Environnement - Au-delà de la science
Mots clés : uqam, environnement
«Déjà les professeurs rattachaient à leurs analyses les dimensions sociales»
D'entrée de jeu, le directeur du programme Environnement et gestion des ressources naturelles du Centre de recherche pour le développement international (CRDI), Jean Lebel, est clair: en sciences de l'environnement, les problèmes sont extrêmement complexes et «on a d'autre choix que de favoriser une approche multidisciplinaire si on souhaite les résoudre». Selon le spécialiste formé à l'UQAM, la compréhension provenant du milieu scientifique doit favoriser l'élaboration de solutions aux problèmes étudiés.Une approche écosystémique est alors nécessaire. Elle permet, souligne M. Lebel, de faire des liens de causalité entre l'environnement et d'autres champs d'étude. Dorénavant, les détenteurs des connaissances scientifiques se doivent de voir plus loin que les groupes restreints de recherche et d'aller puiser aux sources mêmes des différentes disciplines, aussi bien des sciences exactes que sociales.
Il est nécessaire, note-t-il, de sortir du cadre strictement disciplinaire pour regarder globalement la nature des problèmes et des impacts afin, évidemment, de les résoudre. «Et cela ne veut pas dire de faire n'importe quoi ou de devenir des généralistes», mais plutôt d'obtenir une bonne formation de base pour, par la suite, acquérir de «nouvelles connaissances dans d'autres domaines et solliciter l'expertise de collègues».
Le directeur du programme souligne l'importance d'une collaboration entre des intervenants provenant de divers secteurs de la société. «On ne peut pas faire avancer la recherche s'il n'y a pas un dialogue qui s'établit avec d'autres acteurs que les scientifiques, c'est-à-dire avec les gens dans les communautés ou les acteurs décisionnels.»
Tout est interrelié, rien n'est isolé
Au fil du temps et des expériences, Jean Lebel s'est spécialisé en hygiène du milieu. Il s'intéresse aujourd'hui à une meilleure compréhension de l'environnement afin d'améliorer la santé des humains qui y vivent.
«Il faut comprendre que la santé, c'est beaucoup plus que l'approche biomédicale. La santé, c'est un tout. Il y a de multiples facteurs qui entrent en ligne de compte: la génétique, l'environnement, les structures des soins de santé, les questions sociales», énumère-t-il.
Afin d'illustrer ses propos, il cite par exemple les problèmes que soulève la présence de mercure en Amazonie. Les émanations de ce métal provenant du sol ainsi que sa pénétration dans la chaîne alimentaire causent depuis de nombreuses années des problèmes de santé aux populations locales.
Si l'approche biomédicale, dans ce cas précis, permet de déceler des problèmes neurologiques chez certains individus, l'origine de ceux-ci n'est pas biomédicale. «Le mercure provient de l'érosion des sols, de sa consommation à travers le poisson, et c'est par la suite, lorsque des humains le consomment, que des problèmes neurologiques peuvent apparaître.»
La solution ne peut donc pas être de nature médicale. Elle réside plutôt dans une meilleure compréhension des composantes environnementales, indique Lebel. «C'est seulement une fois qu'on comprend mieux qu'on est en mesure d'agir, ou du moins de prévenir. Dans un cas comme celui-ci, on peut mettre certaines restrictions sur le plan de l'agriculture ou de la colonisation dans certains secteurs "à risque".» Une vision globale pour une action globale.
Selon Jean Lebel, les résultats des recherches doivent passer de la sphère de la connaissance à celle de l'application. Comment? Jean Lebel répond: «Ça, c'est le grand dilemme qu'on a souvent rencontré où le scientifique travaille dans sa tour d'ivoire en se disant "moi je génère l'information et après elle sera utilisée par qui le voudra".» Une vision qu'il n'adopte pas.
Selon lui, le chercheur doit plutôt oser changer de chapeau et devenir un acteur de la société. Mais pour ce faire, il doit connaître les règles du jeu propres aux instances décisionnelles et à la politique.
Avant de faire la promotion d'une solution, le chercheur doit d'abord s'assurer de l'ouverture des acteurs décisionnels à l'égard du problème. Ensuite, il doit réunir à une même table «une constellation d'acteurs et d'institutions» afin de créer un espace de discussion où les informations recueillies pourront, après vulgarisation, être diffusées et discutées. Bien sûr, souligne Lebel, cela demande au chercheur de faire preuve de leadership.
«Le chercheur doit se positionner en tant qu'acteur. Et ça, ce n'est pas toujours facile. Et c'est pour cela que l'approche écosystémique n'est pas nécessairement pour tout le monde», indique-t-il, avant d'ajouter «la complexité des enjeux en environnement oblige à dépasser le cadre traditionnel de la recherche».
Parcours personnel
Lorsqu'on le questionne sur ce qui l'a amené à percevoir la quête de connaissances et la recherche de cette façon, Jean Lebel répond immédiatement: l'UQAM. «Déjà au tout début des années 80, à l'époque de mon baccalauréat en sciences biologiques, on dépassait à l'UQAM les questions d'entomologie et de microbiologie. On tentait déjà de faire des liens entre les différents domaines. Déjà les professeurs rattachaient à leurs analyses les dimensions sociales. J'étais donc dans un état d'esprit où je faisais de la science, mais de la science destinée à résoudre des problèmes.»
Pour faire une analogie environnementale, Lebel souligne que «les graines qu'on a semées en sciences biologiques à cette époque n'ont jamais été perdues». La recherche-action -- ce type de recherche scientifique qui propose des pistes de solution -- gagne en reconnaissance: «C'est en émergence. Il y a maintenant beaucoup plus d'institutions qui offrent des programmes multidisciplinaires.»
Collaborateur du Devoir
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