Clinton contredit Bush
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Une véritable révolution énergétique stimulera les investissements et l'emploi

Photo: Jacques Nadeau
Mais qu'à cela ne tienne: la Ville a tourné les chaises de la plénière vers le fond de la salle et installé une tribune d'où Bill Clinton a pu s'adresser aux 2000 délégués et représentants d'ONG ainsi qu'à la meute de journalistes massés pour l'occasion devant un mur sur lequel on ne voyait aucune référence à la conférence onusienne sur le climat. Le suspense a été amplifié par le souhait de savoir si l'ex-président ferait allusion au refroidissement des relations diplomatiques entre le Canada et les États-Unis à la suite du discours de Paul Martin à l'ouverture de la conférence politique, mercredi matin. Il n'en a rien été.
Les informations sont contradictoires à propos de ce qui s'est vraiment passé à Washington. Selon certaines sources, l'ambassadeur canadien Frank McKenna aurait été convoqué à la Maison-Blanche, où on lui aurait remis une note diplomatique de protestation contre les propos du premier ministre Martin. Selon Radio-Canada, c'est l'ambassadeur McKenna qui aurait demandé à rencontrer des représentants de la Maison-Blanche pour discuter entre autres de la conférence sur les changements climatiques.
Le premier ministre Martin s'est néanmoins fait demander par les journalistes s'il tentait, par sa sortie d'hier avec Bill Clinton et ses récents propos au sujet de la position américaine, de se faire du capital politique sur le dos du président George W. Bush.
Paul Martin s'est défendu en conférence de presse en disant que ce qu'il a dit dans son discours mercredi n'était pas nouveau et qu'il défendait simplement ses convictions. Paul Martin a affirmé avoir dit la même chose à tous les chefs d'État qu'il a rencontrés depuis qu'il est premier ministre, comme il l'a répété au sommet du G8, parce que, a-t-il ajouté, «cela correspond à mes valeurs et aux valeurs des Canadiens».
Le premier ministre Martin devait néanmoins mettre un peu de baume sur les plaies américaines en ajoutant que les États-Unis «ont fait beaucoup de progrès» dans le dossier des changements climatiques alors que «le Canada a beaucoup de chemin à faire», ce qui ne le plaçait pas en position de faire la leçon à quiconque. Il a même reconnu qu'au Canada, «on n'a pas fait ce qu'on aurait dû faire» dans ce dossier.
Quant à l'ex-président Clinton, il s'est lancé avec son aisance habituelle dans un discours qui a séduit son vaste auditoire en plaidant pour une mobilisation plus étendue et plus directe des Américains dans la bataille du climat. Dans un discours visiblement ciblé pour le public états-unien, Bill Clinton a affirmé d'entrée de jeu: «J'aime Kyoto», rappelant que son vice-président, Al Gore, avait signé le protocole que devait renier le président Bush après son élection en soutenant qu'il menaçait l'économie et le mode de vie américains. Certes, a dit M. Clinton, le protocole «n'est pas une entente parfaite», mais il est faux de prétendre, a-t-il ajouté, que son application va affaiblir l'économie des pays qui adoptent ses objectifs et ses moyens d'action, notamment en s'engageant dans des réductions d'émissions de gaz à effet de serre (GES).
Au contraire, a dit l'ex-président, si un pays commence à investir massivement dans des moyens de s'éclairer plus efficaces, dans des systèmes de chauffage moins polluants et dans une meilleure isolation des bâtiments pour accroître l'efficacité énergétique globale du pays, y compris du côté de ses équipements industriels, il va stimuler son économie et l'emploi. «Créer l'énergie du futur», a-t-il ajouté, constitue à son avis le défi du XXIe siècle pour toute la planète, ce qui sera tout aussi bénéfique pour les États-Unis et, par ricochet, pour les pays en développement, qui profiteront de ces avancées technologiques pour éviter la phase polluante par laquelle les pays développés sont passés.
Si les États-Unis s'investissent à fond dans le défi du climat, a-t-il dit, «nous pourrons atteindre, voire dépasser les objectifs de Kyoto».
Non seulement Bill Clinton s'en est pris à la surconsommation stupide et inutile du pétrole, il a aussi stigmatisé les industriels qui produisent des véhicules de plus en plus lourds et énergivores. Il a soutenu qu'on ne peut pas faire l'économie de ce débat en Amérique du Nord.
Il a aussi plaidé pour que les États-Unis adoptent «des objectifs» de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), la seule façon, a-t-il dit, de lancer aux États-Unis un véritable marché de crédits d'émissions et de faire une place aux entreprises américaines sur le marché international des crédits au moyen d'ententes bilatérales.
Même s'il est convaincu qu'il faut imposer un plafond aux émissions pour activer le marché des crédits d'émissions, Bill Clinton a ajouté qu'on pourrait à tout le moins, aux États-Unis, aider les maires et les États à investir dans des plans de réduction des GES, quitte à les appuyer financièrement sans pour autant s'enrôler dans des réductions juridiquement contraignantes sous l'autorité du protocole. Ce message s'adressait visiblement à son successeur.
M. Clinton a rappelé que plus de 190 villes américaines ont adopté les objectifs de réduction des GES, ce que son hôte, le maire Gérald Tremblay, avait rappelé en le présentant à son auditoire international. Les grandes villes qui oeuvrent à l'atteinte des objectifs de Kyoto se sont en effet engagées cette semaine à réduire leurs émissions de 30 % d'ici 2020 et de 80 % d'ici 2050, un objectif qui risque fort de devenir la borne dans les discussions que les pays développés amorceront pour définir leurs réductions de GES pour la période post-2012.
Par ailleurs, Bill Clinton a insisté sur le fait que 11 États américains veulent réclamer, à l'instar de la Californie -- et malgré l'opposition de l'administration Bush --, de la part des constructeurs automobiles une réduction de 30 % de la consommation des véhicules qu'ils vendent. De plus, dix États, a-t-il rappelé, veulent imposer des plafonds d'émissions à leurs producteurs d'électricité thermique. Cette révolution énergétique ne sera pas aussi coûteuse que certains veulent le faire croire du côté des pétrolières et des producteurs thermiques -- un lobby bien appuyé sur le pouvoir fédéral américain, a-t-il glissé au passage -- car chaque fois qu'on hausse de 50 % la production des éoliennes, le prix de revient chute de 30 %, et celui du photovoltaïque, de 20 %. Le Japon, qui dépasse les États-Unis en matière d'utilisation du solaire, ne s'en porte pas plus mal, ainsi que le Danemark, qui dépend à 20 % de l'énergie éolienne, a lancé l'ex-président.
«On essaie ici [à la conférence de Montréal] de créer un nouveau monde», et cela ne sera possible que dans la mesure où les pays miseront sur une approche multilatérale, a-t-il conclu en disant souhaiter que son pays ne reste pas en marge de cet effort ou, à tout le moins, qu'il ne l'entrave pas.
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