'organes et le traitement de certains cancers seraient effectués seulement à l'hôpital Sainte-Justine alors que l'Hôpital de Montréal pour enfants hériterait de la neurochirurgie et des cas complexes d'orthopédie.
Hier, un des chirurgiens-vedettes de l'Hôpital de Montréal pour enfants, le Dr Christo Chervenkov, le seul cardiologue en Amérique du Nord à avoir implanté un coeur mécanique sur un enfant de deux ans, ne décolérait pas. Furieux de ne pas avoir été consulté au sujet de ce mariage forcé, il a même dit être prêt à aller travailler à l'extérieur du Québec. À son avis, le transfert des chirurgies cardiaques complexes vers Sainte-Justine n'est basé sur aucune donnée économique ou médicale probante.
«Nous sommes en faveur de la complémentarité quand c'est bien fait. Nous attendons que Québec nous fournisse les statistiques qui ont servi à justifier ce plan, et le ministre s'y est engagé», a ajouté le doyen de la faculté de médecine.
En effet, le ministre Couillard aurait promis à la délégation de McGill de dévoiler les statistiques qui ont servi à faire le partage des interventions de pointe entre les deux hôpitaux pédiatriques.
Hier à Québec, le cabinet du ministre Couillard tentait de calmer le jeu. L'attachée de presse du ministre, Isabelle Merizzi, a indiqué qu'il «fallait laisser le temps aux discussions et au travail de se poursuivre».
«Il faut éviter d'alarmer les gens. Il n'y a aucune coupe de services prévue dans ce plan. Il s'agit simplement de désigner des pôles d'excellence et de développement. La philosophie derrière la complémentarité est d'avoir des masses critiques à un seul endroit, pas tellement de faire des économies», a précisé Mme Merizzi.
L'erreur albertaine?
Mais même le concept de concentration des expertises pour accroître la qualité des soins ne fait pas l'unanimité. Le Dr Mark Anselmo, un pneumologue de l'Hôpital de Montréal pour enfants formé en Alberta, affirme que la province de Ralph Klein a fait une grave erreur en procédant à la concentration aveugle de plusieurs types de chirurgies dans un seul hôpital afin de limiter les coûts.
Comme le plan de Québec le propose pour l'hôpital Sainte-Justine et l'Hôpital de Montréal pour enfants, l'Alberta a décidé en 1995 de désigner un hôpital unique pour traiter les traumatismes graves et un autre pour les neurochirurgies.
«Ce fut un échec retentissant. Quand les cas nécessitaient un neurochirurgien, il n'y en avait pas sur place et il fallait faire un transfert. Nous savons maintenant que séparer la neurochirurgie et la traumatologie est illogique. L'Alberta a dû revenir sur sa décision», soutient le Dr Anselmo.
Un rapport commandé en 2003 par le ministère de la Santé albertain pour évaluer les impacts de ces changements réalisés entre 1995 et 2001 à Edmonton conclut d'ailleurs que cette concentration a eu peu ou pas d'impact sur les coûts, les temps d'attente et les taux de complications.
Toutefois, le rapport mentionne que la concentration a occasionné une perte de temps significative pour les chirurgiens et les étudiants, dont la pratique était divisée dans deux hôpitaux.
«Cela prouve qu'on ne peut pas faire cela sans avoir fait des études sérieuses sur les impacts. Et ce n'est pas le cas actuellement», conclut le Dr Anselmo.
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