Changements climatiques - La Conférence de Montréal entre dans sa phase politique

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Louis-Gilles Francoeur
Édition du lundi 05 décembre 2005

Mots clés : ges

Une tonne de gaz à effet de serre, voilà le volume que cela occupe dans une sphère où ce gaz serait pur à 100 %. C'est ce que le Défi d'une tonne demande à chaque citoyen de cesser d'émettre en revoyant ses modes de transports, de chauffage et autres activités. Un aller-retour en Europe par avion dégage cette quantité, ce qui explique qu'on a commencé à planter 7000 arbres pour annuler les émissions des délégués à la conférence de Montréal. La sphère est suspendue au complexe Guy-Favreau.

Photo: Jacques Nadeau

Alors que la Conférence internationale de Montréal sur le climat entre ce matin dans sa phase politique avec l'arrivée progressive de près de 120 ministres de l'Environnement, les deux enjeux majeurs de la période post-2012 se dessinent avec une netteté sans précédent: sera-t-il possible de rapprocher minimalement les États-Unis de la communauté de Kyoto et quelles formes prendra la participation des pays en voie de développement.

Jusqu'ici, c'est surtout la possibilité de voir les États-Unis s'engager d'une façon différente qui a retenu l'attention des délégations. L'Europe et le Canada favorisent une formule qui permettrait aux Américains de participer à l'effort international, non pas sous le chapeau du protocole de Kyoto, auquel ils ne sont pas liés, mais sous le chapeau de la convention de Rio sur les changements climatiques, qu'ils ont ratifiée.

Les écologistes reconnaissent, sans y croire, que ce serait un pas important si les États-Unis pouvaient se rapprocher quelque peu de la communauté de Kyoto. Mais la plupart des groupes, expliquait hier au Devoir Steve Sawyer, le chef de la délégation de Greenpeace International, pensent qu'ouvrir un forum de négociation en dehors du protocole pourrait inciter des pays membres de la communauté de Kyoto à s'y réfugier dans un jeu d'engagements volontaires, sans portée juridique.

Si, ajoutait-il, des pays comme la Chine, l'Inde ou le Brésil, pour ne nommer que trois importants pays émetteurs de gaz à effet de serre (GES), devaient emprunter cette voie au lieu de rester sous l'empire du protocole, ce serait un désastre pour le protocole et pour la planète. C'est pourquoi les écologistes veulent que les pays nommés dans l'Annexe I du protocole amorcent cette année les discussions sur leurs réductions d'émissions après 2012. Quant aux pays en voie de développement ou «émergents», ils vont devoir amorcer les discussions sur leur contribution post-2012 en 2006. Pour l'instant, chaque groupe veut connaître les efforts que l'autre est prêt à consentir avant d'ouvrir son jeu.

C'est ce délicat débat que doivent amorcer cette semaine les ministres de l'Environnement qui vont succéder aux micros de la conférence aux hauts fonctionnaires et dans les suites où les échanges, les alliances et les textes finaux vont s'élaborer.

La position des pays émergents

Mais, déjà, les pays en développement annoncent leurs couleurs, comme en fait foi une étude rendue publique hier par trois quatre pays émergents, la Chine, l'Inde, le Brésil et l'Afrique du Sud. Dans l'avant-propos de cette étude, l'ancien président brésilien, Fernando Henrique Cardoso, du World Resources Institute, écrit que la plus grande part de responsabilité dans la prévention des changements climatiques demeurera la responsabilité première des pays développés. Mais, convient-il, «si nous voulons éviter une catastrophe climatique globale, les pays en développement devront trouver des modalités de progrès économiques qui éviteront les émissions inutiles».

Le mot est lancé: le développement doit se poursuivre, mais avec un minimum d'émissions, ce qui est exactement la logique préconisée par les États-Unis, à savoir réduire ce qu'on appelle «l'intensité» des émissions ou, si l'on veut, optimiser l'apport au PIB de chaque kilo de CO2 rejeté à l'atmosphère. Ce qui laisse la possibilité de hausser les émissions en chiffres absolus.

Ces quatre pays refusent de se doter d'objectifs de réduction de leurs émissions, ce qu'ils demandent aux pays développés de continuer à faire dans la période post-2012 sous l'empire de Kyoto. Le Brésil illustre sa façon de contribuer à l'effort de réduction en plaidant pour un recours accru à l'éthanol, une stratégie qui lui a fait épargner 100 milliards en importations de pétrole et qui a réduit ses émissions de GES d'environ 10 %. Vingt autres pays en développement, note l'étude, pourraient poursuivre leur développement, mais avec une croissance réduite d'émissions.

De son côté, la Chine est aux prises avec un secteur des transports en croissance exponentielle. Ses politiques d'efficacité énergétique dans ce secteur n'arrivent pas à comprimer suffisamment ses émissions. Elle plaide donc pour une vague «concertation internationale» afin de l'aider dans ce domaine où elle ne semble pas vouloir utiliser les freins. L'Inde veut de son côté s'électrifier d'un bout à l'autre, ce qu'elle ne peut faire, dit-elle, sans l'aide de la communauté internationale pour éviter le recours au diesel polluant grâce à d'importants transferts de technologies et à une aide financière importante. Même chose pour l'Afrique du Sud qui se dit prête à s'engager dans des projets de captage de ses émissions grâce à des fonds venant d'ailleurs, mais qu'elle ne voit pas à l'horizon. Ni l'Inde ni l'Afrique du Sud ne sont visiblement prêtes à assumer la facture de cette transition pour réduire leurs émissions nationales.


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