Conférence de Montréal sur les changements climatiques - Les États-Unis sont invités à rejoindre Kyoto
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Photo: Jacques Nadeau
Jennifer Morgan se fait encore plus mordante: «Les États-Unis, dit-elle, sont irresponsables, pour dire le moins. Et la position de l'administration Bush n'est pas représentative de la pensée des Américains dans ce dossier.»
Elle rappelle les prises de position de patrons de grandes entreprises américaines, voire de multinationales, qui plaident pour un engagement officiel des États-Unis dans une politique de réductions ciblées. Par ailleurs, plus d'une centaine de grandes villes américaines et une trentaine d'États ont commencé à se donner des objectifs de réduction et des échéanciers de réalisation pour compenser le «laxisme» de l'administration fédérale, y compris en structurant un marché de crédits d'émissions de GES similaire à celui mis sur pied par l'Europe. Sans parler, bien entendu, des groupes américains qui piaffent d'impatience, et jusqu'au mouvement évangéliste qui est en rupture de ban avec l'administration Bush sur cette question puisqu'il définit comme une valeur morale la protection de l'oeuvre du Créateur.
Le ministre canadien de l'Environnement, Stéphane Dion, qui a été élu hier président de la 11e Conférence des Parties (CDP-11), abonde dans ce sens, mais il le précise en langage plus diplomatique.
«Je ne parle jamais de "l'après-Kyoto", dit-il, parce que débattre de la période 2012-2020, c'est prévu dans le présent protocole. On doit parler d'une deuxième phase de Kyoto ou d'un Kyoto-2», fermant implicitement la porte à l'ouverture d'un débat sur un autre traité, qui succéderait au protocole. Les Américains ne veulent pas se lier juridiquement à des objectifs de réduction dans un traité multilatéral ayant force de loi en droit international, avec des sanctions pour les pays qui n'atteignent pas leurs objectifs. La seule chose qu'ils accepteraient, du moins à l'ouverture de cette conférence, c'est un plan qui respecterait leurs deux priorités: s'en remettre à des mesures strictement volontaires et aux merveilles de la technologie pour régler les problèmes du climat. Ils espèrent que de grands pays comme la Chine, l'Inde et le Brésil les imiteront au lieu de s'engager dans un processus légal de réductions avec le reste de la communauté internationale.
À un journaliste qui tentait de lui faire dire que Kyoto n'allait nulle part sans les États-Unis, le président de la conférence a répondu qu'il venait de terminer une tournée de 30 pays pour prendre le pouls de la communauté internationale. Et, ajoute Stéphane Dion, «je n'ai pas vu un seul pays qui ne veuille pas atteindre les objectifs de Kyoto». On comprend, dit-il, que «d'autres ne veuillent pas suivre» cette feuille de route qui mise sur la solidarité internationale, et il ajoute même qu'il «faut respecter le point de vue de ceux qui ne veulent pas de mesures contraignantes». Il avait plus tôt affirmé dans son discours d'inauguration de la conférence qu'il allait demeurer à l'écoute des positions de chacun afin d'en ressortir avec des consensus solides.
«L'humanité entière, devait-il alors déclarer, est de plus en plus consciente que les changements climatiques constituent le pire risque écologique auquel elle fait face maintenant et tout au cours de ce siècle. Les populations qui nous ont délégués attendent de nous une avancée réelle, ici à Montréal. Nous avons une obligation de résultats».
Si le ministre a vanté les efforts des Américains, pour réduire leurs émissions de GES, il ne déclare pas forfait quant à la possibilité de les faire bouger: «la conférence fait juste commencer», dit-il stoïque. Mais personne ne peut ignorer les États-Unis, car, rappelle-t-il, ils sont responsables du quart de toutes les émissions d'origine humaine chaque année. Et leur contribution à la connaissance scientifique dans le dossier du climat est, à son avis, déterminante pour la communauté internationale.
De son côté, dans son discours de bienvenue aux quelque 2500 délégués présents dans la grande salle du Palais des congrès, le premier ministre Jean Charest a souligné que c'est dans le protocole de Montréal sur la protection de la couche d'ozone que la communauté internationale avait eu la «sagesse» d'établir une importante distinction entre les obligations faites aux pays en voie de développement et aux pays développés. Les pays développés, qui ont contribué davantage à la destruction de la fine couche qui protège la planète des rayons solaires, se sont imposés, en conséquence de leur responsabilité historique, des objectifs plus importants et des échéanciers plus serrés que les pays en voie de développement, afin de leur laisser la chance de consolider leur économie. Le protocole de Kyoto reprend la même logique.
Le premier ministre Charest soulignait ainsi un enjeu majeur de la conférence de Montréal parce qu'il est question d'y élaborer un calendrier de négociation pour la période 2012-2020. En signant le protocole en 1997, les pays dits de l'Annexe 1 sont les seuls qui se sont juridiquement astreints à des objectifs de réduction entre 2008 et 2012. Les pays en voie de développement et les pays émergents comme l'Inde, la Chine et le Brésil n'ont donc pour l'instant aucune obligation même s'ils font partie des 146 pays qui ont ratifié le protocole.
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La conférence, hier:
- 180 pays inscrits
- 2500 délégués
- 4500 membres d'ONG
- 700 médias
- 120 ministres annoncés
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Cowboys - par jilbert abelian (jilbert@gmail.com)
Le mercredi 30 novembre 2005 12:00

