Opinion
Le CUSM, l'hôpital de tous les Québécois?
Mots clés : cusm
Mme Heather Monroe-Blum, principale de l'université McGill, et M. Arthur Porter, directeur général du Centre universitaire de santé McGill (CUSM), ont récemment pris la plume (Le Devoir, 7 décembre 2005) pour défendre la place de leurs institutions dans l'économie générale de la recherche en santé au Québec. Répondant à Jean-Robert Sansfaçon (Le Devoir, 21 novembre 2005), les auteurs soutiennent que le CUSM est une institution pleinement québécoise, et non seulement anglophone.
Si le CUSM appartient à tous les Québécois, il est difficile de comprendre pourquoi le français n'y occupe pas une place plus importante. Mme Monroe-Blum et M. Porter soulignent que 60 % des quelque 10 000 employés du CUSM sont de langue maternelle française. Or, même si le français est la langue maternelle d'un grand nombre d'employés, il ne semble pas en être la langue de travail, comme en fait foi une étude de l'Office de la langue française qui indiquait qu'en 2001 20 % des patients étaient en contact avec du personnel ne parlant pas français dans les hôpitaux anglophones. Et qu'en est-il de la langue de recherche? Un simple survol de l'Institut de recherche du CUSM montre que les francophones y sont largement minoritaires.
Finalement, comment expliquer que les francophones soient virtuellement absents du conseil d'administration du CUSM? Sur 22 membres, on retrouve seulement trois francophones au c.a., dont le représentant de la Régie de la santé et celui du MSSS.
La situation n'est malheureusement pas plus rose au c.a. de la Fondation du CUSM ni au c.a. de l'université McGill. Pourquoi y a-t-il si peu de francophones, alors que ceux-ci représentent 82 % de la population du Québec? Simple hasard malheureux? Absence de «francophones qualifiés»? On peut penser que non.
Cela nous laisse penser que le CUSM s'adresse d'abord et avant tout à la communauté anglo-québécoise. Mais alors, pourquoi devrait-il obtenir 43 % des investissements fédéraux dans la recherche en santé au Québec (par l'IRSC), puisqu'il n'y a que 8 % d'anglophones au Québec? Pourquoi devrait-il obtenir le même financement que le CHUM, puisqu'il n'y a que 12 % d'anglophones dans la RMR de Montréal.
À cela s'ajoute le fait que l'université McGill, à laquelle sont attribuées 25 % des places en médecine à chaque année, a le pire taux de rétention au Canada. En effet, seulement 47 % des médecins formés à McGill sont encore présents au Québec cinq ans après l'obtention de leur diplôme, alors que le chiffre équivalent est de 89,7 % pour l'Université de Montréal et de 93,4 % pour Laval. Les investissements publics massifs dans la faculté de médecine de McGill en valent-ils la peine? D'autant plus que l'attribution de certaines spécialités au CUSM, comme le veut le plan de répartition du ministre de la Santé, signifiera qu'il sera désormais impossible de se former en français dans certaines filières en Amérique du Nord.
À tous quand il s'agit de payer
Mme Monroe-Blum et M. Porter sont dans une situation inconfortable. Si le CUSM appartient à la minorité anglophone, on ne comprend pas pourquoi il devrait occuper une place aussi prédominante. Par contre, si le CUSM appartient à tous les Québécois, on ne comprend pas pourquoi le français n'y est pas la première langue de travail et de recherche.
La réponse est simple: c'est que le CUSM appartient à tous les Québécois lorsqu'il s'agit de payer, mais à la minorité anglophone lorsqu'il s'agit d'obtenir des postes de prestige et de direction.
Il est injustifiable que le CUSM continue de récolter la part du lion en matière de financement de la recherche en santé, tout en entretenant une dynamique qui mine le prestige du français comme langue de travail et de recherche, tout en favorisant l'exode des médecins.
Il y a deux solutions possibles: la première est de réduire la place du CUSM dans la recherche en santé au Québec, en transférant des ressources au CHUM, au CHUL et au CHUS. Le CUSM retrouverait alors sa vocation première qui est d'offrir des services en anglais à la minorité anglophone.
La deuxième solution est de mener à terme la logique d'intégration et de faire du CUSM un véritable établissement québécois. Cela implique d'imposer le français comme langue de travail au CUSM et de garantir une représentation équitable des francophones à tous les échelons de la hiérarchie.

