Rencontre avec le recteur Roch Denis - Un nouveau rendez-vous pour la science

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Mylène Tremblay
Édition du samedi 26 et du dimanche 27 novembre 2005

Mots clés : uqam

Vers la plus grande université bimodale de la francophonie

Au fil des ans, les départements de sciences de l'UQAM ont installé leurs pénates dans un quadrilatère situé tout près de la Place des Arts. Seul hic, le département des sciences biologiques avait été laissé pour compte dans son vieil immeuble vétuste, rue Saint-Alexandre. Pour faire une place à ce grand oublié, l'université a relancé, en 2001, son ambitieux projet de Complexe des sciences. La seconde mouture, inaugurée ces prochains jours, accueillera non seulement les sciences biologiques, mais également un centre permanent de vulgarisation scientifique à l'intention du Tout-Montréal, des résidences universitaires et un pavillon pour la TELUQ. Précisions.

Il y a deux ans, une portion du quadrilatère formé par les rues Saint-Urbain, Président-Kennedy, Jeanne-Mance et Sherbrooke était encore un stationnement boueux à ciel ouvert. En lieu et place s'élève maintenant un nouveau pavillon de 11 étages, tout en transparence, avec une serre sur le toit et une cour intérieure dans le prolongement du hall d'entrée. «Le déménagement du département de sciences biologiques dans le quadrilatère a été au coeur de la relance de notre projet de Complexe des sciences, explique fièrement Roch Denis, recteur de l'UQAM. Le nouveau pavillon va loger les salles de cours et les laboratoires de recherche du département.»

En 1992, l'institution avait déjà entrepris l'édification de la première phase du fameux complexe avec la construction du pavillon de chimie et de biochimie, celui de Président-Kennedy, et la rénovation du pavillon Sherbrooke. Mais le département des sciences biologiques manquait toujours à l'appel. De sorte que l'UQAM ressemblait davantage à un morcellement de départements de sciences qu'à une véritable université des sciences. Afin de créer une unité scientifique et favoriser les liens interdisciplinaires dans les domaines de l'environnement, de la biochimie et des biotechnologies, il fallait définir une bonne fois pour toutes les arêtes du quadrilatère... et y greffer un coeur.

Les bâtisses de l'ancienne École technique de Montréal, situées au centre du polygone, étaient tout indiquées. Plutôt que de les démolir, on a restauré la vieille forge, la chaufferie et l'aile Kimberly, vestiges patrimoniaux devenus ce qu'on appelle aujourd'hui le Complexe des sciences. «Avec leurs grandes fenêtres, ces bâtiments industriels du XIXe siècle en pierre de style ancien ont une allure magnifique», s'exclame le recteur.

La science

sur la place publique

Ce coeur, qui se veut un centre de promotion, de diffusion et de vulgarisation scientifique ouvert sur la ville et la population, comprend notamment une Agora des sciences, lieu de rencontres informelles entre les étudiants, les chercheurs et le grand public par le biais d'expositions, de tables rondes, de conférences et de démonstrations pratiques permettant aux jeunes de «mettre la main à la pâte»; une médiathèque des sciences, regroupant un ensemble d'outils multimédias sur les sciences et les technologies; un amphithéâtre et une salle polyvalente; et enfin, la bibliothèque des sciences.

«En créant le Complexe des sciences, c'est comme si on ouvrait sur la ville une salle de montre pour les travaux de la science. On veut favoriser une meilleure accessibilité à ses réalisations, à ses résultats et à sa contribution à la société», explique Roch Denis. Il évoque du même souffle le problème de relève scientifique au Québec et dans toutes les sociétés occidentales. «Il y a un déficit d'attraction pour les carrières scientifiques dans les nouvelles générations. En érigeant le quadrilatère des sciences au coeur de la ville, avec en son sein le Coeur des sciences, on contribue à défaire les cloisons entre les scientifiques et la population, à intéresser les jeunes aux apports de la science à la société.» Les élèves du secondaire et du collégial seront ainsi invités à fréquenter cet univers pour y prendre goût et, pourquoi pas, poursuivre leurs études en ce domaine.

