Médias: Choisir ses lunettes

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Paul Cauchon
Édition du lundi 05 décembre 2005

Mots clés : fpjq

Les journalistes vont-ils finir par retrouver le sourire? Alors que le congrès annuel de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) est l'occasion traditionnelle de s'autoflageller et de fustiger tous les travers de la profession, celui qui vient de se terminer hier à Québec se voulait plus optimiste.

Par exemple, les journalistes sont-ils allés trop loin cet automne en traquant André Boisclair? Participant à un atelier sur cette question, l'ancien premier ministre Bernard Landry a refusé de les blâmer. Les journalistes ont fait leur travail, a-t-il expliqué, parce que, dans cette histoire, il y avait «possible de violation du droit pénal», et «possible influence sur la conduite des affaires publiques». Les faits ont été exposés, et «le public a tranché» dit-il.

Tout en prônant le respect de la vie privée, Bernard Landry a ajouté, évoquant l'attitude des médias envers André Boisclair, que «vous êtes allés le plus loin que vous pouviez... et André Boisclair le moins loin qu'il a pu».

Les sondages d'opinion à l'occasion de la course à la direction du Parti québécois ont semblé montrer que le public critiquait le travail des médias. Cette différence de perception entre les médias et le public n'a pas encore été complètement approfondie. La nouvelle éditrice de L'actualité, Paule Beaugrand-Champagne, a soutenu que les médias n'avaient pas toujours bien expliqué au public «pourquoi on posait autant de questions à André Boisclair sur sa consommation de cocaïne. Nous avons mal expliqué la nature de notre travail; nous sommes passés pour des gens agressifs qui ne s'occupaient pas de leurs affaires».

Mais Bernard Landry, lui, a voulu faire une fleur à tout le monde en déclarant que, «globalement», malgré quelques dérapages, la presse québécoise est «responsable».

Ce congrès avait également réussi le tour de force de réunir, lors d'une plénière, les directeurs d'information de la plupart des grands médias québécois, tant dans l'écrit que dans l'électronique. À cette occasion, ce n'est pas une fleur que ces patrons de presse ont lancée à la profession, mais un bouquet complet. Le mot d'ordre est venu du directeur de l'information de La Presse, Philippe Cantin, qui a évalué que la presse québécoise vivait un «âge d'or», à cause de sa qualité, de la multiplicité des points de vue, de sa profondeur, et ainsi de suite, des propos qui ont été appuyés par les autres dirigeants. M. Cantin a également évoqué un sondage Crop commandé par son journal (dont on connaît peu les détails), qui indiquerait que 56 % des Québécois font «beaucoup» ou «assez confiance» aux journalistes, un taux qui était de 50 % en 1983, et qui a baissé chez plusieurs autres professions pendant la même période. Ce sondage semble aller à l'encontre de tous les sondages réalisés sur le même sujet depuis les dernières années. Attendons un peu avant de voir s'il s'agit d'une véritable lame de fond...

Pourtant, au fil de la discussion lors de cette grande rencontre, plusieurs maux réels et actuels de la profession journalistique ont été évoqués, que ce soit la paresse, la confusion des genres, le manque de moyens, la manque de rigueur ou encore les conditions de travail difficiles des pigistes.

Mais qu'on se mette des lunettes roses ou des lunettes noires sur le nez pour évaluer les médias, personne ne peut nier que la profession est en transformation et en bouleversement, c'est un cliché de le répéter, à l'ère de la mondialisation de l'information sur Internet et de la désaffection du public plus jeune envers les médias traditionnels.

Un des aspects les plus visibles de cette transformation est la frontière de plus en plus floue qui sépare l'information du divertissement. Ce sujet bien connu a encore été étudié autour de la sempiternelle question de l'émission Infoman, lors d'un atelier où participait un Jean-René Dufort un peu découragé d'être devenu le symbole du débat. Il y a quelques années, Jean-René Dufort s'était vu refuser sa carte de presse par la FPJQ, l'organisme ne le reconnaissant pas comme journaliste. Cette situation pourrait peut-être débloquer si l'on se fie aux propos du journaliste Pierre Sormany, qui a déclaré que, «dans la mesure où Jean-René Dufort accepterait de défendre la rigueur de son travail devant le Conseil de presse, on pourrait en principe lui donner une carte de presse».

Mais la question de la carte de presse à donner à Infoman est anecdotique. Le vrai sujet consiste à savoir où le public va trouver son information, et sous quelles formes on peut maintenant choisir de lui livrer l'information. Personne n'a évoqué l'émission Fric show avec Marc Labrèche, puisqu'elle sera en ondes seulement en janvier, mais ceux qui ont pu la voir (j'en suis) peuvent affirmer qu'on y transmet des informations rigoureuses et fouillées sous une forme provocante et farfelue.

Guy A. Lepage (qui n'était pas présent au congrès, mais qui avait accordé pour l'occasion une entrevue sur film) a fait valoir que son Tout le monde en parle était essentiellement un talk-show, «qui peut se retrouver à traiter d'affaires publiques». L'émission représente un «complément d'information» aux médias officiels, et elle permet, par exemple, de faire découvrir une facette plus privée des acteurs de l'actualité. Est-ce blâmable? Avant de s'en indigner par principe, il faut se rappeler que, il y a 40 ans, Les Couche-tard faisaient la même chose en invitant les politiciens à se détendre.


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Comparaison boiteuse - par Roland Berger (rolandberger@rogers.com)
Le lundi 05 décembre 2005 11:00

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