Hydro-Québec veut éviter un choc tarifaire à ses clients

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Édition du mardi 06 décembre 2005

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La société d'État propose d'étaler jusqu'en 2013-14 les hausses de tarifs de 5,4 % et de 9 % des deux prochaines années

Hydro-Québec Distribution affirme que l'augmentation de ses coûts d'approvisionnement justifierait une hausse de 5,4 % de ses tarifs en 2006 et de plus de 9 % en 2007. Afin d'éviter un choc tarifaire aux Québécois, la société se dit cependant prête à étaler une partie de ces augmentations sur plusieurs années.

Hydro-Québec a du mal à répondre à la demande en électricité qui est propulsée par la construction résidentielle et par la mise en service de grosses usines dont les alumineries ABI et Alouette. Ses coûts d'approvisionnement devraient augmenter d'environ 370 millions l'an prochain à cause des importations. Si l'on se fie aux prévisions de la société d'État, la situation devrait être encore pire l'année suivante mais elle s'améliorerait progressivement à partir de 2008.

Normalement, Hydro devrait refiler cette hausse aux consommateurs chaque année. Pour éviter un trop gros bond sur la facture de ses clients, Hydro a toutefois imaginé une manière de répartir les plus importantes augmentations tarifaires, prévues en 2006-07, sur plusieurs exercices financiers.

Si la Régie de l'énergie l'y autorise, Hydro-Québec haussera ses prix de 3 % le 1er avril prochain. L'augmentation ne sera pas égale pour tous les types de consommateurs, mais Hydro estime qu'un ménage possédant une maison de taille moyenne chauffée à l'électricité, devrait débourser environ 145 $ de plus par an.

Comme cet ajustement ne permettra pas au distributeur de couvrir tous ses coûts, il devra emprunter l'équivalent d'une hausse de 2,4 %, soit 203 millions. Ce montant sera imputé à un nouveau «compte d'étalement tarifaire».

Si son plan est approuvé, la société retournera devant la Régie en 2007 pour demander une nouvelle hausse de 3 %. Cette fois, elle devrait emprunter 823 millions pour couvrir ses coûts d'approvisionnement.

Selon le scénario idéal présenté hier par l'entreprise, les augmentations annuelles de 3 % se poursuivraient jusqu'en 2013-14 même si aucune hausse des frais de production ne les justifie. Ces bonds successifs serviraient à rembourser de la dette de 1,03 milliard portant 8 % d'intérêt contractée par la division distribution d'Hydro-Québec au nom de ses clients.

En bout de ligne, ces derniers auraient vu leur facture augmenter d'au moins 25 % en huit ans. «L'idée c'est d'envoyer un message aux consommateurs que l'entièreté des coûts va être représentée dans les tarifs, dans le temps. Il n'y aura pas de coût qui sera évité, il n'y a pas de cadeau qui est fait», a insisté André Boulanger en marge de l'audience.

Selon le président d'Hydro-Québec Distribution, le stratagème permettra de sécuriser les consommateurs en s'assurant que les augmentations à venir soient «raisonnables et prévisibles». Il a cependant reconnu que les données sur lesquelles se base ce plan devraient être revues chaque année pour tenir compte de divers «paramètres».

Pas impressionnés

La nouvelle stratégie d'Hydro-Québec n'a impressionné ni les groupes de consommateurs, ni les organisations écologistes ni même les associations de gens d'affaires présents à la Régie de l'énergie. D'après les estimations de l'Union des consommateurs, si Hydro avait gain de cause devant l'organisme réglementaire, les Québécois paieraient près de 900 millions d'intérêts en huit ans sur leurs tarifs reportés et finiraient par ne plus savoir combien vaut leur électricité.

«C'est une opération de nivellement, une opération de camouflage, a martelé le porte-parole de l'organisme, Charles Tanguay. C'est une façon de faire avaler politiquement une hausse de tarifs qui demeure inacceptable.»

Le représentant de Stratégies énergétiques et de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPQ), Dominique Neuman, reproche pour sa part à Hydro de cacher la réalité aux Québécois. «On est en train de donner la fausse impression que les tarifs n'augmentent que très peu alors que la réalité c'est que les coûts d'approvisionnement ont grimpé énormément depuis les dernières années et que ça va continuer», a-t-il fait valoir.

Bonne figure

Même s'ils reconnaissent que la plupart des ménages et des entreprises préféreraient une augmentation de 3 % à une de 5,4 %, les groupes de pression craignent de voir Hydro s'endetter pour faire bonne figure. «Il y a là une question de principe», a résumé l'avocat André Turmel, qui représente la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI) ainsi que l'Association des stations de ski du Québec (ASSQ) devant la Régie.

Les audiences devant le tribunal administratif se poursuivront jusqu'au 22 décembre. La Régie devrait rendre une décision sur d'éventuelles hausses au cours de l'hiver.


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