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Des propos révélateurs

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Gabriel RACLE
Envoyé Le lundi 05 décembre 2005 06:00



« ...ici, c'est le Bloc québécois et heureusement, les libéraux, on les fait disparaître. Faites-vous un cadeau.» Il faut porter la plus grande attention à ces propos de G. Duceppe proférés, dit-il, dans «l'enthousiasme», comme pour se chercher une excuse. Mais ces propos révèlent la pensée profonde de Duceppe. L'enthousiasne populaire d'une salle chauffée à blanc par des propos incendiaires agit comme une drogue, comme l'alcool, comme un sérum de vérité qui élimine des inhibitions et permet à des sentiments profonds de se manifester. On peut songer aussi à l'interprétation des lapsus ou des actes manqués.
Les propos de Duceppe ouvre donc une fenêtre sur sa conception profonde de la vie politique, qu'il avait esquissée sous forme interrogatoire : «Voulez-vous, oui ou non, vous débarrasser des libéraux de Paul Martin ?», une formulation atténuée qui s'est finalement traduite par la formule citée plus haut.
Faire disparaître des adversaires politiques est une vieille tradition des gouvernements dictatoriaux, comme ceux de Hitler ou de Staline, comme actuellement ceux de la Chine communiste et de la Birmanie, qui a fait disparaître l'opposante birmane Aung San Suu Kyi, en la privant de liberté depuis 2003.
Les propos de Duceppe n'ont bien évidemment rien de démocratique. La démocratie ne consiste pas à faire disparaître des adversaires, mais à laisser chacun exprimer ses prises de position et aux électeurs de choisir librement. Les propos de Duceppe ont donc quelque chose d'inquiétant et il ne faut pas en minimiser le sens, sous prétexte d'un écart de langage. Psychologiquement, ils sont révélateurs d'une pensée profonde qui s'est échappée dams un contexte d'enthousiasme surchauffé. Mais c'est bien ce qu'il pense au fond de lui-même et de telles visées dictatoriales ont quelque chose d'inquiétant. C'est avec de tels slogans que de tristes personnages ont soulevé des foules et pris le pouvoir, et l'on sait ce que cela a donné.
Jean Lapierre demande à Duceppe de s'excuser. On ne demande pas des excuses à la suite de tels propos. On les combat vigoureusement avec les armes et au nom de la démocratie et tous les partis politiques, sans exception, devrait s'y employer.
Par ailleurs, avec une telle tactique et des propos si virulents Duceppe montre aussi qu'il veut favoriser l'apparition d'un gouvernement conservateur, dont les positions rétrogrades susciteraient un rejet marqué au Québec et favoriseraient l'indépendance, le mot qu'il faut utiliser au lieu de l'euphémisme souveraineté, plus émotionnel et qui camoufle mieux les effets négatifs de cette manoeuvre. Que de tels propos tiennent lieu de programme électoral montre bien le vide de la position de Duceppe, qui ne vise qu'à faire disparaître, sans rien avoir à proposer, puisque de toute façon sa présence à Ottawa est creuse. Comme le faisait remarquer un commentateur avisé, les députés du Bloc ressemblent à «une bande d'opportunistes qui ont trouvé une bonne job qui assure leur emploi et leur pension de retraite». La séparation du Canada serait pour eux une mise au chômage et une perte possible de leur retraite. C'est donc plutôt d'un Bloc inutile et aux visées inquiétantes que le Québec devrait se débarrasser.

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