La Caisse de dépôt lorgne l'international

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Gérard Bérubé
Édition du mardi 29 novembre 2005

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L'annonce est sans grand éclat. La Caisse de dépôt et placement du Québec ouvrira un bureau à New York en janvier prochain. Une petite équipe, de cinq ou six spécialistes, dirigée par Jacques Martin, composera l'antenne new-yorkaise de la Caisse. Une filiale à 100 %, qui aura pour premier mandat de gérer le portefeuille d'actions internationales de l'institution québécoise. Une annonce sans grand éclat, donc, mais qui vient donner la pleine mesure de cette réalité qui frappe les grands gestionnaires de fonds. Dans cet environnement où la concurrence est féroce, où l'on s'arrache les talents, la Caisse de dépôt entend jouer la carte de sa spécificité.

Henri-Paul Rousseau parle d'abondance d'épargne. D'une épargne excédentaire à l'échelle planétaire. D'un surplus qui place tous les gestionnaires en concurrence l'un contre l'autre tant dans la recherche des occasions d'investissement que dans la quête de spécialistes et de talents. «Il y a dix ans, on parcourait la planète pour offrir nos services de gestion. Aujourd'hui, avec le recyclage du déficit américain, avec les 800 milliards [de réserve] dont disposent la Chine, les 825 milliards du Japon, les 200 milliards et plus de l'Inde.... Avec tous ces pétrodollars qu'il faut également recycler, avec le vieillissement de la population, qui induit des comportements d'épargne, et compte tenu de cette politique monétaire très accommodante au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, la dynamique est tout autre. Il y a abondance de liquidités, surplus d'épargne», a énuméré le président de la Caisse de dépôt.

Ce déséquilibre impose un diktat implacable à cette masse de liquidités recherchant des projets dans lesquels investir et des rendements supérieurs à ceux, plutôt faibles présentement, offerts par le marché obligataire. L'on doit donc s'en remettre à ce que l'on appelle les participations privées et à des substituts aux obligations capables d'absorber ce flot d'argent et proposant un potentiel de rendement supérieur. «Nous pensons, ici, aux infrastructures. Toutes les caisses, tous les grands gestionnaires vont de ce côté. Nous pensons à des systèmes de distribution d'énergie, de l'eau. Nous pensons à des autoroutes, à des aéroports, à des gazoducs. À toutes ces possibilités offertes par les infrastructures vieillissantes des pays industrialisés et à ces besoins qui émanent de l'Asie ou des pays émergents.»

«Nous pensons à tout ce qui apporte un revenu courant», a-t-il ajouté. «Ces investissements font miroiter des rendements supérieurs à ceux des obligations, indexés au coût de la vie. On peut parler de 500 ou de 800 points de base de plus. Si tu te protèges contre les taux de change, cela peut devenir intéressant. D'autant plus intéressant que ces types de projet apportent une corrélation plus étroite avec le passif des caisses.» Le segment Infrastructures représente à l'heure actuel 2 % de l'actif de la Caisse. «Ça pourrait doubler, tripler dans cinq ans. Atteindre au moins 5 % dans trois ans», croit Henri-Paul Rousseau

Mais dans cette quête de projets à investir, dans cette recherche d'occasions pouvant également accueillir le réinvestissement de placements venus à échéance, encore faut-il se reposer sur l'expérience de l'équipe interne. Sur la présence de spécialistes capables d'agir rapidement. «Il y a l'impartition. Nous pouvons nous en remettre à la gestion externe. Mais cela coûte cher. Probablement six, sept ou huit fois plus que si tu fais cette gestion à l'interne.»

Une antenne new-yorkaise

D'où l'idée d'ouvrir un bureau à New York. Cette antenne sera présidée par Jacques Martin, qui est à la Caisse depuis deux ans et qui avait été recruté chez Goldman Sachs. Elle aura pour mandat initial de gérer le portefeuille d'actions internationales. «Cela s'inscrit dans la logique des choses. Nous parlons d'une filiale à 100 %, qui travaillera de concert avec l'équipe à Montréal. L'administration et l'exécution des transactions se fera également de Montréal», a expliqué Henri-Paul Rousseau. Par ce bureau, la Caisse aura une antenne sur ce vaste réservoirs de talents, le plus vaste sur la scène financière. Et elle entend jouer la carte de sa spécificité dans ce jeu de recrutements, devenu de plus en plus international.

«Nous avons la possibilité de procéder à une offre différenciée. Nous pouvons permettre à ceux qui veulent exercer le métier de mettre à contribution tout leur potentiel. De se soustraire de cet impératif du court terme, du trois mois, qui exerce une énorme pression sur le talent. Nous offrons des capitaux patients, venant de déposants dédiés. Chez nous la vraie reddition de comptes, c'est une fois l'an, avec un cadre de planification tous les trois ans», a fait ressortir M. Rousseau.

Et la Caisse est un incontournable sur la scène financière internationale. «Rares sont les projets d'investissement -- en infrastructures, en immobilier ou encore en fusion et acquisitions -- pour lesquels la Caisse n'est pas sollicitée.» Avec ses entrées de fonds venant du rendement sur un actif net de quelque 102 milliard, du vieillissement des échéances et des déposants, la Caisse de dépôt dispose annuellement d'au moins «15 milliards, et plus, de nouvel argent que nous devons redéployer».


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