Parti conservateur du Canada - La course à obstacles de Harper
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Les défis à relever durant la campagne électorale chez les conservateurs ne manquent pas s'ils veulent pouvoir former le prochain gouvernement. En fait, il semble n'y avoir que des obstacles sur le chemin de la droite canadienne. Au menu: contrer la campagne de peur des libéraux, adoucir l'image de Harper, conquérir l'Ontario, faire connaître le nouveau programme plus modéré du parti, percer au Québec, proposer des politiques innovatrices... Le tout au milieu d'une campagne longue et sale qui scellera le destin politique de Stephen Harper.
Selon Ralph Klein, qui règne en maître depuis des années sur la conservatrice Alberta, Stephen Harper est perçu comme étant «trop à droite» en Ontario, ce qui va lui nuire. Il ajoutait toutefois que cette perspective de retrouver à la tête du pays un autre gouvernement libéral «était une vraie honte».
La sortie de Klein a fortement déplu dans les rangs conservateurs, d'autant que ce dernier avait promis d'aider Stephen Harper durant la campagne. «Il voulait être utile? Ce n'est pas très utile», a lancé, lapidaire, le chef adjoint du Parti conservateur, Peter MacKay. Le lendemain, Ralph Klein s'excusait et réitérait son appui à M. Harper.
Tous les éléments à éviter durant la campagne des conservateurs tiennent dans cet incident: d'abord être dépeint comme étant trop à droite, ensuite faire peur aux électeurs ontariens qui détiennent la clé du prochain Parlement et, finalement, occulter les transformations importantes qui ont eu lieu au sein du PC depuis l'élection de 2004.
Si l'on ajoute à cela la mention par Ralph Klein de la «perception» de Harper en Ontario, donc de l'image du chef, l'on obtient le cocktail parfait que le Parti conservateur veut éviter de mélanger. Stephen Harper sait trop bien qu'il devra proposer autre chose aux Canadiens et contrer les attaques libérales qui viseront justement à lui faire boire de nouveau son calice de 2004 jusqu'à la lie.
Course à obstacles
Le principal défi des conservateurs sera de changer la perception négative que beaucoup d'électeurs entretiennent à propos du PC. Pour ce faire, ils devront lancer le débat du côté des idées et des politiques pour éviter que leur formation soit dépeinte par les libéraux comme un parti d'extrême droite. Tous les autres obstacles ne sont que des satellites en orbite autour de ce défi immense.
«Le Parti conservateur n'a pas beaucoup bougé dans l'opinion publique et, si rien ne change, ça va faire mal en Ontario et en Atlantique, estime Réjean Pelletier, politologue à l'Université Laval. On associe encore Harper à l'Alliance canadienne et à une droite très campée, même si le parti a réellement changé. Le programme est beaucoup plus modéré depuis le congrès tenu à Montréal en mars. Mais ce fait ne ressort pas beaucoup, surtout en Ontario, là où ça compte.»
Les sujets controversés que sont l'avortement et le bilinguisme, qui avaient pris le devant de la scène en 2004 à la suite des gaffes de certains députés, ont été vidés au congrès. Le parti est sans ambiguïté en faveur du bilinguisme et ne touchera pas à l'avortement s'il est élu. Même scénario dans le domaine de la santé, alors que le PC a pris position en faveur d'un système public et universel.
«Le défi, c'est de devenir une alternative crédible aux libéraux, explique Claude Denis, politologue à l'Université d'Ottawa. Ils doivent présenter Harper comme un homme qui n'est pas dangereux, ce qu'ils n'ont pas réussi la dernière fois. Depuis quelques mois, ils ont beaucoup parlé des libéraux et de la corruption, mais pas beaucoup de leurs idées, même si leurs nouvelles positions pourraient les aider. Les conservateurs doivent donc faire une campagne de contenu, avec de bonnes politiques. Mais ça va être dur d'aller en profondeur parce que les campagnes, maintenant, sont surtout centrées sur l'image, le contenant.»
