La planète a les yeux tournés vers Montréal
Mots clés :
Le Palais des congrès accueille ce matin deux conférences internationales sur les changements climatiques
La planète tourne les yeux et les oreilles ce matin vers Montréal où démarrent deux conférences internationales sur les changements climatiques, deux conférences qui vont décider en grande partie du climat des prochaines décennies, voire des prochains siècles avec la multitude d'impacts environnementaux qui accompagnera ces changements.Ces deux réunions, tenues sous l'égide des Nations unies, vont coïncider avec une multitude d'autres événements internationaux, dont une rencontre des maires des grandes villes de la planète et un forum des leaders politiques, pour n'en nommer que deux. Environnement Canada attend dans la métropole au cours de la prochaine quinzaine entre 7000 et 10 000 délégués de pays, représentants d'ONG ou participants aux divers forums, rencontres et colloques qui vont émailler la prochaine quinzaine. Depuis Expo 67, la métropole n'aurait jamais connu autant d'affluence.
Québec et Ottawa
C'est le ministre canadien de l'Environnement, Stéphane Dion, qui sera élu président de la conférence après la passation des pouvoirs de la CDP-10, tenue en décembre dernier à Buenos Aires et alors présidée par le ministre de l'Environnement d'Argentine, Ginés Gonzáles García. Une cérémonie des premières nations canadiennes inaugurera la 11e conférence, suivie des allocutions d'usage, dont celle du premier ministre du Québec, Jean Charest, qui avait signé au nom du Canada le texte de la convention de Rio en 1992.
M. Charest se présentera devant la communauté internationale avec l'excellent bilan du Québec, héritage des gouvernements précédents et de leurs investissements dans l'hydroélectricité. Mais au moment de mettre sous presse hier soir, le Québec n'avait pas encore paraphé les articles 7 et 8 de l'entente Canada-Québec sur l'application du protocole de Kyoto, qui ont été rouverts en fin de semaine par les représentants d'Ottawa. Mais, contrairement à ce qu'il avait promis depuis des mois, le gouvernement Charest se présentera ce matin devant la planète sans le moindre plan de réduction de ses gaz à effet de serre, résultat de deux ans de retard à prendre ce dossier au sérieux, accusent les écologistes.
Le Canada, le pays hôte, n'est pas dans une meilleure posture. Pour l'instant, il est un des membres de la communauté de Kyoto parmi les moins performants, ayant augmenté de 24 % ses émissions de gaz à effet de serre par rapport au niveau de 1990. Si ses émissions étaient gelées demain matin au niveau actuel, il lui faudrait quand même réduire de 30 % ses émissions minimalement pour les ramener à 6 % sous la barre de 1990, conformément aux engagements de Kyoto. Pour y arriver, le Canada doit réduire de 270 millions de tonnes ou mégatonnes (Mt) ses émissions de GES par rapport au niveau prévu de 2010 alors qu'elles devraient alors atteindre sans intervention étatique les 830 Mt. Avec un niveau de 23,6 tonnes par habitant, le Canada n'est dépassé sous ce rapport que par les États-Unis (25,4 t/ha) et l'Australie (26,1 t/ha). En comparaison, le bilan québécois se situe à 12 t/ha.
Manifestations
Le Canada et le Québec vont être l'objet d'importantes expressions de mécontentement de la part du public, qui est invité à participer à une manifestation de grande envergure samedi prochain 3 avril à Montréal. Des manifestations pro-Kyoto vont d'ailleurs se dérouler dans 28 pays et dans une trentaine d'États américains.
Les États-Unis, qui ont amorcé depuis quelques jours une intense campagne médiatique pour redorer leur image dans ce dossier, vont siéger dans la CDP-11, mais ne participent pas aux pourparlers au sein de la communauté de Kyoto. Ils refusent de s'engager à réduire leurs émissions de GES dans des proportions et dans un échéancier précis, comme celui de Kyoto, ou dans le cadre d'une nouvelle entente, dont on doit baliser le processus à Montréal en vue de définir des objectifs de réduction pour l'ensemble de la planète pour la période 2012-2020. Le protocole actuel ne lie à son annexe B que la quarantaine de pays occidentaux mentionnés, dont les objectifs de réduction doivent être atteints d'ici à 2012. Pour la suite, tous les signataires de Kyoto doivent déterminer une marche à suivre, une série de rencontres et une date-limite aux pourparlers, ce qui constitue l'enjeu central des pourparlers à Montréal.
Les pays qui ont ratifié le protocole peuvent miser sur plusieurs options pour atteindre leurs objectifs. Ils peuvent réduire leurs émissions, la priorité selon les écologistes. Mais les pays de la communauté Kyoto peuvent aussi compenser pour leurs émissions en augmentant la capacité de leurs «puits» de carbone ou leur capacité de capter dans des mécanismes naturels ou au moyen de technologies nouvelles les gaz qui emprisonnent la chaleur du soleil dans l'atmosphère terrestre. S'ils n'y arrivent pas ainsi, ils peuvent financer des projets de captage des GES dans d'autres pays signataires de Kyoto par deux mécanismes, le «mécanisme de développement propre» ou le «mécanisme de mise en oeuvre conjointe». Enfin, dernière possibilité, ils pourront acheter les crédits qui leur manquent pour atteindre leur objectif de réduction auprès de pays ou d'entreprises qui auront dépassé les objectifs de Kyoto et qui disposeront de crédits excédentaires.
Vos réactions
Aucun commentaire ... soyez le premier !

