Les promesses de Théberge n'ont pas calmé la tempête
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Photo: Annik MH De Carufel
Malgré l'ouverture au dialogue manifestée vendredi par la ministre Théberge, la participation du secteur privé, la question de la gouvernance et celle de la place des parents dans les conseils d'administration des CPE sont toujours au centre du litige. Plusieurs des personnes réunies hier soutiennent d'ailleurs que la loi 124 ouvrirait la porte à la commercialisation des services de garde.
De son côté, la ministre de la Famille s'est encore une fois portée à la défense du projet de loi 124. «On a un excellent projet de loi qui va donner plus d'accessibilité aux parents, garantir un service éducatif aux enfants [...], et en même temps assurer un soutien de proximité en milieu familial», a-t-elle réitéré au cours de l'entretien téléphonique accordé à NTR hier. Sur les ondes de LCN, elle a ajouté que les suggestions des groupes entendus en commission parlementaire jusqu'à vendredi dernier avaient été intégrées au texte.
Elle s'est aussi dite ouverte aux propositions qui lui seront soumises, mais elle ne jette pas l'éponge pour autant. «Je suis fière du projet et je veux que les gens comprennent bien les objectifs», a-t-elle rappelé. Fortement critiquée depuis quelques jours, Carole Théberge ajoute qu'elle rencontrera les porte-parole des CPE aujourd'hui, afin d'éclaircir «des éléments qui semblent ambigus». La ministre dit qu'elle discutera avec l'AQCPE pour «peaufiner tout cela, [...] pour que tout le monde comprenne bien le bien-fondé de la loi». Pour l'instant, donc, pas question pour le gouvernement de recourir au bâillon pour faire adopter le projet de loi 124 avant la période des Fêtes. À Québec, l'opposition veut que l'adoption soit repoussée au printemps.
Après avoir tenu tête aux opposants au projet de loi 124, la ministre de la Famille s'est ravisée vendredi dernier en proposant des amendements en vue de préciser la portée des articles les plus controversés du projet de loi. Comme prévu, deux articles sont particulièrement visés, les articles 9 et 38, qui seront reformulés, de manière à éviter toute menace de prise en charge du réseau de garderies par des entreprises privées. Les opposants au projet de loi craignaient les conséquences de l'article 9, qui stipulait qu'un bureau coordonnateur pourrait offrir des services de garde «dans une ou plusieurs installations». L'article 38 disait qu'un bureau coordonnateur de la garde en milieu familial pouvait être confié à une «personne morale, une société ou une association».
Des craintes toujours vives
La présidente de l'AQCPE, Hélène Potvin, redoute particulièrement la création de 130 bureaux coordonnateurs qui prendraient la relève des 884 CPE qui gèrent actuellement les services de garde en milieu familial. Elle rappelle que ces bureaux risquent de briser le lien qui se crée entre le «milieu familial» et «la garde en installations». «On s'attend à un retrait de la garde en milieu familial dans la majorité des CPE», craint-elle.
Porte-parole de l'Association des enseignantes et enseignants en technique d'éducation à l'enfance, Johanne Fournier souligne que le projet de loi 124, s'il est adopté, entraînera aussi une réduction substantielle du nombre de conseillères pédagogiques, en plus de faire peser des menaces de fermeture sur plusieurs CPE en région. Elle croit également que «la création de postes d'aides éducatrices est risquée, parce qu'elles n'auront pas les qualifications requises» pour assumer le rôle pédagogique intimement lié à leur emploi.
L'enjeu pédagogique est d'ailleurs central pour Mme Potvin. «Il faut faire un débat sur le genre de structure d'accueil que l'on veut. Après tout, un enfant d'âge préscolaire va passer neuf heures par jour, cinq jours par semaine, 48 semaines par année et pendant quatre ans dans les services de garde. Si vous faites le calcul, il va y passer plus de temps qu'à l'école primaire», explique-t-elle.
La présidente de l'AQCPE appréhende aussi les effets des compressions budgétaires annoncées, de l'ordre de 50 millions de dollars, selon elle. Elle ajoute que son regroupement est en mesure de proposer d'autres solutions que de «supprimer quelque 500 postes» dans les CPE. «C'est une question de qualité du milieu de vie que l'on veut offrir aux enfants. [Leur passage dans les CPE], c'est le moment où ils développent le plus leur cerveau. Voilà pourquoi il faut s'assurer que les milieux soient de très haute qualité et qu'on donne aux CPE tous les outils nécessaires.» Elle rappelle qu'en commission parlementaire de nombreux experts ont souligné l'importance de ce modèle de services de garde unique.
Pour Hélène Potvin, le grand rassemblement de solidarité tenu hier n'est toutefois pas une fronde dirigée vers le gouvernement Charest, mais plutôt «une main tendue» à la ministre de la Famille.
La présidente de la Fédération des femmes du Québec, Michèle Asselin, croit elle aussi que le message lancé par le rassemblement invite au dialogue. «Le gouvernement doit absolument s'asseoir avec les responsables des CPE», souligne-t-elle. «Oui, le réseau des CPE a besoin d'améliorations, mais celles-ci peuvent se faire sans le projet de loi 124. Il faut notamment en arriver à une meilleure gestion des listes d'attente, mais aussi prendre davantage en considération le travail atypique», affirme Mme Asselin.
Tranchant avec le ton ferme des divers discours, l'atmosphère était festive au stade Uniprix, alors que plusieurs artistes sont venus rythmer le rassemblement, dont Paul Piché, Mara Tremblay et Thomas Jensen et les Faux-Monnayeurs. Une quinzaine de députés du Parti québécois sont aussi venus donner leur appui, dont Louise Harel et Richard Legendre. Ce dernier n'a pas manqué de souligner la maladresse du gouvernement Charest, qui multiplie selon lui les mesures impopulaires depuis plusieurs mois.
Avec la Presse canadienne
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