L'image de Harper
Et en ce qui a trait à la perception, celle de Harper n'est pas à son zénith. «Il est perçu comme étant froid, très à droite. Il a une image à déconstruire, ce qui est beaucoup plus difficile à réaliser que seulement en bâtir une. Mais il lui reste un avantage, c'est que beaucoup de gens continuent d'affirmer qu'ils ne connaissent pas Harper», souligne Claude Denis.
Charisme ou pas, le chef conservateur et ses troupes devront trouver le moyen de contrer la campagne de peur que les libéraux vont lancer. Une tactique qui a bien fonctionné en 2004, particulièrement en Ontario, et que les libéraux ont déjà recommencé à mettre en avant depuis deux semaines. D'ailleurs, au sein du Parti libéral, on planifie une campagne négative remplie d'annonces publicitaires qui seront déversées surtout dans les deux dernières semaines, en janvier.
«Les libéraux vont certainement mettre en place cette campagne de peur, c'est la seule façon de faire de la politique qu'ils connaissent, soutient le député conservateur de la Colombie-Britannique, John Reynolds, qui est coprésident de la campagne du PC. Mais la différence, c'est que notre parti est uni maintenant. Nous sommes prêts à réagir à ce type de campagne et à tout ce qu'ils peuvent nous lancer de négatif.»
Même si le scandale des commandites sera un thème majeur de la campagne du PC, la formation politique va également parler d'autre chose, afin de prouver qu'elle peut prendre le pouvoir. «On va mettre l'accent sur du positif, sur nos politiques et montrer notre vision du pays», soutient le député de Calgary, Jason Kenney. Il cite en exemple le plan conservateur sur la responsabilité fédérale dévoilé quelques jours après le dépôt du rapport Gomery et qui propose une série de mesures étoffées pour «nettoyer» Ottawa des pratiques douteuses.
L'Ontario et le Québec
Est-ce que ce sera suffisant pour séduire l'Ontario, le grand champ de bataille de la campagne avec ses 106 sièges? «Je pense que oui, soutient Jason Kenney. Pour avoir 20 ou 30 sièges de plus en Ontario [ils en ont 24 actuellement], on n'a pas besoin d'un grand changement dans l'opinion publique. Ça va être serré, mais les Ontariens sont capables de changer brusquement quand ils veulent se débarrasser d'un gouvernement.» Pour espérer prendre le pouvoir, le PC doit absolument arracher 15 à 25 sièges au PLC en Ontario. Les banlieues riches de Toronto, le code régional 905, sont particulièrement visées.
Au Québec, la situation de la droite n'est pas rose. Le Parti espère d'ailleurs aller chercher une ou deux circonscriptions, soit Louis-Saint-Laurent grâce à Josée Verner et Pontiac avec Lawrence Cannon. En dehors de ces deux possibilités, le parti ne se fait pas d'illusions. Le parti, qui fera une campagne spécifique au Québec avec une équipe distincte, misera sur son «fédéralisme d'ouverture» qui accorde plus de place aux provinces dans la fédération pour séduire les électeurs exaspérés par la tendance centralisatrice d'Ottawa. Les conservateurs se poseront en troisième voie, entre «la séparation du Bloc» et «la corruption des libéraux».
Une tâche difficile, donc, pour Stephen Harper, au Québec comme ailleurs au pays. Si les sondages indiquent effectivement une possibilité réelle qu'il forme un gouvernement minoritaire, il devra toutefois franchir une série d'obstacles qui le forceront à mener une campagne sans faille. Une élection que le chef conservateur amorce en sachant fort bien qu'il a deux avenues claires devant lui: s'installer au 24 Sussex ou tirer un trait sur sa carrière politique fédérale. «C'est probablement mon dernier point de presse en tant que chef de l'opposition à Ottawa», a-t-il d'ailleurs déclaré mercredi, à la sortie du dernier caucus de son parti avant le déclenchement électoral.
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