Au moment où les questions des changements climatiques hantent les populations, le lien entre science et société n'a jamais été aussi ténu, ajoute le recteur. L'inauguration du Complexe sera d'ailleurs l'occasion de lancer une série d'activités sous le thème... «Science et société». «On veut faire ressortir les liens essentiels entre le travail des scientifiques, qui s'effectue dans l'ombre de leurs laboratoires, et leur apport au bien-être de la société.»

La TELUQ déménage

Par ailleurs, avec le rattachement de la TELUQ au Complexe des sciences, dans un nouveau pavillon institutionnel de six étages, l'UQAM a en vue un grand plan de développement pour élargir les assises de la formation universitaire à distance. Actuellement logé sur la rue Henri-Julien, le site montréalais de la TELUQ déménagera sous peu dans ses locaux tout neufs, rue Sherbrooke. «On a voulu donner à la TELUQ un accès à des cours sans précédent, affirme M. Denis. Nous allons développer les banques de cours offerts à distance, de même que des programmes opérant sur les deux modes, celui de la formation à distance et celui du campus.»

L'institution entend ainsi favoriser l'interdisciplinarité en stimulant la conception d'objets d'apprentissage -- témoignages de spécialistes, recueils de textes d'experts -- pouvant s'importer d'une discipline à l'autre. «Grâce au travail de médiatisation de la TELUQ, des cours en philosophie comportant des éléments de formation scientifique pourront servir à l'enseignement des sciences», illustre Roch Denis.

L'imbrication TELUQ-UQAM s'avère prometteuse non seulement sur le plan de la transdisciplinarité, mais également en matière de soutien aux universités en région. «Sous le chapiteau de l'innovation, de la science et des technologies, l'élargissement de la programmation aux établissements évoluant en région contribue à une meilleure accessibilité et à une meilleure qualité de formation», indique M. Denis. Par ce rattachement physique, l'UQAM entend se positionner comme la plus grande université bimodale de la Francophonie, avec quelque 60 000 étudiants, toutes catégories confondues.

Un manque criant d'espace

La consolidation du Complexe des sciences Pierre-Dansereau -- qui comprend le pavillon des sciences biologiques, le Coeur des sciences, le pavillon institutionnel, mais aussi de nouvelles résidences universitaires de neuf étages pouvant accueillir plus de 500 étudiants -- vient combler un déficit d'espace sans toutefois le régler de façon définitive. À l'étroit dans ses campus, l'institution du Quartier latin estime son manque à gagner à 40 000 m2. «On a un tel déficit d'espace que, même avec ce que nous construisons, nous sommes loin de corriger notre problème d'espace global, indique Roch Denis. Les nouvelles générations montantes ont une ambition légitime d'accéder à un diplôme universitaire qui est devenu le passeport pour la vie.»

Aussi, l'université multiplie-t-elle les acquisitions, en ville comme en région: le domaine seigneurial de Mascouche, l'édifice La Patrie, l'îlot Voyageur... Quand on lui demande où le développement de l'UQAM va s'arrêter, Roch Denis se fait rassurant: «Au cours des prochaines années, nous regarderons la possibilité de créer des points de jonction sur l'axe est-ouest, sur le boulevard de Maisonneuve, entre le complexe central de l'UQAM et le Complexe des sciences.» Au menu de ce plan de développement: des parcs étudiants, des bornes informatiques et des éléments architecturaux à l'effigie de l'institution. «On est en train de faire une jonction qui améliore de site en site tout le grand quadrilatère du centre-ville de Montréal, dit-il. Montréal veut faire du développement, améliorer son parc immobilier. Dans la mesure où l'université peut y contribuer, on va être au rendez-vous.»

Collaboratrice du Devoir


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